Urbanisation de la ville de N’Djamena : Passage à l’acte II de Zen Bada

Publié le par Waldar

 
Le 3 juin dernier, les forces de l’ordre ont effectué une descente musclée dans certains quartiers de la ville de N’Djaména. EIles ont procédé à la destruction systématique des kiosques, hangars, gargotes et autres étals de petit commerce se trouvant aux abords des rues. Le travail d’hercule de la mairie de N’Djaména fait son bonhomme de chemin. De l’interdiction de la circulation des sacs en plastique, en passant par la construction en matériaux durables, sans compter le pavement de la devanture des riverains, maintenant, c’est le tour des kiosques, hangars, baraques, gargotes, etc.
 
A tort ou à raison, les autorités communales soutiennent que ces petites installations, à but lucratif, qui jonchent les abords des rues de la capitale sont installées anarchiquement. Ces actes sont diversement appréciés par les concernés. “Si nos petites installations sont faites de manière anarchique, pourquoi les mêmes agents de la mairie nous prélèvent des taxes?”, s’interroge le téléphonique vient d’être détruit par les forces de l’ordre. Ahmat, la quarantaine sonnée, vendeur de la viande grillée, à côté de la grande poste de N’Djaména trouve hâtive la décision de détruire les kiosques, hangars, baraques et étals de petit commerce : “Les autorités de la mairie ne nous ont même pas avertis qu’elles allaient détruire nos hangars. Cela fait une vingtaine d’années que je suis installé ici. La vente de la viande grillée est ma seule source de revenus. C’est avec les bénéfices réalisés sur cette activité que je paie tout pour ma famille : le loyer, le transport, l’habillement, les frais médicaux, la scolarité de mes enfants… Je paie régulièrement les taxes de la mairie. Où irai-je en quittant ces lieux où j’ai passé toute ma vie ?”, vocifère-t-il.
 
La mairie de N’Djaména, quant à elle, estime que ce sont les gens qui ne respectent pas ses décisions. Qu’il faut désormais passer aux méthodes coercitives pour les discipliner. Et puis, pour les autorités communales, ces décisions ne datent pas d’aujourd’hui. “Car, l’administration est une continuité. Nul n’a le droit de contrecarrer les décisions que nous avons prises. Les récalcitrants seront toujours sévèrement punis. Nous sommes obligés d’employer des méthodes fortes pour amener les gens à comprendre qu’ils ne sont pas au-dessus de la loi», précise un responsable de la commune. «Pour que N’Djaména soit la vitrine de l’Afrique centrale, il faut lui donner une autre image en respectant une vie citoyenne”, déclare un autre.
 
Mais certaines victimes de ces casses relèvent que les autorités de la commune ne sont pas des élus du peuple. C’est pourquoi, ils ne lésinent pas sur les moyens pour le tenir au respect : “Les autorités de la municipalité continuent à prendre des décisions sans mûrir des réflexions. Ce sont les populations qui en pâtissent, simplement parce qu’ils ne sont pas des élus du peuple. Sinon, la population doit se soulever contre certaines décisions qui n’entrent pas dans ses intérêts”, confie Jean, un juriste habitant le quartier Moursal.
 
En outre, les quartiers qui n’ont pas encore reçu la visite des agents municipaux et forces de l’ordre auront de quoi se priver de quelques heures de sommeil. Car, la commune de N’Djaména projette étendre et intensifier la destruction des kiosques, hangars, baraques, gargotes et autres étals de petit commerce dans tous les quartiers de la capitale. “Nous n’allons pas nous arrêter dans un seul quartier. Tous les quartiers sont concernés par cette opération”, affirme un agent municipal, qui, à notre arrivée n’a pas voulu nous recevoir.
 
Eloi Miandadji

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