Le mari de Hinda Deby crie au complot international
La guerre de mouvement se poursuit dans l'est du Tchad. Les rebelles ont pris lundi le contrôle de leur troisième ville en trois jours. L'ONU et les Etats-Unis s'inquiètent pour leurs employés. Quant au président tchadien, Idriss Déby, que les rebelles tentent de renverser, il a sévèrement tancé les soldats européens de l'Eufor, et soupçonne même un "complot international".
Et de trois. Après Goz-Beïda samedi, puis Am-Dam dimanche, les rebelles tchadiens de l'Alliance nationale ont pris d'assaut lundi la ville de Biltine, située à quelque 90 kilomètres au nord de la ville d'Abéché, principal centre opérationnel des missions humanitaires internationales dans l'est du Tchad. Dans ce contexte de recrudescence de violences, le président tchadien Idriss Déby s'est interrogé sur l'"efficacité" des soldats de l'Eufor, et sur "l'utilité" de leur présence au Tchad. Il a même accusé la force européenne de "fermer les yeux" sur les meurtres de civils et de réfugiés tués par les rebelles. Depuis la mi-mars, les soldats de l'Eufor sont déployés dans l'est du Tchad et dans le nord-est de la République centrafricaine afin de soutenir les ONG et associations qui tentent de venir en aide aux 500 000 réfugiés soudanais et civils tchadiens qui fuient la guerre civile au Darfour.
"Quelle ne fut notre surprise de voir, dès la première épreuve hostile, cette force coopérer plutôt avec les envahisseurs, laissant emporter les véhicules des humanitaires, incendier leurs stocks de vivres et de carburant et fermant les yeux devant le massacre programmé des populations civiles et des réfugiés", a-t-il lancé dans une allocution à la nation. Idriss Déby est allé jusqu'à soupçonner un "complot international" visant à le déstabiliser et à plonger son pays dans le chaos. Et de mettre en garde "ceux qui financent cette machine de destruction contre le Tchad. (...) Qu'ils sachent qu'ils le paieront cher", a-t-il affirmé.
Washington évacue ses employés
Craignant pour ses employés, le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) a interrompu lundi ses activités dans la région. "A compter de lundi après-midi, le HCR a dû suspendre ses opérations dans ses douze camps de réfugiés dans l'Est, en raison de la rapidité avec laquelle les conditions de sécurité se détériorent", a annoncé Annette Rehrl, porte-parole de l'agence onusienne. Dans une déclaration adoptée à l'unanimité, les 15 membres du Conseil de sécurité ont dénoncé "dans les termes les plus forts" cette nouvelle offensive. Ils appellent les groupes armés à "mettre immédiatement un terme à la violence" et les Etats de la région à coopérer afin de rétablir au plus vite la sécurité. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est également dit "profondément préoccupé" par cette situation.
De même, l'ambassade des Etats-Unis à N'Djamena a fait évacuer une partie de son personnel au Cameroun. "L'ambassade fonctionne désormais à effectifs minimums", a déclaré un porte-parole du département d'Etat, précisant que les employés concernés par les missions d'urgence étaient restés sur place afin de répondre aux besoins des ressortissants américains qui s'y trouvent. Washington déconseille par ailleurs tout voyage au Tchad et recommande aux Américains qui sont dans le pays d'éviter de se déplacer de nuit et de faire preuve de prudence. Plus tôt dans la journée, Ali Gadayé, le porte-parole de l'Alliance - qui regroupe plusieurs groupes de rebelles - avait pourtant tenu à rassurer les ONG. "Désormais, l'Alliance se porte garante de leur sécurité", avait-t-il assuré.
Depuis samedi, les rebelles ont repris les combats dans le but officiel de faire tomber N'Djamena, la capitale du pays, et de renverser Idriss Déby. En d'autres termes, ils essayent de réussir là où ils ont échoué en février dernier, après avoir frôlé leur but. Ils avaient alors encerclé N'Djamena, au point que Déby ne pouvait plus sortir de son palais, avant de se faire repousser par les forces fidèles au président. Mais selon Mahamat Hissène, ministre tchadien de la Communication et porte-parole du gouvernement, les rebelles font beaucoup de propagande mais dans les faits, ils ne sont pas si près de parvenir à leurs fins.
D'abord car ils visaient la capitale avant la fin de la semaine dernière: ils ont échoué. Ensuite, car même s'ils crient victoire à chaque ville prise, elles restent des localités relativement petites, et sont toutes situées dans l'est du Tchad, tandis que N'Djamena est dans l'ouest, à plusieurs centaines de kilomètres de là. "Nous sommes tout à fait sereins. L'armée continue de déployer son plan", a confirmé lundi Mahamat Hissène. Dimanche, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait déclaré depuis la Côte d'Ivoire que la France n'interviendrait pas dans ces affrontements.
source : lejdd.fr