Tchad : Poursuite de l'offensive des rebelles, un témoignage
'Nous avons lancé une nouvelle attaque et la ville d'Am Zoer, au nord-est d'Abéché, est tombée entre nos mains après plusieurs heures de violents combats', a déclaré Brahim Moussa, un des porte-parole des rebelles de l'Alliance nationale (An), interpelé par la MISNA sur les développements des combats en cours depuis plusieurs jours dans l'est du pays. 'La bataille a été très violente et nous sommes encore en train d'établir un bilan approximatif – a-t-il ajouté – ce qui est certain c'est que nous avons récupéré de nombreuses armes et pris en otage des militaires'. Le chef de la garnison établie à Am Zoer, selon des sites internet proches de la rébellion, serait lui aussi prisonnier de l'An, qui regroupe plusieurs sigles de mouvements antigouvernementaux en lutte depuis près de deux ans pour tenter de déposer avec les armes le président Idriss Deby. 'Les déclarations faites à la presse par le minstre des Communications tchadien sont absolument fausses car nos troupes ne sont pas en train de se diriger vers la frontière soudanaise. Notre objectif, déjà déclaré à plusieurs reprises, est la prise de N'Djamena et le renversement du président', a conclu le porte-parole. Am Zoer est la quatrième ville passée sous le contrôle de la rébellion depuis le début de l'offensive lancée le 11 juin dernier; Abéché, principal centre dans l'est du pays et siège du plus grand déploiement de l'armée après N'Djaména, serait encerclée par les troupes régulières qui bloquent toutes les voies d'accès à la ville. Et ces dernières heures dans la capitale, le climat est tendu en vue d'une possible attaque comme celle repoussée par l'armée en février dernier : 'Dans les rues on voit des fourgons de soldats aller et venir et les palais présidentiels comme les lieux les plus sensibles de la ville sont gardés par des véhicules blindés et par des structures en béton similaires à d'énormes vases' ont dit à la MISNA des sources contactées à N'djaména, sous couvert de l'anonymat pour des raisons de sécurité. 'Les gens ont peur même si la vie quotidienne se déroule normalement et tranquillement – ont ajouté les interlocuteurs de la MISNA – mais nombreux sont ceux qui considèrent que si, comme cela a été annoncé, la France n'interviendra pas pour aider Deby, cette fois les choses pourraient prendre une autre tournure qu'en février, lorsque les rebelles ont été refoulés'. Entre temps, l'ambassade américaine au Tchad a fait savoir qu'elle a évacué vers le Cameroun tout le personnel non essentiel de sa représentation diplomatique et suspendu la délivrance des visas jusqu'à nouvel ordre. A la condamnation de l'offensive formulée hier par le Conseil de sécurité de l'Onu s'ajoute aujourd'hui une note du secrétaire général Ban Ki-moon qui 'invite toutes les parties en cause à suspendre les hostilités'. Ban Ki-moon condamne par ailleurs 'toute tentative de déstabiliser le Tchad' et exprime sa 'vive préoccupation pour la détérioration de la situation humanitaire dans l'est, où les agences de l'Onu travaillent durement pour soutenir des milliers d'évacués et réfugiés'. Les 3 et 4 février dernier, une avancée des rebelles sur N'Djamena avait provoqué environ 160 morts et des milliers d'évacués ; l'attaque fut repoussée par les troupes régulières grâce au soutien logistique des troupes françaises déployées dans le pays dans le cadre de la mission européenne Eufor. Cependant, au lendemain de la cessation des hostilités, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, en visite en Côte d'Ivoire, avait déclaré que Paris 'n'est pas intervenue et n'interviendra pas au Tchad'.
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Source : reliefweb.int