Le Tchad et le Soudan main dans la main contre la CPI

Publié le par Waldar

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Le tapis rouge déroulé mercredi par le Tchad pour accueillir Omar Hassan al Bachir confirme la détente entamée entre N'Djamena et Khartoum, qui ont trouvé dans le mandat d'arrêt émis par la Cour pénale internationale à l'encontre du président soudanais un nouveau motif de rapprochement.

Si elle assène un nouveau coup à la crédibilité de la CPI, la décision tchadienne de ne pas arrêter Bachir n'est pas pour autant propre à susciter la condamnation des autres pays africains, prêts à comprendre que, dans certaines situations, la sécurité doive prendre le pas sur le respect des droits de l'homme.

"Il serait contre-productif de l'arrêter. La stabilité relative de la frontière pourrait en être menacée", estime Rolake Akinola, analyste chez Eurasia, évoquant le calme fragile qui règne depuis la trêve conclue en février après des années de combats indirects menés par les groupes rebelles.

En se rendant pendant trois jours au Tchad pour assister à un sommet régional, Bachir a pris le risque de poser le pied sur le sol d'un pays membre de la CPI pour la première fois depuis l'émission d'un mandat d'arrêt pour génocide il y a trois mois.

Le président tchadien Idriss Déby a accueilli en personne et avec les honneurs son homologue soudanais à sa descente d'avion mercredi et son gouvernement a assuré que Bachir repartirait sain et sauf chez lui, contestant ainsi l'obligation d'arrêter un chef d'Etat en exercice.

Soulignant l'amélioration des relations entre les deux pays, le Soudan a expulsé deux éminents chefs rebelles, Mahamat Nouti et Timan Erdimi, avant l'arrivée de Bachir.

Cette décision s'inscrit dans l'accord conclu entre les deux pays qui se sont engagés à ne plus soutenir les insurgés, très actifs depuis que les rebelles du Darfour, dont la plupart appartiennent à la tribu Zaghawa de Déby, ont pris les armes en 2003 en accusant Khartoum de négliger leur province.

"CAMARADERIE AFRICAINE"

En mai, Déby a assisté à la cérémonie d'investiture de Bachir et compte sur cette relative accalmie pour remporter les élections parlementaire et présidentielle qui doivent se tenir cette année et l'année prochaine.

"Les deux camps souhaiteraient rester en bons termes et c'est dans leur intérêt de le faire", expliqué Ernst Jan Hogendoorn, directeur du projet de la Corne de l'Afrique pour l'International Crisis Group.

Des doutes pèsent sur le calendrier des mandats d'arrêts émis contre Bachir, l'Union africaine ayant demandé à la CPI de reporter toute action à son encontre pour éviter un regain de tension au Soudan susceptible de menacer les négociations de paix.

Les partisans de la tenue d'un référendum sur l'indépendance du Sud-Soudan en janvier 2011, susceptible à leurs yeux de résoudre le conflit Nord-Sud, font également preuve de pragmatisme concernant l'isolement de Bachir.

Le ministre norvégien des Affaires étrangères, Jonas Gahr Stoere, dont le pays fait partie de la troïka soutenant l'accord de paix de 2005 conclu entre le Nord et le Sud, a indiqué à Reuters en juin que le mandat d'arrêt ne devait pas nuire aux efforts internationaux déployés en faveur de la paix.

Déby doit néanmoins subir les critiques de certains partisans de la CPI, à l'image de l'Afrique du Sud, qui avait menacé de l'arrêter s'il se rendait à la Coupe du monde de football, rappelle Hogendoorn. Si l'Ouganda est revenu sur sa décision de ne pas inviter Bachir à un sommet de l'Union africaine à Kampala cette semaine, le bureau du procureur de la CPI a fait savoir que le président Yoweri Museveni avait également prévenu qu'il l'arrêterait s'il acceptait l'invitation.

La solidarité entre les dirigeants africains, dont quatre figurent sur la liste des dix pires dictateurs dressée par le magazine de politique étrangère américaine, pourrait faire redescendre la pression.

"Il y a un sens de la camaraderie africaine", a dit Akinola. "Cela violerait ce principe. Il y a un accord entre ces messieurs selon lequel on ne s'arrête pas les uns les autres."

Moumine Ngardmbassa à N'Djamena et Opheera McDoom à Khartoum; Marine Pennetier pour le service français

 

l'express

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