Faim dans le monde: le privé appelé à contribuer, mais avec quel modèle ?

Publié le par Waldar

 Afin de lutter contre la faim dans le monde, le secteur privé est appelé à apporter sa contribution mais les ONG dénoncent une "offensive" des multinationales et craignent qu'elles n'imposent un modèle d'agriculture intensive aux pays du Sud.

Le constat de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture) est sans appel: la production agricole va devoir augmenter de 70% d'ici 2050 afin de nourrir 9 milliards d'individus.

Et le secteur privé est "un partenaire clé pour affronter ce problème, non seulement en terme d'investissement mais aussi de savoir-faire, d'expertise", a noté jeudi Jacques Diouf, directeur général de la FAO, lors d'un forum rassemblant des entreprises à Milan, juste avant le sommet de la FAO qui s'ouvre lundi à Rome.

"Nous pouvons amener notre expérience", a confirmé Peter Brabeck-Letmathe, président du géant alimentaire suisse Nestlé, un groupe qui travaille "avec plus de 600.000 agriculteurs" dans le monde.

Il faut "passer d'une logique d'aide à une logique d'investissement", a renchéri Sean de Cleene, vice-président en charge du développement mondial du producteur d'engrais norvégien Yara.

Les deux groupes sont engagés dans d'importants investissements en Afrique: Nestlé va dépenser plus de 100 millions de dollars sur dix ans afin d'améliorer la qualité de la production de cacao en Afrique de l'ouest tandis que Yara consacrera 50 millions de dollars à des terminaux de stockage d'engrais au Mozambique et en Tanzanie.

Afin de convaincre les entreprises à s'engager encore plus dans le combat contre la faim, M. Diouf avance un argument économique: "Imaginez la taille du marché si le milliard de personnes (qui souffrent de la faim, ndlr) devenaient des consommateurs".

 

© AFP
Récolte des graines de soja, à Perez Milan, en Argentine, le 3 avril 2008
© AFP/Archives Daniel Garcia

"Il y a des perspectives de +business+", a reconnu Howard Minigh, PDG de CropLife, organisation regroupant de grands semenciers comme Monsanto ou Syngenta, "mais c'est à très long terme".

Cette implication croissante des multinationales fait craindre aux organisations non-gouvernementales un basculement vers un modèle de production intensive.

"Il y a une grosse offensive depuis le début de la crise alimentaire (en 2007/2008, ndlr) de ces multinationales de semences, d'engrais voire d'OGM qui est inquiétante, même si on est tout à fait d'accord sur le fait que le secteur privé a un rôle à jouer", a indiqué Jean-Denis Crola d'Oxfam France.

"L'intérêt de ces entreprises est de développer une agriculture industrielle avec des OGM, des pesticides. On a vu les résultats en Argentine, au Brésil avec un impact environnemental et social dramatique", a dénoncé Devlin Kuyek de Grain, ONG en pointe du combat contre le rachat de terres agricoles de pays du Sud par des investisseurs privés.

"Bien sûr qu'on a besoin d'intensifier la production mais la solution +tout engrais+ n'est pas la bonne", a assuré M. Crola, favorable à une agriculture locale basée sur la polyculture.

"Le tout est de trouver un équilibre, les entreprises doivent être une part de la solution mais elles doivent travailler de manière responsable avec leurs partenaires", a cherché à nuancer M. de Cleene de Yara.

"Un milliard de personnes sont affamées. Ma réponse aux critiques est pourquoi devrait-on limiter les technologies permettant de nourrir la population ? Les gens doivent avoir le choix", a rétorqué M. Minigh de CropLife, soulignant que l'Afrique "pourrait être" un gros marché pour les organismes génétiquement modifiés (OGM) dans le futur.

 


AFP

 

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