Hygiène alimentaire : Les N’Djaménois se nourrissent mal

Publié le par Waldar

ahamat Gamougane et Reine Adnelly

 

La santé humaine est tributaire de la qualité de l’alimentation dont jouit une personne. A N’Djaména, la population semble ne pas donner de l’importance à cette question. Des campagnes de sensibilisation sur l’hygiène alimentaire sont organisées plusieurs fois mais ne sont pas accompagnées des mesures concrètes. Conséquence : on mange saleté. 
 
 
Un tour dans les différents marchés de la capitale tchadienne, dans les quartiers et les ménages nous permet de constater la manière dont les aliments sont gérés. Les conditions de transport, de conservation, de vente, de préparation et de consommation des produits alimentaires sont peu enviables et dénotent de l’indécente manière dont les N’Djaménois se nourrissent.
 
Marché de Dembé , il est 7 heures, des véhicules transportant de la viande, du poisson, des légumes et des fruits arrivent. Il y a aussi des conducteurs de moto, vélo, porte-tout qui font leur descente avec les mêmes produits Des commerçants accourent pour chercher leurs marchandises. Ce sont des marchands détaillants. Les marchandises sont emballées dans de vieux sacs sales. Un groupe dense de mouches s’accroche par-dessus les aliments. Aussitôt les marchandises retirées, les détaillants  se démènent pour les étaler.  Quelques heures plus tard, les étales sont bien garnies. Viande, poissons frais ou fumé, légumes, fruits, beignets, condiments de tout gamme, etc., sont alignés en vrac sur des plateaux ou sur des sacs étalés à même le sol dans un environnement dramatique. Partout, ce sont des flaques d’eau, la puanteur qui attire des mouches. Du côté de quelques rares étals de poisson et de viande, avec un niveau très bas, c’est la consternation. Les poissons et les saletés sont confondus. En plus, l’origine du poisson ou de la viande vendu est douteuse. Ce constat est presque le même dans tous les marchés de N’Djamena.
 
 Les vendeurs ne répondent à aucune question concernant les conditions hygiéniques requises. Assane, un vendeur en gros de poisson nous repousse en marmonnant « vous dérangez les gens avec vos histoires d’hygiène. A l’époque de nos aïeux, est-ce que les poissons sont soumis à un examen quelconque avant d’être consommés ? » Les poissons n’ont fait l’objet d’aucun examen préalable  garantissant leur bonne qualité. La viande est transportée dans des conditions désastreuses. Le transport se fait de l’abattoir de Farcha et des abattoirs clandestins aux marchés et aux restaurants par camions, porte-tout, vélo et même par des hommes qui la transportent sur la tête. Ces véhicules ne répondent à aucune condition hygiénique et ne sont pas lavés avant le transport de la viande. La vente de la viande sur les marchés se fait aussi sans aucun respect des règles de conservation hygiénique.
 
Dans les marchés, la foule est immense. C’est l’heure de pointe et de grande affluence. Les vendeurs se plaignent du fait qu’ils payent cher les taxes alors que la mairie ne fait pas son travail. Des ménagères, des détenteurs de restaurants et de gargotes se ruent sur les étals, un coup d’un tas de légumes dans un bassin d’eau à côté suffit et le client est servi. Ce dernier n’a pas besoin d’aller loin. Juste à côté, il trouve soit la viande sur une petite tablette, soit le poisson et le reste des condiments. Personne ne se soucie des mouches qui font la fête à côté. Pauline, une ménagère venue faire des achats, affiche son ignorance : « la saleté ne tue pas un Tchadien. C’est toujours comme ça que nous achetons nos aliments et les consommons. Nous sommes habitués à ça ».   
 
