LA DEMOCRATIE EN QUESTION FACE A LA VIE CHERE
FACE A LA VIE CHERE FAUT-IL REMISER AU PLACARD LA DEMOCRATIE
OU LA RECONSTRUIRE AUTREMENT ? Par la redaction de Sanfinna.com
Au Niger, le président de la Coordination du Mouvement Citoyen pour la Démocratie et la Paix, Nouhou Arzika, à la tête de ses troupes, a conduit une marche de protestation contre les décisions prises en faveur des députés au moment où la vie devient invivable pour les Nigériens. Dans le même temps, des articles dans la presse nationale posent ouvertement la question de savoir s’il ne faut pas en finir, tout simplement, avec les partis politiques. Au-delà du Niger, le Parti socialiste sénégalais, un peu dans la même veine (quoique moins expéditif) vient d’exiger notamment le dégraissage des effectifs et des charges des services de la Présidence de la République, la suppression du Sénat jusqu’au retour à meilleure fortune du pays, la reconstitution d’un Conseil économique et social sobre et efficace -avec des indemnités de session symboliques, un personnel administratif limité au strict minium-, la diminution du nombre pléthorique de Ministres d’Etat et de Ministres et de leurs coûts de fonctionnement… Pour dire vrai, un peu partout, se pose plus ou moins clairement, la question du coût de la démocratie, la nécessité sinon de la redimensionner, de la mettre au rancart en attendant de voir venir. Il faut mener la réflexion car la question se pose également au Burkina Faso. Il se pourrait qu’il ne s’agisse pas là d’un simple coup de sang.
En effet, on est loin de l’époque où, après qu’il eût lancé que l’Afrique n’était pas mûre pour la démocratie, Jacques Chirac était l’objet de toutes les critiques et invectives. Ce n’est pas qu’aujourd’hui, le temps lui ait donné raison, loin s’en faut : les Africains ne sont pas moins aptes à vivre en démocratie que les autres peuples et bien de pays en apportent fort à propos la démonstration. Le seul problème, c’est qu’au lieu de construire la démocratie, les dirigeants africains ont affligé leurs peuples avec l’aide et/ou le silence des partenaires d’une démocratie défigurée dans laquelle seuls les tenants du pouvoir trouvent leur compte. Du coup, de la promesse de libération qu’elle était, la démocratie est maintenant entrevue comme un pari sur l’oppression. Si on ne s’en désintéresse pas, on lui déclare une guerre ouverte.
Dans beaucoup de pays africains, la vie chère est venue renforcer la conviction que la démocratie était trop cher payée. Beaucoup en viennent à penser que si l’on supprimait les fonctions de député, les structures électorales (comme le Conseil supérieur de la communication ou la CENI chez nous), les organes consultatifs et de contrôle (Conseils économiques et sociaux, Médiatures..), si on en finissait avec les partis politiques qui palpent subventions et autres aides, et que parallèlement on trouve un système qui, à défaut de faire rendre gorge à ceux qui ont pillé les ressources de l’Etat, réduisent de façon drastique le train de vie de l’Etat, on aura de meilleures conditions pour s’occuper du peuple qui souffre.
Ca, c’est un choix qui enflamme les esprits en cette période où la faim embrouille les esprits. Mais remiser la démocratie n’est peut-être pas la meilleure des solutions.
Cette disqualification sans réserve ne s’appuie que sur des ressentiments. Elle oublie que si on en est arrivé là, c’est parce qu’on a tout simplement triché avec la démocratie qu’on n’a pas permis que les partis politiques jouent leur rôle, qu’ils aient le temps et la liberté de s’institutionnaliser. On a considéré comme étant de bonne guerre que le pouvoir en joue à sa guise au point d’en revenir au temps des régimes d’exception ou de parti unique. Les partis décrédibilisés pour les besoins de la cause, on s’en est pris aux associations, à toutes les structures de contrepoids pour finir par créer un unanimisme qui renvoie de la démocratie, une image à laquelle ne se reconnaissent plus les peuples. L’opposant Jean-Pierre Bemba l’avait bien expliqué, il y a quelque temps de cela, au quotidien Le Monde : «Si on continue de décapiter l'opposition, une nouvelle dictature se mettra en place. On reviendra alors quarante ans en arrière, au début du régime de Mobutu et du règne de son parti unique. Les 450 millions de dollars dépensés par les Occidentaux pour les élections n'auront servi à rien ». Il ne pensait pas si bien dire, lui qui a été préféré à des infracteurs plus célèbres des lois pénales internationalses pour répondre devant la Cour pénale internationale !
Bref, relevons que ce n’est ni en Afrique du Sud, ni aux Seychelles, ni au Ghana, que l’on éprouvera une telle répulsion pour la démocratie parce qu’on aura tout fait pour en corrompre les mécanismes. Là où on demande de donner son congé à la démocratie, c’est partout où elle a été dévoyée.
Alors, si telle est l’explication et si intrinsèquement, il n’y a pas incompatibilité entre démocratie et Afrique, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Essayons de ramener la démocratie sur son lit en combattant les violations des Constitutions, la monarchisation du pouvoir, la tendance à considérer que le pays est la propriété de ceux qui gouvernent, le mépris du droit à la différence, les facéties électorales. Allons vers une démocratie réhabilitée qui attache autant d’importance aux droits politiques qu’aux droits sociaux et l’on verra qu’elle n’est pas l’ennemie du peuple mais l’instrument de contrôle de son pouvoir souverain. On verra que ces propos visionnaires de Winston Churchill sont plus que jamais d’actualité : «La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes».
