Ahmat Mahamat Bachir, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique : “La presse ne doit pas écrire n’importe quoi”
après les affrontements des 2 et 3 février 2008, nous avons introduit une demande d`interview auprès du ministre de l`Intérieur et de la Sécurité publique le 11 février. Il a répondu par écrit à notre protocole de questions, le 21 février 2008.
Par cefod.org et Tchad et Culrure

Monsieur le ministre, pouvez-vous nous faire l`état de la situation militaire ? Où sont les rebelles ? Peut-on craindre une autre attaque ?
La situation militaire est très bonne. Nos forces de Défense et de Sécurité sont suffisamment organisées pour faire face à toute situation, d’où qu’elle vienne. Nous vous faisons remarquer que ce ne sont pas des rebelles, mais des mercenaires à la solde du Soudan qui nous ont attaqués.
Les combats ont entraîné le pillage et la destruction des édifices publics et privés. Qu’entend faire le gouvernement pour permettre la reprise rapide des activités ?
Certes, les édifices publics et privés ont été endommagés, pillés et brûlés par les mercenaires et leurs complices locaux. Mais le gouvernement a pris toutes les dispositions nécessaires pour les remettre en état et met en garde tous ceux qui gardent encore des objets qui ne leur appartiennent pas. Nous disons que c’est le dernier pillage que N’Djaména a subi. Il n’y en aura pas d’autres.
Une commission composée de gendarmes et de policiers est à pied d`œuvre pour récupérer les biens pillés, mais les populations se plaignent de leur manière de procéder. Que faites-vous pour rassurer vos concitoyens ?
Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique a diffusé en son temps un communiqué exigeant que les fouilles se fassent dans le respect des droits des populations. Que le citoyen qui n’a rien à se reprocher se rassure. Par contre le pillard répondra de ses actes !
L’insécurité prend de l’ampleur. Des hommes enturbannés braquent et arrachent les biens des populations. Quelles sont les mesures que vous entendez prendre pour permettre à vos concitoyens d’aller et venir sans s’inquiéter ?
Nous avons déjà mis en place une équipe mixte composée de policiers et gendarmes pour ce travail. Nous avons fait passer un communiqué pour interdire la circulation des engins à deux roues et des véhicules sans immatriculation ou à immatriculation erronée. Enfin le Ministre de la Défense Nationale a demandé à toutes les forces de regagner leurs unités respectives. Donc ce phénomène de voyoutisme et de confusion a pratiquement cessé. Cependant, nous restons vigilants pour faire face à tout.
Malgré que le calme soit revenu, certains Tchadiens sont toujours réfugiés au Cameroun ? Comment expliquez-vous cela ? Ont-ils peur ? Comment leur redonner confiance ?
Le calme est certes revenu à N’Djaména. Beaucoup de réfugiés sont rentrés grâce à l’appui du Gouvernement, du MPS (Mouvement Patriotique du Salut) et de quelques bonnes volontés. Je tiens à remercier très sincèrement tous ceux qui ont participé au retour des réfugiés. Pour ceux qui sont encore à Kousséri, des démarches sont entreprises pour qu’ils rentrent.
Des responsables de partis politiques sont portés disparus. Qu`entendez-vous faire pour les retrouver et les libérer ?
Nous avons ouvert une enquête à la Police Judiciaire pour retrouver les soi-disant disparus. On ne sait pas s’ils sont à l’étranger à l’instar de Saleh Kebzabo ou s’ils se sont cachés dans les quartiers comme Kamougué et Salibou. Toutefois, Lol a été retrouvé et il est à la police judiciaire. Les recherches continuent et on espère les retrouver tous dans les meilleurs délais.
La paix avec le Soudan est-elle possible ? Si oui, le Tchad est-il prêt à reprendre contact si le médiateur (Kaddafi) le lui demande ?
Le Tchad est toujours ouvert à la paix non seulement avec le Soudan mais avec le monde entier. Nous ne sommes pas des va-t-en guerre. C’est le Soudan qui nous impose la guerre. Nous sommes un peuple épris de paix.
Monsieur le ministre, quelle est la situation politique actuelle : l`accord du 13 août est-il d`actualité ? Et l`accord de Syrte ?
Tous les accords signés sont d’actualité. Qu’il soit de Syrte, de Tripoli, de Riyad ou du 13 août 2007.
Quelle est la solution à la crise tchadienne ? Quelles sont les dispositions prises pour faire revenir la sécurité et une paix définitive ?
Cette question est sans objet étant donné que nous disons que les accords signés sont d’actualité.
Monsieur le Ministre, vous avez tenu des propos très durs à l`endroit de la presse tchadienne. Comment peut-elle aujourd’hui continuer à faire son travail ?
Mes propos ne sont pas durs. Ils sont au contraire logiques et édifiants. La presse doit faire son travail dans le respect des textes en vigueur et non parler et écrire n’importe quoi. Nous sommes dans un pays de droit et les journalistes doivent se conformer aux textes et respecter leur déontologie. Nous ne permettrons pas aux journalistes de 10ème degré de raconter des bobards sous prétexte de liberté de presse. Ce sont les faux journalistes eux-mêmes qui contribuent à la mort de la liberté de la presse. Nous sommes clair là-dessus. Que ce soit compris comme ça et nous exhortons les vrais journalistes à faire leur travail en respectant leur déontologie.
Propos recueillis par Banyam Philippe et Angèle Beguy Ramadji
Source : Cefod.org