Dans le Kanem, le réchauffement climatique est une réalité
« On ne sait pas ce qu'on a fait à Dieu. Avant, la production agricole était meilleure, mais maintenant il ne pleut pas assez. » Assises sur une natte installée au milieu du petit village de Sourtanga, dans la région du Kanem (Tchad), trois femmes se disent désemparées face au réchauffement climatique. Même s'il ne comprend pas d'où viennent ces changements, tout le village a dû s'adapter à la situation. « Presque tous les hommes sont partis à la recherche de travail, raconte une habitante. Il suffit de voir à l'heure de la prière : la mosquée est vide, alors que d'habitude il y a une centaine d'hommes. »
Les hommes émigrent vers la capitale, N'Djamena, mais aussi vers les pays voisins du Tchad, comme la Libye, le Niger ou le Nigeria. Kadija connaît bien cette situation. Son mari, Ousmane, fait partie de ces « déplacés climatiques », tandis qu'elle est restée au village avec ses cinq enfants. En montrant ses mains abîmées, elle explique qu'elle a travaillé dur pour labourer dans les champs de mil, mais qu'elle n'a rien produit. « Nous sommes obligés de nous adapter, mais c'est difficile », déplore-t-elle.
Ousmane est parti depuis déjà deux ans à N'Djamena. Il lui envoie « la goutte d'eau », une partie de son salaire, pour que sa famille puisse survivre. Loin du paysage désertique de Sourtanga, cet ancien agriculteur vit maintenant en plein milieu de la capitale du pays, à six heures de route de son village. « Ici, je fais du petit commerce », raconte-t-il. Fruits, légumes ou essence, il vend tout ce qu'il trouve sur le marché de N'Djamena. « S'il y avait assez de pluie, je pourrais retrouver ma famille. Là, je ne sais pas quand je pourrais rentrer. »
Selon une étude de la Banque mondiale parue en juillet, le Tchad fait partie des douze pays qui risquent le plus d'être touchés par la sécheresse à cause des changements climatiques. Le Kanem, situé dans la ceinture du Sahel, est une zone particulièrement vulnérable.
Cette année, la saison des pluies a débuté tardivement, entraînant un déficit de pluviométrie dont les conséquences se font ressentir aussi bien sur le bétail que sur la production agricole. La production de mil et de maïs en 2008 est tombée à 24 894 tonnes. Il en faudrait près de deux fois plus pour pouvoir nourrir la population de la région, selon l'Office national du développement rural.
Au pouvoir depuis 1947, le sultan du Kanem a vu ce changement climatique. « Avant, on pouvait cultiver des bananes, des oranges ou des mangues facilement, se souvient le vieillard. Il suffisait de creuser à deux mètres de profondeur pour trouver de l'eau dans les ouadis [oasis]. Alors que maintenant, il faut forer jusqu'à huit ou dix mètres. »
Selon Action contre la faim, dans l'ensemble du Tchad, depuis le début de l'année, plus de 700 000 têtes de bétail sont mortes, essentiellement des bovins, sur un total de 2,5 millions de bêtes, et 400 chameaux, des animaux pourtant résistants, n'ont pas survécu à la sécheresse. W