Tchad:Alors, Goukouni a-t-il une carte à jouer de l’intérieur, servira-t-il de catalyseur à tous les mécontents ?

Publié le par Waldar


RETOUR DE GOUKOUNI WEDDEYE AU TCHAD : QUAND LE PRESIDENT BOZIZE FAIT MILLE FOIS MIEUX QUE DEBY.

Goukouni Weddeye, ancien président du Tchad, est arrivé à Ndjaména et a annoncé à l’aéroport qu’il s’agissait d’un retour définitif au pays. Il a aussitôt ajouté qu’il n’avait pas d’ambitions politiques et comptait désormais apporter sa contribution à la paix et au développement économique dans le cadre d’une fondation. Il faut ici rappeler que le rapprochement de Goukouni avec le régime de Deby date de plusieurs années, quand l’ancien président s’est mis à jouer les missi dominici sous l’égide de la France et du Gabon pour faire rallier les opposants de la diaspora, sans grand succès d’ailleurs ; ensuite encouragé par la Libye et Deby, il s’est proposé d’aller rencontrer l’opposition armée qui lui opposa une fin de non recevoir. C’est dire que politiquement, le processus de ralliement au régime de Deby était déjà amorcé depuis assez longtemps.

Il est intéressant de relever que l’annonce du retour définitif et de l’abandon de toute grande ambition et projet politique se sont faits concomitamment comme si la seconde était la condition de la première. Peut-on comparer le retour de Malloum à celui de Goukouni ?

La grande différence entre les deux anciens Chefs d’Etat, c’est que Malloum ayant perdu le pouvoir, a mis fin à toute activité politique et c’est sur une initiative de la ligue tchadienne des droits de l’homme soucieuse de le protéger contre d’éventuelles poursuites pour crimes contre l’humanité, qu’il est rentré au bercail avec de sérieux problèmes de santé. A l’opposé, Goukouni n’a jamais cessé ses activités politiques ; bien au contraire, ses ambitions sont, en réalité, toujours restées les mêmes, et aujourd’hui  encore. C’est la raison pour laquelle Deby a étroitement encadré ce retour-ralliement en imposant à son rallié, la renonciation officielle d’exercer toute activité politique.

Cette condition importante au retour définitif de Goukouni Weddeye montre bien la frilosité de Deby pourtant au pouvoir depuis bientôt 19 années et toujours aussi peu sûr de lui et du bénéfice d’un soutien populaire…

Faisons un parallèle avec notre voisin, la RCA de Bozizé où le retour, le mois dernier de l’ancien président Ange Félix Patassé, n’a été soumis à aucune hypothèque ; la preuve, dès son arrivée, il a déclaré sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Voilà une démarche claire et respectueuse des règles du jeu politique ...

Goukouni nous a habitués à de multiples volte-face. Il y a à peine un an, il tirait à boulets rouges sur le régime de Deby ; Aujourd’hui, il déclare ne plus être intéressé par la politique. Attendons de voir dans quelques mois seulement. Dans ses diatribes contre le régime de Deby, il avait dénoncé l’abandon de la région du Tibesti, où il n’y a plus d’écoles, aucun investissement, etc…

Il fera le constat que Deby et son équipe, ont ressuscité la politique ethniciste de Tombalbaye en ce qui concerne le développement des régions du Tchad. Ainsi, depuis 2004, les revenus pétroliers ont été utilisés de manière à écarter totalement la zone du Borkou et du Tibesti ; cette dérive ethniciste n’a jamais été dénoncée par l’équipe d’Abdoulaye Lamana chargée de donner avis et recommandations quant aux investissements financés grâce aux ressources pétrolières. La preuve de cette politique a été apportée lors de la visite de Deby à Faya, il y a quelques mois, où la population a bien relevé qu’il n’y avait aucune inauguration à célébrer, ni promesses d’investissements, mais bel et bien, le constat d’un dénuement manifeste et d’une pauvreté totale sciemment organisés.

Rendons grâce au courage d’un SEUL député en l’occurrence M Hamid KODIA à l’assemblée nationale qui eut à interpeller le ministre du plan, Monsieur Moukhtar BIREME en ces termes : « Monsieur le ministre, où sont les investissements pour les régions du BET ? Je ne les vois nulle part ». Hésitations, puis le ministre déclare : « il y avait un projet de la BID mais dans l’élaboration des dossiers, les procédures n’ont pas été respectées …. ». Le parlementaire rétorque :  « Je parle des investissements découlant des revenus pétroliers… ». Black out ! Goukouni Weddeye aura certainement l’occasion d’aller visiter le DEBYLAND Amdjarass, où tous les groupes électrogènes offerts par la Libye et le Liban tournent à plein régime pendant que la moitié de la capitale vit dans l’enfer des coupures. Dans le DEBYLAND, il n’y a aucun problème d’écoles, ni d’hôpitaux, ni de routes, ni, ni… Bien au contraire, il y en a tellement que les moutons, les cabris et les ânes y sont gardés. La politique du zéro investissement dans les régions du Tibesti et du Borkou a été relevée et dénoncée par le groupe de la Banque Mondiale chargé de contrôler l’utilisation des revenus pétroliers « qui ont été utilisés en favorisant et en concentrant ces revenus à des zones précises , ce qui peut être un facteur de divisions et de frustrations importantes , sources d’instabilité pour un pays déjà bien fragile ». La Fondation Goukouni aura beaucoup de travail à accomplir.

Dans un de nos dossiers, nous avons évoqué les conclusions d’un groupe d’experts sur une solution à la crise tchadienne, lequel groupe en faisant l’état des lieux, avait clairement affirmé que la Libye avait demandé à Deby, de laisser la région du BET dans un total dénuement, histoire de permettre à la Libye le soin d’y faire les choses à sa guise. Grâce aux documents des groupes de travail sur l’utilisation des revenus pétroliers, on peut dire que Deby a scrupuleusement respecté le contrat par lequel, il a été parachuté à la tête de l’Etat Tchadien même si dans l’exercice et la mise en œuvre de cette volonté de Kaddafi , il nous faut mettre en exergue les dérives ethniques propres à Deby et son entourage. Soulignons aussi que cette politique de discrimination se fait avec la collaboration active de beaucoup de cadres de la région, qui comptent de nombreux « élus » et cérise sur le gâteau, le président du groupe MPS à l’Assemblée nationale est lui-même, originaire du BET, le «  tout puissant »  Moussa Ndélé comme le surnomme la presse privée au Tchad  .

Relevons aussi que le retour de Goukouni a été planifié de manière à ce qu’il arrive en l’absence de Deby, c’est bien un indice de l’état d’esprit de ce dernier. Aujourd’hui, dans la région du Nord, est installé un peloton de militaires français qui surveillent étroitement les activités des libyens dans la zone, après l’ouverture d’un consulat général libyen à Faya, sans compter les mouvements du MJE et des israéliens dans le secteur. C’est dire qu’une certaine guerre froide est bien de retour.

Enfin, le retour de Goukouni s’inscrit dans un moment où l’opposition armée à l’Est semble stagner et n’arrive pas à rebondir. Alors, Goukouni a-t-il une carte à jouer de l’intérieur, servira-t-il de catalyseur à tous les mécontents ? Goukouni, une hypothétique alternative à DEBY ? La Libye dira  oui, la France aussi. Que resterait-t-il ? Ah oui ! Le peuple Tchadien ! Mais, il compte pour si peu…

 


redactiion de zoomtchad

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