Maltam ou la galère des réfugiés tchadiens

Par Laoro Gondjé / Cefod.org
L’accueil réservé aux rebelles, le pillage des institutions publiques et privées et le déguerpissement d’une partie de N’Djaména ont conduit de nombreux Tchadiens (nes) à prendre le chemin de l’exil. Une véritable traversée du désert.
Deux casseroles, une moustiquaire, une petite natte en plastique d’une place, une lampe, c’est l’équipement remis à chaque réfugié. A cela, il faut ajouter deux coros de sorgho (le coro fait environ 5 kg), un gobelet et demi de riz, un gobelet de haricot, un demi litre d’huile et deux boules de savon, à gérer pendant deux semaines. Ces produits et denrées de première nécessité sont distribués aux réfugiés, en fonction de la taille de chaque famille par tente (une “taille” équivaut à deux personnes). Dans cette ration, la sauce n’est pas prévue. Certains sont obligés de revendre une partie de leur dotation pour s’en procurer. Par ailleurs, selon les réfugiés, le nombre de tentes (1 500 en tout) ne couvre pas leurs besoins en logement car ils sont plus de 8 000. Pour être servi, il faut être muni d’une carte établie à chacun par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés. Le camp de Maltam, subdivisé en deux bases, est implanté en pleine zone marécageuse. Cela laisse présager une vie difficile en période de pluies.
L’environnement physique du site de Maltam est comparable à une zone désertique. Ni ar-bres, ni herbes n’existent à cet endroit pour faire de l’ombre aux réfugiés. « Dans la journée, les tentes chauffent. Nous sommes donc obligés de sortir pour éviter le pire. La chaleur pousse à boire beaucoup d’eau potable. Or la quantité d’eau servie par les deux citernes qui alimentent le camp est insignifiante », se plaignent certains.
Malgré la présence marquée des partenaires comme le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), Médecins sans frontières (MSF), la Croix Rouge et la Fédération internationale de la Croix Rouge, et des forces de l’ordre camerounaises, des cas de vol et de viol sont relevés dans le camp. Selon certains réfugiés, ces actes seraient l’œuvre des autochtones et militaires camerounais.
Parmi les réfugiés vivant dans le camp, on rencontre toutes les catégories socioprofessionnelles : électromécaniciens, enseignants de lycées, maîtres d’école, fonctionnaires, agents du privé, commerçants, acteurs de l’informel, etc. Sur le plan confessionnel, musulmans et chrétiens partagent le même cadre de vie, même si selon quelques réfugiés, cette cohabitation est par moments émaillée de conflits.
Les raisons à l’origine de la fuite de ces personnes du Tchad sont diverses. Certains ont applaudi les rebelles à leur entrée à N’Djaména. D’autres, ont pillé des biens qui ne leur appartiennent pas. « Nous sommes recherchés pour tous ces actes. C’est pourquoi nous nous sentons pour le moment mieux ici à Maltam qu’au Tchad. Beaucoup de nos amis arrêtés par les forces de l’ordre tchadiennes, ont trouvé la mort », soulignent quelques réfugiés avec re-gret. « On est mieux chez soi qu’ailleurs, mais nous devons choisir entre la mort et la vie. Raison pour laquelle nous ne pouvons retourner au Tchad », dit un autre réfugié. A cette liste des réfugiés, il faut ajouter les personnes ayant fui parce que ce qu’elles ont vu les 2 et 3 février 2008 était inimaginable et qu’elles ne se sentent plus prêtes à vivre à nouveau pareils événements. Mais, il y a aussi les déguerpis de la capitale qui ont considérablement grossi l’effectif des réfugiés.
Selon un groupe de réfugiés, le camp de Maltam recevrait quotidiennement la visite des agents de l’Agence nationale de Sécurité (ANS). Ces infiltrations de personnes soupçonnées de faire partie des éléments de l’ANS auraient conduit quelques uns à fuir vers d’autres villes du Cameroun. Au moins 150 auraient pris la destination de Yaoundé, Maroua et Garoua. D’autres se sont rendus au Nigeria. Un autre problème qui traumatise les réfugiés serait lié au comportement peu courtois des responsables chargés d’assurer le bon fonctionnement du camp. Selon eux, « Certains objets destinés aux réfugiés tels que les boîtes de conserve, les matelas ont pris d’autres destinations ».
Cependant malgré cette vie difficile qu’ils mènent, les réfugiés s’organisent. Ils ont ouvert une école primaire pour permettre à leurs enfants de poursuivre les études. Le secondaire le sera pour bientôt. Par ailleurs, pour oublier les durs moments qu’ils traversent, par petits groupes, ils engagent des discussions, jouent au football, partagent ensemble les repas, organisent des réunions pour assurer leur propre sécurité puisqu’ils ont eu à appréhender plusieurs personnes venus du Tchad qui se sont infiltrés dans le camp pour les identifier. « Nous les remettons aux forces de l’ordre camerounaises qui malheureusement les relâchent à chaque fois ». Les débats sur la vie politique au Tchad les passionnent particulièrement. Puisqu’ils espèrent revenir très rapidement chez eux, parmi les leurs.
Laoro Gondjé