Histoire d'un tchadien face aux difficultés frappantes et à l'injustice en France

Publié le par Waldar

Je m’appelle Mhamoud BACHAR, j’ai 49 ans, je suis de nationalité tchadienne entré légalement en France le 20/11/2002, en compagnie de ma femme et de notre fille aînée alors âgée de 2 ans. Peu après, j’ai fait une demande d’asile politique pour ma femme et moi, demande à laquelle il m’a été répondu par un refus. J’ai présenté ensuite une demande de recours qui a été également été rejetée.

Le 15 juin 2005, nous avons reçu, ma femme et moi, un courrier de la Préfecture de Gironde qui nous informait que nous faisions l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière ; peu après, un courrier de la Police des Frontières nous convoquait. Nous nous sommes rendus à cette convocation au cours de laquelle nos passeports ont été confisqués en nous précisant que nous avions rendez-vous, le 13 octobre 2005, à l’aéroport de Bordeaux d’où nous devions prendre un avion pour retourner dans notre pays d’origine et que nous récupérerions nos passeports à cette occasion.

Nous ne nous sommes pas présentés à l’aéroport. Sur le conseil de notre avocat, j’ai décidé de confier à la garde de mon épouse nos deux enfants, un second enfant, une fille, étant né en France le 29/07/2003. Ma femme est donc restée à Bordeaux avec nos deux filles tandis que je commençais de mon côté à circuler en France et dans d’autres pays de l’espace européen dans le but de trouver une solution pour un emploi et nous installer quelque part de manière stable. Ma femme et nos deux filles risquaient moins d’être expulsées pendant que j’étais moi-même obligé d’échapper aux contrôles. Nous avons vécu ainsi pendant deux ans avec des contacts entre nous seulement par le téléphone. Ma femme a obtenu un titre de séjour de un an en 2006. Elle a ensuite quitté avec les enfants Bordeaux pour Paris ; puis, conseillée par des connaissances elle est retournée à Bordeaux avant de gagner Tours. Ensuite, un cousin est venu pour la conduire à Rennes. Elle est restée à Rennes pendant la durée des congés scolaires de l’été 2007. L’école a commencé, ma fille aînée avait 7 ans et la petite 4 ans, ma femme a pris contact avec les services sociaux à Rennes pour demander un logement. Elle a été hébergée avec les filles dans un foyer de la région rennaise, à 11 km de Rennes. Elle y a passé deux nuits et est retournée voir les assistants sociaux pour leur demander une solution immédiate de logement plus proche de Rennes et un logement plus grand. Mais il n’y avait pas de possibilité avant un délai d’attente de quatre jours. Elle a refusé ce temps d’attente et devant son attitude les assistants sociaux ont appelé la police. Finalement la police a pris les deux enfants et a contacté la DDAS en vue d’un placement des enfants. La DDAS a entamé une procédure judiciaire en assistance éducative en vue du maintien du placement des enfants. Ma femme a ensuite été hospitalisée sur proposition des service sociaux. Cette hospitalisation a duré six mois pour un traitement contre la dépression. Elle continue d’ailleurs actuellement à suivre un traitement à base de médicaments. Cette longue hospitalisation suivie de la prescription d’un traitement à base d’antidépresseurs a fait que les services sociaux ont estimé qu’elle n’était plus en mesure ni de travailler ni de s’occuper de ses enfants. Elle perçoit maintenant une Allocation Adulte Handicapé versée par CAF. En mon absence, les services sociaux ont donc décidé une hospitalisation d’office pour mon épouse et un placement pour les enfants. Une famille d’accueil s’occupe de mes deux filles et souhaite les adopter.

Le premier jugement en assistance éducative, en date du 31/08/2007, reconnaissant que mon épouse n’était pas malade.

Le second jugement, en date du 03/09/2009, mentionnait l’hospitalisation et l’invalidité de mon épouse.

Actuellement, en date du 08/01/2010, le juge a ordonné une expertise psychiatrique avec mission de nous rencontrer, mon épouse et moi, pour déterminer notre état de santé mentale.

C’est suite à cette procédure que j’ai pris la décision d’alerter voie de presse.

Je connais l’adresse de la famille d’accueil de mes deux filles mais interdiction m’est faite de leur rendre visite. J’ai seulement un droit de visite de mes filles d’une heure tous les quinze jours dans les locaux de la DDAS.

Aujourd’hui, je ne veux plus attendre les convocations de la Justice et je souhaite retourner au Tchad dans les plus brefs délais. Face aux difficultés à l’injustice qui m’ont frappé en tant qu’africain, par rapport au sort plus facile qu’aurait connu par exemple un citoyen américain ou d’un autre pays occidental, je préfère retourner seul dans mon pays d’origine puisque mes enfants m’ont été pris. Ce sera alors sans doute à la Juge des Enfants elle-même de faire le voyage jusqu’au Tchad pour me ramener mes enfants. Je n’accepterai que d’elle ce geste en juste retour des choses. 

 

                                                                                                         

Mahmoud BACHAR

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