L’Afrique, mieux que prévu
Par Robert Adandé, Cotonou / Lesfariques
Après avoir soigneusement passé au peigne fin 35 pays représentant 87% de la population africaine, le rapport des trois observateurs que sont la BAD, l’OCDE et l’ODECA révèle que l'activité économique de l'Afrique a progressé de 5,7% en 2007, idem en 2008, puis une probable hausse vers 5,9% en 2009.
Dans l’ensemble, le satisfecit est au rendez-vous. Les pays exportateurs de pétrole dament le pion aux autres. Pendant ce temps, de sérieuses difficultés subsistent dans certains pays. Par exemple, le naufrage de l'économie du Zimbabwe, la catastrophe humanitaire du Darfour au Soudan et l'instabilité politique au Kenya, en Somalie et au Tchad. Malgré le franc fléchissement lié à la crise des subprimes aux États-Unis, l'expansion mondiale persistante continue à entretenir une forte demande en pétrole et autres matières premières industrielles, qui bénéficient de cours assez élevés.
Pouvoir d’achat
Les perspectives économiques se trouvent soutenues par une augmentation significative de l'aide publique à l'Afrique, qui se traduit généralement par des allégements de dette, des aides d'urgence et par la reprise des flux d'investissements directs étrangers (IDE), sans compter la consolidation de la stabilité macroéconomique.
L'augmentation de la production de pétrole et de minerais, tant en Afrique australe que centrale, ainsi qu’un recul subséquent de l'insécurité, pourraient amorcer un accroissement de la croissance. Par contre, l'inflation s'accélère dans les pays importateurs nets de pétrole. Hors le Zimbabwe, elle s’établit à 6,7% en 2007 contre 6,3% en 2006 et 5,5% en 2005, à cause de la flambée des cours du pétrole et l'augmentation du prix des denrées alimentaires.
Dégradation
Nombre de pays ont connu une dégradation de leur balance commerciale : les excédents des grands exportateurs de pétrole et de minerais métallifères se sont réduits, tandis que plusieurs pays ont vu s'alourdir la facture de leurs importations.
Les bénéfices exceptionnels liés aux cours des produits de base ont permis le redressement des finances publiques, notamment dans les pays exportateurs nets de pétrole. Une meilleure gestion des richesses s’impose, pour asseoir les bases d'une croissance économique diversifiée lorsque le prix des matières premières se stabilisera.
L’effet inverse s’observe par contre dans les économies importatrices nettes de pétrole. Alors que les perspectives de croissance du PIB en 2008 et en 2009 semblent assez prometteuses, l'inflation repart, du fait d'une répercussion plus directe de la flambée des produits pétroliers sur les consommateurs, sans compter l'augmentation des cours des céréales et des huiles végétales. Mais toute tentative pour contenir l'inflation à un seul chiffre pourrait ralentir l'activité économique. Selon le rapport, la voie de salut passe par un afflux imminent de fonds complémentaires, indispensables pour financer les déficits.
Echanges embryonnaires
Pour ce qui est des transactions commerciales, le rapport indique que malgré l'augmentation consistante du commerce global de l'Afrique, les échanges intra-africains restent embryonnaires. La valeur des exportations africaines augmente de 21%, pour atteindre 360,9 milliards $, soit 3% des échanges mondiaux en 2006. Durant la période, le commerce intra-africain a représenté moins de 10% du total des exportations du continent, contre plus de 73% et 51% pour le commerce intra-continental respectif de l'Union européenne et de l'Asie. Fait troublant, les exportations africaines vers le reste du monde ont progressé plus vite entre 1996 et 2005 que les échanges à l'intérieur du continent.
Fait troublant, les exportations africaines vers le reste du monde ont progressé plus vite entre 1996 et 2005 que les échanges à l'intérieur du continent.
Le commerce intra-africain reste handicapé par des barrières douanières et non douanières, des infrastructures défectueuses et l'absence de diversification économique. La suppression de toutes les barrières douanières et non douanières s’impose, et rime avec une mobilité totale des facteurs de production et l'harmonisation des politiques commerciales et macroéconomiques pour relever ces défis. Cela contribuerait aussi à la promotion de l'investissement, à la diversification économique, et consoliderait la compétitivité du continent à l'international.
Source : Lesafriques.com