"Quamvis sublimes debent humiles metuere" Révolution libyenne : Kadhafin ?

Publié le par Waldar

gadhafi.jpgRévolution libyenne : Kadhafin ?

Combien de morts dans la répression sauvage, jusqu'au bombardement de la foule tripolitaine par les avions de chasse, de la révolte libyenne ? deux cent, trois cent, cinq cent, mille ? On ne sait pas. Ce qu'on sait, en revanche, c'est que l'Europe s'inquiète. De la répression ? Non : de la pérennité de ses accords avec la Libye, qu'elle a payé pour la transformer en gardienne de ses côtes contre les candidats à l'émigration. L'Afrique du Nord et le Moyen-Orient sont en révolution. Que craint la Suisse ? Un massacre à la libyenne ? Une récupération à la tunisienne ? Non :  « un afflux de réfugiés »... décidément, on ne se refait pas...


Quamvis sublimes debent humiles metuere

« Si haut placé qu'on soit, on doit craindre les petits » (et on n'est jamais assis que sur son cul, ajoutait Montaigne) : Kadhafi s'était placé, puis avait placé tout son clan, au-dessus de tout : du peuple libyen, au nom duquel il avait pris le pouvoir; de ses compagnons de révolution, ou plutôt de coup d'Etat, ceux avec qui il avait il y a plus de quarante ans renversé la vieille monarchie sénoussite; du droit international, et finalement même de toute raison politique. Mais assis sur son pétrole, et promu au rang de gardien des côtes européennes contre les vagues migratoires venues d'Afrique, il avait bénéficié sinon du soutien, du moins de la résignation des « puissances occidentales », qui n'avaient pourtant pas hésité à le combattre par les armes (la France au Tchad, les USA en le bombardant), à tenter de l'assassiner ou de le rnverser. Ce ne sont pas ces puissances qui le feront tomber (aujourd'hui et à l'heure où nous écrivons, il n'est toujours pas tombé)- et c'est celui de ses fils à qui avait été attribué le rôle de « modéré » qui a promis de noyer dans le sang la révolte partie de Benghazi. Et si paradoxal que cela soit, c'est le voir tomber que semble craindre l'Europe -c'est du moins ce que le silence européen suggère. Pour la raison d'Etat, il y aura toujours pire qu'un dictateur : une révolution. Kadhafi s'en croyait préservé, puisqu'il se croyait toujours révolutionnaire, après avoir transformé son putsch en révolution. Comme si un révolutionnaire au pouvoir pendant plus de 40 ans pouvait encore être un révolutionnaire. La révolution libyenne, la vraie, celle qui monte d'en bas, c'est celle à laquelle nous assistons, tant bien que mal, sous le black-out organisé par le régime. Kadhafi s'était placé au-dessus de tout -c'est tout ce qu'il y avait en dessous de lui, en Libye, qui se soulève, contre lui, contre son pouvoir, contre la mystification sordide de ses comités révolutionnaires et de leur « démocratie directe ». Le Guide de la Révolution est aujourd'hui guidé vers la sortie par une révolution impensable. Et l'Europe tremble : son garde-côte est menacé. L'Italie évoque la menace, puisque pour nos gouvernants c'est une menace, de 80'000 réfugiés. ça ne ferait jamais que moins d'un quart de pour mille de la population européenne, mais ce quart de pour mille est vu comme une marée, un tsunami, un déferlement, une invasion barbare. « Il est possible que les pays maghrébins tombent les uns après les autres et que leurs citoyens (les) fuient massivement », s'inquiète le directeur de l'Office fédéral suisse des migrations. Et la Suisse n'est pas prête. A cela, la Suisse n'est jamais prête. Elle est prête à tancer Genève d'avoir fait embastiller trois jours le fils de Kadhafi, pas d'accepter que le clan contrôlant une partie de la rive sud de la Méditerranée en perde le contrôle. Et que cet mer redevienne la Mare Nostrum : une mer qui relie, et ne sépare plus. Kadhafi va tomber, et sa famille avec. Dans un jour, une semaine, un mois, un an, peu importe, il va tomber. Et les gardiens de la forteresse Europe lui cherchent déjà un successeur. Démocrate ou non. Raisonnable ou non. Mais disposé à reprendre la clef de la forteresse pour entasser, chez lui, les candidats africains à l'émigration en Europe. Et si nous lancions un appel aux autorités genevoises pour qu'elles réinvitent Hannibal Kadhafi à Genève ? mais avec toute sa petite famille, cette fois ? Ne serait-ce que pour en débarrasser les libyens... et rapprocher les clients de Charles Poncet de leur avocat.

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