Le ministre de l’intérieur le plus impopulaire du Tchad

Publié le par Waldar

Tchad : Le ministre de l’intérieur de plus en plus impopulaire 

 

 

Juin semble être le mois de tous les cauchemars pour ceux qui se débrouillent dans l’informel y compris les consommateurs. La destruction des kiosques, hangars, étals de petit commerce et l’interdiction aux vendeurs ambulants de circuler, mettent débrouillards et consommateurs à une rude épreuve.
 
Aujourd’hui, les forces de l’ordre traquent en pleine ville les débrouillards. Comme un couperet, la décision du ministère de l’Intérieur de détruire les kiosques, hangars, étals de petit commerce aux abords des routes et l’interdiction aux vendeurs ambulants de circuler dans la ville met aux prises les débrouillards et consommateurs qui ne savent plus à quel saint se vouer.
 
Les habitants les plus démunis de N’Djaména vivent l’instant «T». L’instant «T», c’est vivre aujourd’hui, c’est vivre le présent. Et ce présent, pour certains observateurs, n’est plus comparable au passé récent. Un Lamy-Fortin digère péniblement certains actes que posent les autorités aujourd’hui : «Tout ce qui se fait aujourd’hui n’est pas comme au temps de Fort-Lamy. Aujourd’hui, les autorités interdisent l’essentiel de ce qui constitue notre vie. Tout le monde ne peut pas devenir riche en un temps record pour s’offrir le luxe qu’elles exigent. Le quinquennat social du chef de l’Etat est aujourd’hui antisocial», s’indigne un octogénaire visiblement sidéré.
 
La population a dû mal à comprendre l’ambition du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique. L’ambition du ministre selon laquelle N’Djaména doit dépasser Paris en 2020 est démesurée. Pour ledit ministère, il ne faut pas passer par quatre chemins. La population est appelée à comprendre les actes des autorités. C’est pourquoi, estime le ministre de l’Intérieur : «dans tous les pays, il y a des citadins et des paysans. Ceux qui cultivent la terre doivent regagner les villages pour le faire. Ceux qui travaillent à N’Djaména dans les bureaux doivent aussi rester. On ne peut pas être tous ensemble car c’est ce qu’on appelle le partage de travail». Pour Halimé, vendeuse de légumes au marché à mil, il serait difficile pour certaines personnes de regagner leurs villages : « Aujourd’hui, le monde sait que la famine sévit dans certaines régions du Tchad. Il y a des gens qui immigrent vers les grandes villes à la recherche de leur pitance. Devant cette situation, qui peut regagner son village pour mourir de faim ? », se demande-t-elle.
 
Le « trop c’est trop » du ministre
 
Les étals de vente de carburant aux abords des rues n’existent plus. Pourtant, ce sont ces étals qui desservent les quartiers les plus reculés de N’Djaména. Les stations de vente d’essence se compte au bout des doigts. Les ateliers de menuiserie, les garages autos et motos, les restaurants, les boutiques, les alimentations modernes également ne sont pas du reste. Même les kiosques des sociétés de la téléphonie mobile de la place sont systématiquement détruits malgré le contrat signé avec les autorités municipales. Pourtant, ces sociétés paient régulièrement les taxes mais elles n’ont pas été avisées. Ce qui fait que l’on constate ainsi, ces derniers temps, un malaise général au sein de la population. Du point de vue de certains citoyens, personne n’est contre les décisions des autorités. Mais, la confusion sur les petites installations informelles et leurs propriétaires par les forces de l’ordre déployées sur le terrain méritent quelques interrogations. «L’Etat est tout-puissant. Il peut prendre des décisions d’utilité publique. Nous sommes d’accord que notre pays soit la vitrine de l’Afrique centrale comme veulent nos gouvernants. Mais, il faut qu’il nous sensibilise et nous informe sur le bien-fondé de ses actes», estime un juriste. «Trop c’est trop, il faut qu’on change de comportement. Je ne veux plus encore voir ces affaires. Il faut détruire les kiosques, hangars, arrêter les vendeurs ambulants. On doit forcer la population à se mettre dans le rang. Je vous demande d’exécuter ce que je dis», instruit, Ahmat Mahamat Bâchir, les forces de l’ordre, le 3 juin dernier à l’hôtel de ville de N’Djaména. «On enregistre seulement des dizaines de pompes à essence conventionnées et respectées. Qu’est-ce que ces vendeurs de carburant font dans la rue ? On construit des hangars pour jouer aux cartes, pour vendre de n’importe quoi et ternir l’image de la ville. On construit des kiosques de cigarettes, de téléphones, cacahuètes, tout au long des rues. Cela est inadmissible. Je ne sais pas si c’est quelle civilisation et quelle méthode de vie», ajoute le ministre de l’Intérieur.
 
Un usager qui connaît une panne sèche ou une crevaison de sa moto, est obligé de traîner sa moto sur une bonne distance. C’est le cas de Mahamat A., dont l’essence vient de finir dans le réservoir de sa moto. Gagné par la fatigue, il se repose un peu sous un neem, tout trempé de sueur, puis continue la suite de son trajet qui le mènera vers une éventuelle station d’essence. «Il y a dans ce pays certaines personnes qui ont un malin plaisir de voir les autres souffrir. Je ne vois pas les vendeurs d’essence et des réparateurs des motos aux abords des rues. J’ai connu une panne sèche. J’ai traîné ma moto sur une distance d’à peu près deux kilomètres sous cette canicule. Maintenant, je n’ai plus de force pour continuer à la traîner», témoigne-t-il. Pour Ahmat Bâchir, «des mécaniciens encombrent les rues en s’installant gaillardement et royalement au bord des artères pour réparer les vélos, les motos, les carcasses de voitures au vu et au su de tout le monde. Ils sont en train de ternir l’image de la capitale. Ces mécaniciens et menuisiers peuvent avoir des ateliers et exercer normalement leur travail (…) Il n’y a que des imbéciles qui ne changent pas. Avec pareil comportement, ils multiplient les efforts du gouvernement par zéro…».
 
Un avenir sombre sans le job de prédilection
 
Pour certaines catégories de vendeurs ambulants, qui n’ont pas autre travail que ce petit commerce, il serait judicieux de leur trouver une solution intermédiaire, estime l’opinion publique. «Nous sommes d’accord sur les décisions qui ont été prises par les autorités. Mais, nous voulons qu’on donne à chacun quelques millions de FCFA pour nous permettre d’acheter des tracteurs et retourner au village pour labourer la terre.», demande Adam H., un de ces vendeurs ambulants les plus connus. «S’il faut que tout le monde dispose d’abord d’un restaurant moderne, quel serait le sort de la maman qui vend la soupe d’oseille appelée communément « Tourne-dos » ou « Yari » le soir au bord de la route ? », s’interroge Djimadoumbaye un deuxième vendeur ambulant. Un autre vendeur ambulant de renchérir que «le capital de la vente d’une soupe d’oseille atteint difficilement 10 000 FCFA. Et on demande à celle-là de se doter d’un restaurant moderne».
 
Les vacances scolaires commencent. Comme d’habitude, le moment est propice pour certains élèves démunis de se débrouiller et d’épargner pour s’acheter de fournitures scolaires, habits et autres. Que ferons ces élèves, pour la plupart orphelins en cette période de vache maigre et de cherté de la vie ?
 
Le seul moyen de combattre les vendeurs ambulants, c’est de leur créer des emplois. Car, le souci du consommateur est d’aller là où il y a le meilleur rapport : qualité-sécurité-prix.
 
Eloi Miandadji
voix

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