Le retour du fils prodigue...

Publié le par Waldar

 

Dans la vie, tout est possible. Même l’impossible, a-t-on coutume de dire. Toujours dans la vie, il ne faut jamais s’empresser de rire du malheur d’autrui. Il ne faut pas se réjouir de son déclin. Il ne sert non plus à rien de pronostiquer sa déchéance. La pierre rejetée par les bâtisseurs, finit un jour par devenir la pierre angulaire, selon cette maxime biblique. C’est ce à quoi on a assisté la semaine dernière.  
 
En effet, l’opinion nationale a été surprise d’apprendre la énième nomination de Haroun Kabadi au poste de conseiller spécial à la présidence de la République. Qui l’eût cru il y a quelques mois? Même la météo politique a été déjouée par le président Déby, qui est coutumier des situations labyrinthiques, un personnage dont on ne peut décidément pas ou plus prédire les actes : un jour il humilie, et le cas Kabadi est là pour le prouver, un autre jour il honore.
 
Toute la presse a fait des analyses et commentaire sur la déchéance de ce cacique du parti au pouvoir, immolé en « mouton de sacrifice ». Il était pourtant le favori au poste de secrétariat général du MPS, dont il assurait l’intérim. Il était aussi pressenti au poste de Premier ministre ou à un important poste de membre du gouvernement. Mais le marché 205 des manuels scolaires l’a précipité à la maison d’arrêt, faisant écrouler comme château de cartes, les espoirs de ses supporteurs. On l’avait cru alors définitivement « enterré ». Ses détracteurs ont jubilé. Beaucoup ont versé dans des déclarations détonantes, accusatrices et alarmistes, question de l’enfoncer profondément. C’est l’acte 1.
 
Kabadi ayant été précité en prison comme un « sac de mil », pour faux et usage de faux, en est ressorti blanc comme neige. Acte 2.
Mais Kabadi, demeurant fidèle dans le meilleur comme dans le pire, récolte les fruits de son indéfectible fidélité à Déby. A force de l’enfoncer, ses fossoyeurs lui ont permis de découvrir du pétrole, source de prospérité. Ayant raté la Primature et la direction du parti au pouvoir, il redevient l’un des plus proches collaborateurs du locataire du Palais Rose. Il redeviendra aussi influent qu’il l’était. Ses détracteurs doivent avoir la queue entre les jambes depuis la publication du décret de nomination car, il peut alors tout se permettre. Le président Déby semble lui accorder une assurance vie. En effet, un bref séjour en prison ne représente absolument plus rien à ses yeux. Comme le dit un adage africain, « un coup de bâton à l’autre ne suffit pas pour rompre l’amitié ». C’est l’acte 3 de ce deuxième épisode de l’affaire Kabadi.
 
Pour le premier épisode, on se souvient encore des soupçons qui avaient pesé sur ce haut cadre de l’administration du temps où il dirigeait la Cotontchad. Il avait été muté et promu à un autre poste. C’est typiquement tchadien.
 
Certains observateurs du microcosme politique, susurrent que Déby a besoin des hommes circonspects, comme Kabadi, qui tempèrent, et des hommes tonitruants, comme le ministre Bachir, qui frappent. Bref, il ménage la carotte et le bâton. 
 
Suite à cette rocambolesque mise en scène, on peut se poser la question suivante : Qui est l’ordonnateur de la cabale contre Kabadi ?
 
En réalité, ce n’est pas une surprise pour les habitués de la scène politique. Avec tambour et trompette, des effets d’annonces sont initiés pour assainir la vie publique et promouvoir la bonne gouvernance. En fait, ce n’est que de la poudre de Perlimpinpin qu’on verse aux yeux de l’opinion. Car, la bonne gouvernance dont on parle tant, a des allures d’un gros serpent de mer…
 
Serge Abou Ouambi

la voix
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