Hôpital de la mère et de l’enfant : Une œuvre à encourager, mais…

Publié le par Waldar

Par Eloi Miandadji - lavoixdutchad.com

Construit à Gardolé, dont les habitants ont été déguerpis, manu militari, pour cause d’utilité publique, l’hôpital de la mère et de l’enfant disposera de 250 lits de maternité et 50 lits de pédiatrie.


univ_ndjam_fac_med_1245404281.jpgBientôt, la construction de l’hôpital de la mère et de l’enfant sera achevée. Malgré ses structures sanitaires les plus sophistiquées de l’Afrique centrale, il risquerait de fonctionner avec peu de spécialistes.

 
Le gigantesque hôpital comprend quatre parties principales : l'administration, le laboratoire et les soins extérieurs, les plateaux techniques et l'hébergement. Il comprend également une faculté de médecine avec un amphithéâtre d'une capacité de 600 à 800 places et une cité pour les médecins avec 24 appartements de cinq pièces. La construction de ces infrastructures, les plus modernes, va permettre de doter aussi le complexe hospitalier en Télémédecine dans la sous-région. Mais, quel est le nombre et la qualification de ceux qui seront appelés à y travailler ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
 
Au Tchad, selon les estimations du ministère de la Santé publique de 2007, les femmes en âge de procréer (entre 15 à 49 ans) sont au nombre de 2 247 738 contre 152 sages-femmes. Pour tout le Tchad, vaste de 1 258 000 Km2, il n’y a que quatre pédiatres, dont l’un d’entre eux est à la porte de la retraite. Or, selon les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il faut une sage-femme pour 5 000 femmes en âge de procréer. Pour une bonne couverture sanitaire selon les normes de l’OMS, il faut 450 sages-femmes pour ces femmes en âge de procréer au Tchad.
 
construction_hop_gardole_1245404024.jpgSelon un spécialiste, le métier de pédiatre requiert une formation précise : « Ce n'est pas un don, le travail d’un pédiatre et d’une sage-femme. C’est une compétence professionnelle. C'est aussi la compétence d'une équipe de professionnels, capables de se rassembler autour d'un projet d'accueil, dont l'enfant et sa mère sont au centre. »
 
Le séjour d'un enfant et d’une mère à l'hôpital ne se réduit pas à des aspects médicaux. « Ils mettent en jeu la capacité d'une institution, d'un hôpital, d'un service, d'un groupe de professionnels, d'individus, à œuvrer ensemble pour proposer une prestation de qualité, non seulement technique mais aussi humaine, s'insérant dans une organisation rigoureuse et un environnement adapté aux enfants et  à leur famille. Avec le nombre de personnels soignants dont dispose le Tchad, cet hôpital ne peut fournir un travail de qualité. »
 
Si tel est le cas, l’ambition de construire cet hôpital serait une manière d’aller vite en besogne. Ce ne sont pas des médecins produits par la faculté locale qui manquent. Il suffit, comme le pays ne dispose pas de grandes universités, d’envoyer ceux qui ont fini à la faculté dans les universités à l’extérieur pour se spécialiser dans un domaine. Hormis ces jeunes médecins, l’on constate qu’il y a plusieurs bacheliers tchadiens qui errent dans les différents quartiers de la capitale du fait qu’ils ne sont pas admis à une des universités du Tchad.
 
Combien de médecins ont été envoyés à l’étranger pour leur spécialisation et leur professionnalisation, quand on sait qu’en trois ans après sa sortie à la faculté de médecine, on embrasse la spécialisation ? C’est depuis le 1er avril 2008 que le président de la République, Idriss Déby itno, a posé la première pierre de la construction de ce complexe hospitalier de la mère et l’enfant. Jour pour jour, cela fera bientôt deux ans, l’âge exact pour le médecin de parachever sa spécialisation.
 
Eloi Miandadji




Source : lavoixdutchad.com


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