Deby règle ses comptes
Requinqué par sa victoire contre les rebelles en début mai, le président tchadien s’est prêté sans détours aux questions de Jeune Afrique. Omar el-Béchir, Hissène Habré, la rébellion tchadienne, l’argent du pétrole, l’arche de Zoé, les relations avec la France, Idriss Déby Itno dit tout.
«J’approuve le mandat d’arrêt international lancé par la CPI contre el-Béchir. J’affirme même la pleine détermination de mon pays à coopérer avec la CPI dans ce dossier». Jadis proche d’Omar el-Béchir, Déby se montre particulièrement incisif à l’encontre de son homologue soudanais. Il accuse ce dernier de génocide (« L’Allemagne nazie et le régime sud-africain d’apartheid n’ont pas fait pire que lesDjandjawids et l’armée soudanaise ») mais aussi de soutenir la rébellion tchadienne (« Ils sont logés, blanchis, organisés, entraînés, et équipés par le Soudan »). Pour Déby, ces rebelles ne sont d’ailleurs qu’une « bande de pillards dénués de projet politique, qui n’ont d’autre programme que la prise du pouvoir à tout prix… Des harkis tchadiens ».
Serein, le président tchadien déclare, en outre, être «plus que quiconque, favorable au jugement d’Habré » et affirme n’être « mêlé , ni de près ni de loin, aux différentes exactions alors perpétrées par les services spéciaux ».
Alors que les Tchadiens peinent à voir les retombées de l’argent du pétrole dans leur vie de tous les jours, Déby assure qu’ «aucun pays au monde n’utilise mieux ses ressources pétrolières que le Tchad » et rappelle que, s’il a certes, « acheté des armes », il a « aussi et surtout construit des écoles et des hôpitaux, augmenté les salaires des fonctionnaires, goudronné des routes, érigé des ponts…». Il souligne que « le Tchad n’est pas un pays pétrolier » et précise que les deux mamelles de son économie sont l’agriculture et l’élevage. « Dans quelques années, je veux que, outre le coton, le Tchad soit exportateur de sésame, d’arachide, de maïs » déclare-t-il.
Dans cet entretien vérité, le président tchadien revient également sur l’affaire de l’Arche de Zoé. « Je suis surpris que ces voyous se retrouvent en liberté aussitôt après avoir quitté le Tchad. Et que les dommages et intérêts revenant aux familles des victimes n’aient toujours pas été payés » s’étonne-t-il et interpelle le président français, « Sarkozy m’avait garanti que son pays allait contribuer à l’indemnisation des victimes. Je ne peux penser un seul instant qu’un chef d’Etat qui a donné sa parole puisse se dédire ».
Enfin, interrogé sur ses relations avec la France, le chef de l’Etat tchadien soutient ne pas avoir « de problème relationnel avec Sarkozy » mais estime que Chirac avait une grande facilite de contact et de communication avec les Africains. « Il savait trouver le bon langage » dit-il.
Retrouvez l’intégralité de l’interview d’Idriss Déby Itno dans le Jeune Afrique N°2531