PRESIDENTIELLE AU TCHAD : Cette Afrique qui refuse toujours la démocratie

Publié le par Waldar

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, dit-on. Le président tchadien, Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 21 ans, est en passe de remporter un scrutin présidentiel que tous s’accordent à reconnaître qu’il a été mal organisé. En effet, les trois poids lourds de son opposition, sentant irréversible et géante la supercherie, ont vite fait de se débiner pour, disent-ils, ne pas se rendre complices d’une forfaiture électorale. Et de trois ! Pour faire contre-poids aux dérives dictatoriales de Déby, ces trois hommes chevronnés du sérail politique boycottent pour la troisième fois une élection au Tchad. Et comme conséquence, ce scrutin a enregistré un faible taux de participation parce que sans enjeu.

En boycottant d’échéance en échéance les élections, l’opposition tchadienne a-t-elle vu juste ? A cette question, on peut discuter à en perdre haleine tant il est évident que bien des dirigeants africains sont cuirassés contre les critiques et la honte, et n’hésitent jamais à se faire élire par 1/10e de leur population pour ensuite se targuer d’avoir été plébiscité à 80%. Le ridicule, comme on aime à le dire, ne tue point. Pendant que l’Afrique septentrionale est en proie à une vague de contestations qui emporte raïs et satrapes, certains chefs d’Etat de l’Afrique subsaharienne s’incrustent au prix de mille et une indélicatesses, avec surtout en prime l’arrogante assurance qu’ils sont indispensables et indéboulonnables.

Certes, l’Afrique subsaharienne a connu aussi son printemps, mais au regard des turpitudes des dirigeants, il est fort à parier que le monde arabe finira par lui ravir la vedette, pour autant que les héritiers de la révolution ne dévoient pas le processus.

Tous ceux qui avaient pensé que l’avènement du multipartisme en Afrique noire allait sonner le glas de la mal gouvernance et des dérives dictatoriales dont se délectaient avec suffisance certains régimes africains de l’époque, doivent maintenant déchanter. Les chefs d’Etat africains, à l’instar de Déby et ses compères, ont accepté la conditionnalité de la démocratie non pas par conviction mais seulement par souci de sauvegarder leur pouvoir. Et pour y parvenir, ils jouent aux bons élèves pour obtenir le blanc-seing des Occidentaux qui, très malheureusement, ferment souvent obstinément les yeux sur certaines réalités, et optent parfois pour l’individu au détriment du peuple.

Comment comprendre, si ce n’est de la farce, qu’après vingt ans d’expérience démocratique, les Etats africains, excepté quelques-uns, peinent toujours à organiser des élections libres et transparentes ? En vérité, l’infantilisme démocratique dont souffre l’Afrique est l’expression de l’incurie de ses dirigeants qui refusent une vertu cardinale : l’altruisme, la prise en compte de l’intérêt majeur et éternel du peuple. Seul compte d’abord leur intérêt.

Et c’est en cela donc que ce qui se passe aujourd’hui au Tchad ne surprend pas outre mesure d’autant plus qu’il n’y a rien d’extraordinaire dans une Afrique toujours réfractaire à la démocratie, et cela malgré les multiples thérapies qu’on lui applique. Les règles d’une compétition ouverte doivent être connues de tous les candidats en lice pour que soit respecté ce que l’on appelle le principe de l’égalité des chances.

Dans le cas contraire, on a affaire à une compétition gagnée d’avance. Il faudra bien que la fameuse communauté internationale, par respect pour elle-même et des principes de démocratie, refuse désormais de reconnaître une élection comme celle qui verra Déby reconduit, à la bonne franquette, à la tête de l’Etat tchadien. Pour ce faire, un second discours de la Baule ne sera pas de trop.

Boundi OUOBA

Le Pays

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