Corruption en Afrique : L'exception kenyane

Publié le par Waldar

Corruption en Afrique : L'exception kenyane

Par Boundi OUOBA

La semaine dernière, le ministre kenyan de l’Enseignement supérieur, William RUTO, mis en cause dans une affaire de détournement de deniers publics, a rendu sa démission. Le 26 octobre 2010, c’est le maire de Nairobi, Geoffroy MAJIWA qui est mis sur la sellette à propos de l’achat d’un terrain destiné à un cimetière, dont le prix aurait été décuplé. Pas plus tard que le 27 octobre 2010, le ministre des Affaires étrangères, Moses WETANGULA, accusé de corruption dans une série de transactions immobilières de son ministère à l’étranger, a aussi démissionné afin, dit-il, de "laisser se dérouler l’enquête".

On a donc l’impression d’assister à une véritable opération de sanctification au pays de Jomo KENYATTA.

En effet, la dernière démission en date, est si rare sous nos tropiques qu’elle mérite qu’on y accorde une attention singulière, ce d’autant plus qu’un ministre des Affaires étrangères est supposé être très proche du chef de l’Etat dont il défend la politique extérieure.

Que s’est-il donc passé entre le chef de la diplomatie kenyane et son mentor MWAI KIBAKI ? Est-ce un règlement de comptes ou un simple besoin d’assainissement ? Autant de questions que l’on est en droit de se poser. En tout état de cause, si tant est que ces arrestations et démissions ne revêtent pas une connotation politique, on ne peut que s’en féliciter dans la mesure où les autorités kenyanes auront donné le bel exemple à suivre.

La corruption est un mal endémique en Afrique. Bien des pays africains, selon le récent rapport de Transparency international sont en queue de peloton. Le Kenya, pour sa part, occupe la 154e place sur un total de 178 pays. Autant dire que le rapport de Transparency international tombe à pic avec cette purification institutionnelle en cours.

Sous d’autres cieux, au lieu de se remettre en cause en initiant des actions concrètes du genre, on se livre à du chantage. Les pays francophones en particulier excellent en la matière. Les pays anglophones, quant à eux, font plus preuve de détermination dans la lutte contre la corruption. On en veut pour preuve, en plus de ce qui se passe actuellement au Kenya, les récentes démissions des ministres sierra léonais de la Pêche et de la Santé.

Toute chose qui paraît pour le moins inconcevable dans le giron francophone où la démission d’un ministre, si elle intervenait sans l’accord du chef de l’Etat, gênerait aux entournures le régime en place. Pire, elle serait considérée comme un outrage au grand chef. C’est la raison pour laquelle on s’évertue à tout prix, souvent même au mépris de la morale et de l’intelligence humaine, à dissimuler les déchets et les dérives de certains régimes en place.

Quand un ministre, dans un pays francophone, démissionne, c’est qu’il est acculé. Et cela montre à suffisance que le ridicule, comme on le dit habituellement, ne tue pas. Pourtant, l’amour-propre demeure encore une vertu chez certains hommes politiques.

Quand un ministre est mis en cause dans une affaire sordide, la sagesse commande qu’il rende sa démission afin de se mettre à la disposition de la justice, quitte à revenir après au cas où il serait blanchi.

L’honneur et la dignité sont à ce prix. De toute façon, ce qui se passe dans les pays anglophones, en l’occurrence au Kenya, doit inspirer tous ceux qui traînent encore les pieds.

Commenter cet article