Et si l’Afrique refusait la démocratie ?

Publié le par Hamid Kelley

Par Kodjo EPOU

La tendance à substituer la démocratie par la pyromanie se généralise sur notre continent.Est-ce un phénomène de type négroïde ou une manipulation blanche?Qui peut, et comment arrêter le cercle vicieux de ces élections onéreuses soldées par des affrontements sanglants pour finir avec un partage déréglé du pouvoir?A la condition que les africains actualisent leur conception de ce pouvoir et comprennent la défaite électorale et l’alternance politique comme des lois de la nature,la démocratie sera vaine sur le continent.Le projet des Etats-Unis d’Afrique,en conséquence, restera un voeu pieux,une fausse route,une grossière tromperie.

Idriss Deby,en dépit des feux recurrents des rebelles sous ses fenêtres,s’accroche à un fauteuil présidentiel qu’il ne doit plus qu’à l’asssistance française.Le président Mugabé promet la guerre à son peuple en cas de défaite à l’élection présidentielle.Le petit dictateur se croyant irremplacable au Zimbabwe a poussé,par la force brutale,son rival à un retrait de la course.Lansana Conté pense que la démocratie,c’est l’affaire des autres et que les guinéens doivent l’aimer jusqu’à l’idôlatrie ou mourir.Idem pour le burkinabé Compaoré.Omar Bongo,Paul Biya et peut-être Wade,eux,explorent ardemment les voies constitutionnelles de s’assurer que leur succession ne soit envisageable qu’à la manière togolaise.Au sujet justement du Togo,la Communauté Internationale,tout en veillant sur ce pays comme du lait sur le feu, retient son souffle,ne sachant pas le genre de spectacle qu’il lui réserve pour 2010.Toute la Corne de l’Afrique est assise sur la braise alors que dans les “monarchies” maghrébines, alternance politique ne semble pas avoir son équivalent en arabe.L’Afrique refuse t-elle la démocratie? Peut-elle s’en passer?

Mugabé,une plaie qui révèle la tragédie africaine.

Les difficultés du Kénya,l’année dernière,à consolider sa stabilité politique et sa démocratie encore récemment citées en exemple n’ont rien de nouveau sur le continent. Les situations analogues sont légion.Au Nigéria,les élections générales de 2007 ont été ternies par des fraudes massives.Pourtant,il avait été espéré que ce géant d’Afrique qui avait inauguré,en 1991,une ère démocratique après de tumultueuses décennies de régime militaire,reste dans cette voie moderne de tranfert de leadership au plan national.

Lorsqu’en décembre l’élection du président de l’ANC avait chassé de la tête du plus grand parti d’Afrique du Sud Tabo M’BEKI,l’homme qui a échoué de répondre aux attentes de son peuple,cette élection a fait venir un autre au caractère discutable et sur qui pèsent des soupçons de malversations financières.La succession de M’beki par ZUMA peut être perçue comme démocratique.Seulement,à voir le système sud-africain de l’après Mandela,il présente beaucoup plus des caractéristiques de parti unique;les élites de l’ANC (African National Congres), fort de la prédominance numérique sont en train de mener le pays dans la mauvaise direction,amenuisant les immenses espoirs suscités par la fin de l’apartheid.Les récentes violences xénophobes commises sur les étrangers vivant en Afrique du Sud,violences face auxquelles le président M’beki a fait preuve d’une incompétence notoire,sont les effets de la décadence du système en place.L’Afrique du Sud est en passe de trahir ses obligations de puissance continentale.

Son voisin,le Zimbabwe est mis au ban de la Communanté Internationale. Le parti gouvernant, la ZANU, au pouvoir depuis 28 ans,avait,malgré l’échec patant de celui qui est passé du héro libérateur en dictateur meurtrier,donné à ce dernier carte blanche et consacré sa candidature.Les résultats du premier tour de l’élection qui a suivi n’ont jamais été proclamés en bonne et due forme.Ainsi l’a voulu l’hectogenaire qui fera arrêter ses opposants politiques engagés dans la course au second tour contre lui.N’est-ce pas une grande honte pour les peuples d’Afrique lorsqu’un de leurs dirigeants se déclare prêt pour la guerre en cas de défaite électorale?

N’est-ce pas une pure moquerie à la démocratie que de faire croire que le peuple Zimbabwéen ait pu apporter son soutien à un président aussi brutal,qu’intolérant, et qui, de surcroît,l’a rendu misérable.Mugabé, pour sécuriser un second tour de la honte, a distribué voitures flambant neuves, tracteurs, maisons clés à main et liasses de billets de banque aux Chefs traditionnels,aux Chefs de la police et aux vétérans de guerre.Au même moment, les sympatisants de l’opposition sont,eux, empêchés par la force d’avoir accès à leur part de l’aide alimentaire internationale.Théoriquement, la démocratie empêche de tels abus tout comme elle empêche la militarisation abusive et irrationnelle d’un pays aux dépens de la production,génératrice de richesses.Pour cela elle fait peur.

