clientélisme d'un regime mafieux

Publié le par Waldar


Pétrole et clientélisme politique


« La ville de N’Djamena d’aujourd’hui n’est pas celle des années 1990 »,
cette déclaration du président Déby résume à elle seule l’autosatisfaction des autorités quant à la réussite de l’utilisation en cours d’une grande partie des recettes pétrolières dans des « grands travaux publics ». A première vue, cette déclaration traduit une réalité visible lorsque l’on parcourt la capitale tchadienne: des dizaines de rues ont été bitumées, des bâtiments publics, des écoles et des hôpitaux ont été construits, de nombreux autres chantiers sont actuellement en cours. Cependant, ces travaux cachent également une autre réalité, celle du système opaque qui entoure l’octroi des marchés publics conduisant à la mise en place d’un réseau clientéliste destiné à renforcer la mainmise du régime sur tous les secteurs de la société.

Le ministère des Infrastructures est la pierre angulaire de ce système. C’est le ministère qui bénéficie actuellement de la plus grosse enveloppe budgétaire après le ministère des Finances. Selon le budget général de l’Etat pour l’année 2009, le ministère des Finances vient en tête des allocations budgétaires avec un montant de 142 milliards de francs CFA (306 millions de dollars), suivi du ministère des Infrastructures avec 136 milliards (294 millions de dollars) puis du ministère de la Défense nationale avec 101 milliards (218 millions de dollars), du ministère de l’Education nationale avec 87 milliards (188 millions de dollars) et du ministère de la Santé publique avec 55 milliards (119 millions de dollars).

Dans le dispositif des travaux publics, le ministère des Infrastructures joue un véritable rôle de hub financier auquel sont transférés tous les crédits d’investissements des autres ministères. Lorsque lesdits ministères veulent réaliser des travaux, ils doivent en soumettre le projet au ministère des Infrastructures qui est seul chargé d’attribuer les marchés. Selon les entretiens réalisés par Crisis Group, ce système permet la monopolisation de tous les crédits d’investissements par un proche du président et l’attribution des marchés publics au gré à gré, sans une procédure transparente d’appels d’offre. La corruption qui gangrène l’attribution de ces marchés empêche l’exercice de la règle de garantie lorsque la qualité des réalisations est défectueuse.

Pour remédier à cette carence, les différents rapports du CCSRP ont recommandé le respect scrupuleux des règles du code des marchés publics ou la saisine de la Cour des comptes, mais aucune suite n’a été donnée à ces recommandations. Selon le code tchadien des marchés publics, les contrats de travaux, fournitures et services dont le montant est égal ou dépasse 10 millions de francs CFA sont soumis à l’approbation du ministre des Finances qui agit par délégation du président. Cependant, selon les informations recueillies par Crisis Group, les responsables publics contournent cet obstacle en réduisant les montants et en fractionnant les contrats.

Ce manque de transparence dans la politique des travaux publics et l’utilisation des fonds pétroliers a permis l’enrichissement des cadres du régime qui ont investi dans des constructions immobilières dans des quartiers périphériques de N’Djamena et l’acquisition de véhicules haut de gamme. Sur le plan politique, il permet d’entretenir une clientèle redevable au pouvoir. Les travaux publics réalisés dans la capitale servent aussi à embellir l’image du régime présenté comme l’acteur unique de la modernisation de la société. De ce point de vue, ils participent étroitement au processus de l’utili­sation des recettes pétrolières comme arme politique.

Sur le plan économique, les indicateurs du Tchad sont révélateurs de la stagnation du pays malgré la manne financière pétrolière. A la fin de l’année 2007, l’exploi­tation pétrolière a rapporté 1,22 milliards de dollars à l’Etat, mais sans améliorer le quotidien des 10 millions des Tchadiens. En 2008, le Tchad a été classé 170ème sur 177 pays selon l’indice de développement humain calculé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour une espérance de vie moyenne de cinquante ans. Le produit intérieur brut (PIB) par habitant qui était de 650 dollars en 2007, est retombé à 550 dollars en 2008. Le taux d’inflation a atteint 8,1 pour cent alors qu’il était de moins 9 pour cent en 2007. Cette augmentation de l’inflation dépasse largement la moyenne des autres pays de la Communauté des Etats de l’Afrique centrale (CEMAC) dont le Tchad fait partie.

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