La presse tchadienne et ses courtisans

Publié le par Hamid Kelley

Par Alphonse Dokalyo

Les réseaux des journalistes qui font la promotion des activités des partenaires sur le terrain, appuient la presse dans la recherche de l’information et défendent également leur corporation. Mais le type de partenariat entre les médias et certaines institutions laisse très peu de marges aux journalistes et peu de place à la critique.

Dans le milieu de la presse tchadienne, l’on recense deux catégories de réseaux.
Les réseaux constitués par des professionnels de la communication et ceux créés sous l’impulsion des institutions nationales et internationales (lire notre encart. à la page 16). Dans le second cas, les réseaux se composent des journalistes de la presse publique et privée. Chaque organe de presse membre y est représenté par un journaliste formant au sein de la rédaction un point focal. Son rôle est d’éclairer et de guider la rédaction sur les programmes et les activités de l’institution partenaire. Les réseaux fonctionnent sur la base du volontariat. Ils appuient les partenaires dans plusieurs domaines : santé, éducation, environnement, population et développement, humanitaire… Mais que tire la presse elle-même de ces divers réseaux ?


Un moyen idéal pour accéder à l’information


En principe, les avantages devraient être importants pour la presse. L’Union des journalistes tchadiens (UJT), le syndicat des professionnels de la communication (SPC), l’association des éditeurs de la presse privée du Tchad (AEPT), l’Union des radios privées du Tchad (URPT) oeuvrent pour la promotion du métier du journalisme. Par des communiqués de presse, des grèves, des journées “silence radios” et autres actions, ces réseaux dénoncent quotidiennement les atteintes à la liberté de la presse et aux intérêts des médias.

Les membres des réseaux sont invités souvent à participer à des ateliers d’information ou de sensibilisation organisés par les partenaires. Ils rapportent au profit de leur organe les informations recueillies. Cela permet d’accéder à l’information et résoudre ainsi l’un des problèmes majeurs que rencontre la presse tchadienne dans l’accomplissement de sa mission de sensibilisation, d’éducation et de formation de la population. La participation aux ateliers permet également aux journalistes d’acquérir des connaissances sur les diverses branches d’activités des partenaires. Cela peut également contribuer au renforcement de leurs capacités intellectuelles. Par exemple, grâce à la formation en population et développement, le réseau sahélien des journalistes en population et développement, section Tchad mène sur le terrain au Tchad des activités d’éducation, de sensibilisation de la population et fait du plaidoyer auprès des leaders d’opinion et des décideurs sur les questions de population et développement.

Cependant, certains responsables des réseaux s’accaparent des ateliers ou des missions ou cooptent parfois certains membres pour profiter des perdiems. « C’est par souci d’efficacité que nous choisissons les gens qu’il faut pour effectuer des missions », justifie un leader. « Certains sont incapables de rapporter les informations », éclaire un autre. Toutefois, l’on a noté que certains leaders gèrent parfois deux ou quatre réseaux. Cela obéit-il à la même logique d’efficacité ? « Nous cherchons le gombo des enfants », répond un responsable.


La plupart des réseaux fonctionnent sans texte de base


Cette attitude des dirigeants peut s’expliquer par l’absence des règles régissant la gestion des réseaux. La plupart d’entre eux ne sont régis par aucun texte. Or, les textes de base déterminent le mode de fonctionnement : période des réunions, taux de cotisation, gestion des ressources…. Conséquence, « beaucoup de réseaux des journalistes sont des morts-nés », déclare un connaisseur du milieu. Ceux qui « existent », sont plongés dans une léthargie, « les membres mènent rarement des activités ». Les responsables ne font rien pour relancer les activités. « Seulement ils guettent des ateliers et missions organisés par les partenaires pour profiter des frais », souligne l’interlocuteur.


Du journalisme à une sorte de « griotisme »


Le traitement de l’information rapportée, ne respecte pas les règles de l’art. On ne fait plus du journalisme mais quelque chose qui ressemble au « griotisme ». L’on ne prend pas de recul, pas de regard critique sur les actions du partenaire qui détient la bourse. Ce qui fait dire à un confrère que « les responsables utilisent les réseaux pour gagner un emploi dans les institutions partenaires ». Les réseaux des journalistes rendent d’énormes services. Il serait souhaitable que les partenaires, les institutions et les organes de presse, redynamisent ces réseaux. Cela passe par la dotation des réseaux des textes de base et la matérialisation des termes de leur collaboration. Le partenariat actuel, basé sur l’informel, tient compte en partie des préoccupations des partenaires. Au lieu de consacrer uniquement le budget de communication au paiement des perdiems, les institutions devraient également octroyer des subventions aux organes de presse pour leur fonctionnement. Les médias n’ont pas assez de moyens de production des journaux. Les recettes engrangées, ne couvrent pas totalement les coûts très élevés de l’impression. La lisibilité des activités des partenaires dépendra en partie de cette aide.

Alphonse Dokalyo



Source : Cefod.org



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