Similation

En Afrique, les périodes électorales sont celles des plus folles adversités inter-ethniques et de crispation sociale. Pas de débats publics – l’arbre à palabre en était dans le bon vieux temps – sur les questions sociales,malgré l’existence,dans nos pays, de graves problèmes de santé, d’éducation, de sécurite alimentaire et de pauvreté.

Les campagnes électorales sont identiques,dans le fond et dans la forme.Les candidats débarquent en hélicoptère chez des populations qui ne reçoivent ces genres de visites qu’une fois tous les quatre ou cinq ans. Habillés en grands boubous brodés qui coûtent parfois jusqu’à mille dollars américains(l’équivalent de trois ans de salaires pour certains de leur compatriotes),ils trônent au podium pour suivre les Alleluias qui leur sont dédiés par des paysans vieillis de plusieurs années parce que malnutris et physiquement ruinés par l’usage de techniques agricoles traditionnelles.

Après avoir écouté d’une oreille distraite ces populations hôtes,ils prononcent de vagues discours puis, quittent les lieux comme ils sont venus,brassant la poussière dans les pauvres visages vides d’espoirs pour un lendemain meilleur. Les élections se succèdent et se ressemblent. Des fois les messages délivrés par les différents candidats se limitent à des promesses(fausses) de construction de routes et d’hôpitaux ou encore d’écoles. Pas de déballage de projets de gouvernement viables, ni d’agenda d’exécution des urgences nationales.L’inexistence d’une feuille de route claire engendre,chez les nouveaux élus – ils sont très rares – ou nos éternels reélus,les improvisations qui sont généralement les causes premières des mandats présidentiels élastiques et sans fin en Afrique.On verra des Chefs d’Etats solliciter cinq ou dix ans supplémentaires après en avoir passés 15,20,25 à la tête de leurs pays .La repression sanglante vient comme riposte au refus des populations de céder au prolongement illégal ou immérité du mandat présidentiel.Ces populations sont alors traitées d’insoumises à l’autorité,de manupulées par l’extérieur,d’assoiffées de pouvoir ou accusées de trahison,d’atteinte a l’ordre public et à la sûreté de l’Etat.

Tous,des “mugabes”

La plupart de nos Chefs d’Etat sont de potentiels “mugabés”,remplis de haines latentes contre leur peuple,beaucoup plus enclins à déclencher des conflits inter-ethniques pour justifier leur maintien au pouvoir que de donner à manger à leurs administrés et de travailler pour la paix intérieure.Les exemples d’élections libres facilitant la transmission pacifique de l’autorité d’un leader à un autre – ce qui est la première base de la démocratie – sont rarissimes sur le continent.La manipulation des urmes, des citoyens,des caisses et de l’opinion internationale est la préoccupation dominante chez nos présidents,au détriment du pain,de l’eau et de l’électricité,bref,du minimum vital pour les populations.

C’est pourquoi, à la place de l’alternance que voulaient les Kénynans, KIBAKI leur offrira une stupide guerre civile. C’est aussi pourquoi YAR’ADUA ne sera élu que par moins de 30% de l’électorat Nigérian. C’est enfin pourquoi sur les 48 pays de la partie subsaherienne du continent, seulement 5 ont connu des élections multipartites crédibles et sans bain de sang entre 1990 et 2004.Ce survol ne laisse pas entrevoir une réelle volonté de nos dirigeants à concevoir une démocratisation apaisée de l’Afrique.

La situation socio-politique au Zimbabwe est trop sévère pour être ignorée.Qu’est-ce qui retient l’Amérique et l’Europe?Naturellement, Harare n’est pas assise sur du pétrole.Qu’est-ce qui retient l’ONU? Rien .Cette Organisation qui a toujours joué au médecin après la mort a un choix:ou,elle se contente de ces molles condamnations sans effet et disparaître,ou elle doit commencer par agir,pour gagner en crédibilité et exister.Que font les chefs d’Etat africains? Rien . Naturellement.Ils sont tous des “mugabes”ou presque. Finalement,doit-on avoir honte d’être africain?

Kodjo Epou
Oakdale,USA


Source : icilome.com


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A
je tiens à féliciter d'abord l'auteur pour la pertinence des idées et sa claire voyance dans l'analyse .Le problème en afrique c'est que nous nombreux à être conscients des maux qui gangrènent notre continent mais face à la mafia de nos dirigeants on finit toujours par se résigner et mal persiste et persistera encore .Je me demander même si l'afrique serait maudite par par le ciel.Mêmes les dirigeants qui impressionnent par leurs discours de haut intelecto démocrate n'est pas à trouver la bonne formule pour sortir leur pays du gouffre <br /> c'est le chao partout dans le continent
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