OU LA RECONSTRUIRE AUTREMENT ? Par la redaction de Sanfinna.com
"La démocratie est un mauvais système mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes" Winston Churchill
Au Niger, le président de la Coordination du Mouvement Citoyen pour la Démocratie et la Paix, Nouhou Arzika, à la tête de ses troupes, a conduit une marche de protestation contre les décisions prises en faveur des députés au moment où la vie devient invivable pour les Nigériens. Dans le même temps, des articles dans la presse nationale posent ouvertement la question de savoir s’il ne faut pas en finir, tout simplement, avec les partis politiques. Au-delà du Niger, le Parti socialiste sénégalais, un peu dans la même veine (quoique moins expéditif) vient d’exiger notamment le dégraissage des effectifs et des charges des services de la Présidence de la République, la suppression du Sénat jusqu’au retour à meilleure fortune du pays, la reconstitution d’un Conseil économique et social sobre et efficace -avec des indemnités de session symboliques, un personnel administratif limité au strict minium-, la diminution du nombre pléthorique de Ministres d’Etat et de Ministres et de leurs coûts de fonctionnement… Pour dire vrai, un peu partout, se pose plus ou moins clairement, la question du coût de la démocratie, la nécessité sinon de la redimensionner, de la mettre au rancart en attendant de voir venir. Il faut mener la réflexion car la question se pose également au Burkina Faso. Il se pourrait qu’il ne s’agisse pas là d’un simple coup de sang.
En effet, on est loin de l’époque où, après qu’il eût lancé que l’Afrique n’était pas mûre pour la démocratie, Jacques Chirac était l’objet de toutes les critiques et invectives. Ce n’est pas qu’aujourd’hui, le temps lui ait donné raison, loin s’en faut : les Africains ne sont pas moins aptes à vivre en démocratie que les autres peuples et bien de pays en apportent fort à propos la démonstration. Le seul problème, c’est qu’au lieu de construire la démocratie, les dirigeants africains ont affligé leurs peuples avec l’aide et/ou le silence des partenaires d’une démocratie défigurée dans laquelle seuls les tenants du pouvoir trouvent leur compte. Du coup, de la promesse de libération qu’elle était, la démocratie est maintenant entrevue comme un pari sur l’oppression. Si on ne s’en désintéresse pas, on lui déclare une guerre ouverte.
Dans beaucoup de pays africains, la vie chère est venue renforcer la conviction que la démocratie était trop cher payée. Beaucoup en viennent à penser que si l’on supprimait les fonctions de député, les structures électorales (comme le Conseil supérieur de la communication ou la CENI chez nous), les organes consultatifs et de contrôle (Conseils économiques et sociaux, Médiatures..), si on en finissait avec les partis politiques qui palpent subventions et autres aides, et que parallèlement on trouve un système qui, à défaut de faire rendre gorge à ceux qui ont pillé les ressources de l’Etat, réduisent de façon drastique le train de vie de l’Etat, on aura de meilleures conditions pour s’occuper du peuple qui souffre.
Ca, c’est un choix qui enflamme les esprits en cette période où la faim embrouille les esprits. Mais remiser la démocratie n’est peut-être pas la meilleure des solutions.
Cette disqualification sans réserve ne s’appuie que sur des ressentiments. Elle oublie que si on en est arrivé là, c’est parce qu’on a tout simplement triché avec la démocratie qu’on n’a pas permis que les partis politiques jouent leur rôle, qu’ils aient le temps et la liberté de s’institutionnaliser. On a considéré comme étant de bonne guerre que le pouvoir en joue à sa guise au point d’en revenir au temps des régimes d’exception ou de parti unique. Les partis décrédibilisés pour les besoins de la cause, on s’en est pris aux associations, à toutes les structures de contrepoids pour finir par créer un unanimisme qui renvoie de la démocratie, une image à laquelle ne se reconnaissent plus les peuples. L’opposant Jean-Pierre Bemba l’avait bien expliqué, il y a quelque temps de cela, au quotidien Le Monde : «Si on continue de décapiter l'opposition, une nouvelle dictature se mettra en place. On reviendra alors quarante ans en arrière, au début du régime de Mobutu et du règne de son parti unique. Les 450 millions de dollars dépensés par les Occidentaux pour les élections n'auront servi à rien ». Il ne pensait pas si bien dire, lui qui a été préféré à des infracteurs plus célèbres des lois pénales internationalses pour répondre devant la Cour pénale internationale !
Bref, relevons que ce n’est ni en Afrique du Sud, ni aux Seychelles, ni au Ghana, que l’on éprouvera une telle répulsion pour la démocratie parce qu’on aura tout fait pour en corrompre les mécanismes. Là où on demande de donner son congé à la démocratie, c’est partout où elle a été dévoyée.
Alors, si telle est l’explication et si intrinsèquement, il n’y a pas incompatibilité entre démocratie et Afrique, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Essayons de ramener la démocratie sur son lit en combattant les violations des Constitutions, la monarchisation du pouvoir, la tendance à considérer que le pays est la propriété de ceux qui gouvernent, le mépris du droit à la différence, les facéties électorales. Allons vers une démocratie réhabilitée qui attache autant d’importance aux droits politiques qu’aux droits sociaux et l’on verra qu’elle n’est pas l’ennemie du peuple mais l’instrument de contrôle de son pouvoir souverain. On verra que ces propos visionnaires de Winston Churchill sont plus que jamais d’actualité : «La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes».
La Rédaction
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