Les choux gras de la presse tchadienne de la semaine du 7 au 14 mars - Cefod.org

Publié le par Waldar

cefod.gifLa nomination de Emmanuel Nadingar à la primature, la composition du nouveau gouvernement, les festivités de la Journée Internationale de la Femme, la vive tension entre l’Union des Imams des Mosquées du Tchad et le président du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques, la prolongation de la trêve du Syndicat des Enseignants du Tchad, la saisie de 2765 bœufs de fraude par la douane et bien d’autres sujets, ont fait les choux gras de la presse tchadienne cette semaine.


Emmanuel Nadingar, nouveau Premier ministre (PM) du Tchad

« Le 13ème fusible d’IDI », « un PM de campagne », titre N’Djaména Bi-hebdo de l’avis duquel, c’est à la surprise générale que le ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la décentralisation Emmanuel Nadingar, a été nommé chef du gouvernement. Par ailleurs, secrétaire national adjoint en charge de l’animation et de la moralisation du Bureau politique national du MPS, il aura la charge de conduire le gouvernement en campagne électorale. A propos du PM sortant, M. Youssouf Saleh Abbas (YSA), le journal reconnaît « qu’il avait de bonnes intentions ». Contrairement à son tonitruant prédécesseur Kascou, il parvient à relancer les travaux du Comité de suivi de l’Accord du 13 août 2007, bloqués par la disparition d’Ibni Oumar Mahamat saleh. Il permet aussi au processus électoral de faire de grands pas en avant. Cependant, relève le bi-hebdo, YSA semble impuissant et parfois aux abonnés absents. Il est souvent mis devant le fait accompli par IDI dans des opérations autant spontanées qu’aux résultats mitigés, tel que le désarmement et la lutte pour la préservation de l’environnement. Enfin, même si le départ d’YSA était attendu, le journal pense que la manière avec laquelle il est intervenu laisse plus d’un observateur perplexe. « (…) IDI n’aurait pas dû faire annoncer son départ, alors même qu’il assiste à l’ouverture de la session parlementaire. Ce qui frise l’humiliation », déplore-t-il.

Le quotidien Le Progrès de son côté met en exergue les propos phare de YSA à l’endroit de son successeur, lors de la passation de services au lendemain de la nomination : « (…) Je vous passe le témoin, aujourd’hui, en souhaitant qu’avec une équipe bien soudée, autour de vous, vous puissiez aller plus loin. Parce que l’année 2010 a beaucoup de défis à relever. Donc, vous n’avez pas une minute à perdre ».

Notre Temps, tout en trouvant en Emmanuel Nadingar un homme calme, réservé et diplomate, relève cependant que beaucoup voient en sa nomination une manière pour le pouvoir d’arracher à Yorongar Ngarlédji son bastion de Bébédjia. L’éditorialiste, ironisant sur cette « alternance à la tchadienne », analyse que la stratégie de gouvernance de IDI lui garantit auprès des hommes politiques la participation au pouvoir et non la conquête. Cette pratique, poursuit l’hebdo, a réussi à affaiblir toute forme d’opposition démocratique (Kamougué, Alingué, Kassiré…) et même la société civile. « Sauf miracle, Déby a de beaux jours devant lui et la mission de Nadingar est de conduire à une victoire incontournable en 2011, avant de passer le témoin au treizième homme », chute l’édito.

« Un fusible a encore sauté », rebondit L’Observateur qui relève que si aucune raison n’a été avancée pour expliquer sa démission, les observateurs de la vie politique tchadienne pensent qu’il existerait de la brouille entre lui et le président Déby. Ce d’autant plus que, depuis le mois de décembre dernier, aucun conseil des ministres n’a été tenu. Ce blocage pourrait être dû à la mise à l’écart du gouvernement des 5 ministres impliqués dans l’affaire de détournement du marché des manuels scolaires du ministère de l’Education nationale, écrit l’hebdo.

Le nouveau gouvernement est connu

« Les femmes gagnent neuf postes », titre Le Progrès, faisant observer que le nouveau gouvernement enregistre 18 entrées. De 38, à la dernière équipe de M. Youssouf Saleh Abbas, le nombre des membres du gouvernement monte à 40, non compris le 1er ministre, dénombre le journal. Après leur revendication de la SENAFET, même si elles n’ont pas encore atteint le quota des 30%, les femmes gagnent neuf postes, dont 4 ministres, analyse le quotidien.


Cheikh Hissein Hassan et l’Association des imams des Mosquées du Tchad à couteaux tirés

Le Progrès nous apprend que le torchon brûle entre l’Union des Imams des Mosquées du Tchad (IUMT) et le président du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques (CSAI), Cheik Hissein Hassan. Par une correspondance, datée du 2 février 2010, relève le journal, le président du CSAI demande au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité Publique de suspendre les activités de l’UIMT, pour préserver l’union des oulémas et imams du Tchad. Pour le CSAI, « les activités de l’IUMT ne sont pas ordinaires et ressemblent à des activités secrètes, couvertes par des objectifs et des mains de l’intérieur et de l’extérieur ». « J’ai agi en prévention des conflits latents. En tant que président du CSAI, je suis le seul responsable des mosquées et des imams », se défend cheikh Hissein Hassan. Opinion non partagée par M. Algoni Mahamat Haroun, secrétaire général de l’Union des imams des mosquées du Tchad, pour qui, « Cheikh Hissein Hassan a peur de perdre ses intérêts. L’autonomie et la souveraineté de l’Union des Imams des mosquées du Tchad lui fait peur ». « Nous sommes de simples citoyens qui veulent enseigner aux autres la parole de Dieu. Même si nous étions des fauteurs de troubles, financés par l’extérieur, il reviendrait au ministre de l’Intérieur de nous sanctionner, mais pas au président du CSAI de lui proposer des sanctions contre une personne ou un groupe de personnes », s’emporte-t-il.