La mauvaise conservation des aliments fait qu’ils sont source d’infection. A la maison les conditions de préparation  ne sont pas du tout adéquates. Mme Zenaba ; ménagère de son état et épouse d’un retraité, a réussi à faire ses emplettes malgré qu’elle soit dans une situation difficile. Bien qu’elle soit rentrée  avec une quantité insuffisante de bois de chauffe, Zenaba accélère et écourte sa cuisson. La nourriture n’est pas cuite comme il le faut. De ce ait, la maladie n’est pas bien loin. En réalité, beaucoup de Tchadiens sont dans cette situation, mais à cause du manque de moyens ; ils y sont contraints.
 
Aujourd’hui, nombreux sont les Tchadiens qui souffrent de maladies liées aux mauvaises conditions d’hygiène. Les diagnostics au niveau des hôpitaux révèlent de nombreux cas de toxi-infections. En cette période des pluies, la menace du cholera plane comme une épée de Damoclès sur la capitale tchadienne. Chaque année, les Tchadiens en font l’amère expérience. Il y a d’autres maladies à l’exemple, de la fièvre typhoïde et de l’hépatite A, qui font incessamment des victimes.
 
La vaine sensibilisation
 
 Une chose semble évidente ; les N’Djaménois se complaisent dans la saleté. Douada Elhadji Adam, secrétaire générale de l’association pour la défense des droits de consommateurs souligne que « c’est la culture des Tchadiens de cohabiter avec la saleté ». L’ADC se donne comme mission de sensibiliser la population afin d’éviter la saleté. « Chaque  fois que nous avons l’occasion de descendre sur les marchés, nous faisons ce travail de sensibilisation. Notre slogan est :  ″la pauvreté ne rime pas avec la saleté″. Les gens doivent avoir ce réflexe là. Nous devons vivre dans un environnement sain et consommer dans un cadre agréable ». L’ADC a aussi élaboré un programme d’assainissement et de lavage des mains pour amener les gens à être plus responsables quant à assurer leur santé. Aussi a-t-elle entrepris des démarches auprès des commerçants et vendeurs des différents marchés pour les sensibiliser dans la bonne gestion des étals. Mais toujours est-il que beaucoup de vendeurs continuent à étaler leurs marchandises à même le sol. Cela est toujours une question de mentalité, car les Tchadiens trouvent « la saleté comme un environnement normal ». Même si l’ADC fait ce travail de sensibilisation, cela n’est guère accompagné de mesures concrètes. « Nous on fait un travail de sensibilisation. De l’autre côté, il faut que la mairie organise », souligne Daouda. La population doit aussi fournir des efforts pour suivre les règles si elles viennent à être établies.
 
Les marchés sont mal organisés
 
La gestion des marchés relève de la responsabilité de la municipalité. Mais sur le terrain rien n’est concrètement fait.  La mairie construit des marchés mais ne les organise pas. Elle  prélève chaque jour des taxes mais n’aménage pas les marchés. Les commerçants et les vendeurs se débrouillent à leur manière pour pouvoir étaler leurs marchandises. Sur une même table, on trouve de poisson, de légumes. A côté, se trouvent des poulets, des plateaux d’œufs, des marchandises de tout genre. « Il est très difficile à ces gens de changer de comportement. Dans ce genre de situation, il revient à la mairie, seule autorité régulatrice, de situer les normes pour garantir la santé de la collectivité », indique Daouda Elhadji Adam, président de l’Association pour la défense des droits de consommateurs. Après un plaidoyer auprès de l’Organisation mondiale pour la santé, un programme pour la formation des manipulateurs des denrées alimentaires par filières a été initié. Malgré cette formation organisée par le Centre national de nutrition, aucun changement n’est jusque-là visible. Les vendeurs sont dans la plupart des cas réunis dans des associations. Aussi, il serait facile de les organiser. Même si la mairie prend des décisions pour régulariser les marchés, des velléités dans leur application sont notoires. Des règles ne sont pas fixées pour la bonne gestion des étales. Dans des marchés quelques rares étals sont installés mais sans aucune norme. « Il faut fixer des règles, sensibiliser les gens et les obliger à suivre ces règles. Ça va marcher », conclut Daouda.

 LA VOIX

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