Tchad: Vivre à Doba hier et d’aujourd’hui

Publié le par Waldar

Tchad: Vivre à Doba hier et d’aujourd’hui

Par Edouard Takadji - 07/01/2011

Si Doba était bondé de monde il y a quelques années, aujourd’hui, c’est le contraire

 

Il y a 8 ans, la ville de Doba brillait. Le nombre de personnes qui vivaient dans cette zone était énorme. L’on parlait même d’un surpeuplement. Les infrastructures se sont multipliées grâce à l’exploitation du pétrole. Doba symbolisait effectivement la ville productrice du pétrole avec les activités qui s’y déroulaient. Les bars dancing, les alimentations, les cabarets avaient été créés ça et là. Ces lieux de distractions étaient toujours pleins à craquer, car la vie était au top 24 h/24. [i Je me souviens pendant cette période nous ne dormions pas. Nous avions l’argent et nous n’avions jamais cru que nous allions perdre un jour nos emplois. Aujourd’hui, c’est la désolation et la division dans toutes les familles.

 


© journaldutchad.com
Un puits de pipeline dans la région de Doba

Les femmes ont abandonné leur foyer parce que le mari ne travaille plus, les enfants sont devenus des bandits et refusent d’aller à l’école. Certains parents n’arrivent pas à inscrire leurs enfants à l’école. Nous vivons vraiment le calvaire], se lamente Djim, ex-employer à Esso. Un point de vue largement partagé par les nombreuses personnes à Doba. Avec l’argent des indemnités encaissées, les paysans ont abandonné l’agriculture et l’élevage. Certains habitants aux alentours de Doba ont trouvé l’emploi et ont quitté leur village pour s’installer en ville. N’ayant jamais touché un jour des centaines de millions, les quelques millions encaissés ont été mal gérés. Personne n’a pris conscience et le désordre s’est installé partout dans les familles. La prostitution a fait son chemin au quotidien. Les élèves ont abandonné les études pour soit travailler ou encore faire des affaires. Les filles, elles, ont quitté les parents pour se lancer dans la prostitution.

 


© journaldutchad.com
Des élèves dans une école de la région de Doba

Que de larmes aujourd’hui
Ce que nous vivons aujourd’hui doit donner une leçon à tous les Tchadiens. Dans les autres villes où l’on exploitera bientôt le pétrole, il faut que les gens prennent conscience pour éviter d’être comme nous, conseil Martine, une détentrice d’une alimentation à Doba. Aujourd’hui, la ville est frappée de tous les maux. La famine, la misère, la pauvreté, les maladies, la cherté de la vie sont autant d’écueils que vivent les habitants de Doba. De nombreuses personnes n’ont que les larmes aux yeux, lorsqu’il est question ou qu’il s’agit de parler du pétrole de Doba. Le pétrole est là mais nous n’avons rien bénéficié. Ce n’est pas tout le monde qui a eu du travail pendant la phase de la construction du Pipeline et autres. Aujourd’hui, on nous parle de 5% des revenus alloués pour la région, mais on ne voit pas exactement ce qu’on fait avec l’argent. Ce pétrole ne nous a pas arrangé, il nous a créé plutôt de problème, déplore Mbaïrané Moise.

Aujourd’hui, certaines personnes ont pris le courage de repartir dans leur village et reprendre avec les travaux champêtres, l’agriculture, les pêcheurs ont repris avec la pêche. Nadji, un cultivateur dans le village Ngalaba vient de regagner son activité. Il raconte tristement sa mésaventure: Je ne savais pas que ce pétrole allait nous réserver de surprise. J’étais bien avec l’agriculture et j’ai quitté pour travailler à TCC mais c’est le regret aujourd’hui, car j’ai tout perdu. Aujourd’hui j’ai décidé de reprendre même si ma femme a quitté le foyer, les enfants sont partis en ville sans fréquenter, car il n’y a plus l’argent.

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