Polémique autour du prix de l’excellence en journalisme

Notre Temps nous apprend que la remise en cause des résultats du prix de l’excellence proclamés lors de la soirée de gala du 26 février 2010 suscite beaucoup d’interrogations. Un bras de fer entre certains des lauréats primés par erreur et les organisateurs est entamé. Alors que le Haut Conseil de la Communication (HCC) se réjouit de l’attitude du comité d’organisation à reconnaître son erreur, certains lauréats n’admettent pas la proclamation du second résultat.

« Grosse bavure », s’indigne L’Observateur, dont le reporter a obtenu 1er prix en presse écrite, avant d’être relégué au troisième rang. L’hebdo souligne que la cérémonie s’est déroulée en présence des autorités nationales et diplomates étrangers et retransmise en direct sur la télévision nationale. Mais à la surprise générale, le comité d’organisation organise un point de presse trois jours plus tard pour « rétablir la liste des vrais gagnants ». Le président du comité d’organisation Abdéramane Barka justifiant cela par la non-conformité des numéros et des noms des candidats sur la base de laquelle, Les résultats ont été rendus publics. « S’il s’agit pour les membres du comité d’organisation de libérer leur conscience avec cette triste bavure, dans le milieu des médias, c’est l’indignation », déplore-t-il.


La saisie de 2765 bœufs de fraude par la douane

Les agents de la direction de la Surveillance et de la répression de la fraude des Douanes ont intercepté dans la nuit du jeudi 4 au vendredi 5 mars 2010, plus de 2765 bœufs en train d’être exportés, frauduleusement, par N’Djaména-Fara, à quelques dizaines de kilomètres au nord-ouest de N’Djaména. S’ils avaient été déclarés régulièrement, pour leur exportation, ces animaux devraient rapporter à l’Etat environ 34 millions FCFA, estiment les douaniers. « C’est une perte pour le pays. Il y a une loi qui interdit formellement l’exportation des génisses », déplore un agent.


Les festivités de la Journée Internationale de la Femme

« Il n’y a pas de domaines réservés aux hommes. Il faut les investir », titre Le Progrès, reprenant les propos de la 1ère Dame Hinda Déby Itno, présente à la Place de l’Indépendance lors du défilé des femmes le 08 mars dernier. Les reporters du quotidien constate que le défilé des femmes impose un jour férié, même si officiellement, le 08 mars n’est pas décrétée « journée chômée et payée ». Dans la plupart des édifices publics, surtout les écoles primaires et maternelles, note le journal, les portes sont hermétiquement fermées. Les responsables de certains établissements publics estiment qu’il serait injuste de dispenser les cours pendant que les filles de leurs établissements défilent avec leurs sœurs.

« Le folklore se poursuit », relativise de son côté N’Djaména bi-hebdo pour qui, à part les conférences débat, dont les thèmes méritent de sérieuses réflexions, le reste des manifestations tient du folklore. Logiquement, la semaine ne se résume pas au port du « pagne SENAFET », estime notre confrère qui cite l’anecdote d’une dame qui s’est levée lors de la clôture de SENAFET pour revendiquer à la 1ère Dame un pagne. Sur les textes qui doivent protéger les droits de la tchadienne, figure en place de choix le code des personnes et de la famille. Or, déplore le journal, le débat autour de ce code, voire son adoption, semble un sujet tabou que rechignent à aborder les hautes autorités du pays. L’illustration parfaite est que le ministre de l’Action sociale et de la solidarité nationale et de la famille, Ngarmbatina Soukate, a juste effleuré le sujet da s son discours d’ouverture de la SENAFET. Elle a joint cette préoccupation majeure « à la détermination du gouvernement à éradiquer les violences faites aux femmes, à relancer le processus d’adoption du projet code des personnes et de la famille ». Rien de plus, chute le bi-hebdo.

Le syndicat des enseignants du Tchad (SET) prolonge la trêve sur fond de divisions

« Les enseignants se résignent », écrit L’Observateur, couvrant la dernière assemblée générale du SET du 6 mars dernier. Le journal rapporte que ce jour-là, les responsables du Bureau exécutif natif national du SET et ceux du Bureau de la commune de N’Djaména se sont retrouvés à huis clos pendant que des centaines de militants attendaient dehors un mot d’ordre. A la veille, le bureau exécutif national était reçu par le chef de l’Etat et nombreux étaient ceux qui s’attendaient à une bonne proposition de la part du président de la République. « (…) Le président de la République a reconnu la légitimité des revendications du SET (…) Mais il a promis reprendre le dialogue dès la formation du nouveau gouvernement », s’est exprimé le Bureau exécutif national du SET, désavoué par le bureau communal. Le reporter ajoute que cette déclaration a provoqué une vive protestation des militants du SET qui s’étonnent du changement du ton du Bureau exécutif national, car l’objectif du SET était de contraindre le gouvernement à mettre en application ses revendications.

N’Djaména bi-hebdo nous apprend même qu’à l’énoncé du discours, le Bureau exécutif a failli de peu essuyer des jets de cailloux des militants survoltés et courroucés.


Mbaïdedji Ndjénodji Frédéric


Source: www.cefod.org

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