Zoom sur les tractations entre les mouvements de la rébellion
TCHAD : LA VALSE DES TRACTATIONS ENTRE LES FORMATIONS DE L’OPPOSITION ARMEE DONNE LE TOURNIS
Par la Rédaction de Zoomtchad.com![]()
Si les politico-militaires – qui ont en partage la volonté de balayer le régime en place pour le remplacer par quelque chose qui réponde, au mieux possible, aux attentes de la majorité des Tchadiens - n’ont pas réussi à s’unir, ne serait-ce que sur la base d’un minimum consensuel, ce n’est certainement pas faute d’avoir tenté d’y parvenir. De nombreuses initiatives ont été essayées, ou sont en cours, sans résultat palpable. L’on pourrait dire, à leur décharge, que la problématique relève d’une « maladie congénitale » des Mouvements de libération nationale, historiquement parlant. Dans, le passé comme dans le présent, ces mouvements naissent, se déchirent, se recomposent, se rédéchirent, reprennent langue, et le cycle infernal continue avec ses hauts, ses bas, ses trahisons, ses pauses, ses intrigues à n’en pas finir. Au bout, c’est soit le ralliement ou le compromis avec le régime en place, soit la disparition ou la victoire. Et, tous ces cas de figure ont leur prix, portent des stigmates, des inconnus et des impondérables.
Au demeurant, et en ce qui concerne les Tchadiens, les raisons qui expliquent cette quasi-impossibilité de parvenir à l’unité, ou tout simplement à une bonne entente opérationnelle, sont complexes et diverses. D’emblée, il faut écarter toute divergence tenant à des considérations doctrinales, idéologiques ou simplement programmatiques. A ce niveau, c’est la sécheresse, à l’image de celle qui frappe le pays tout entier. Ajoutons que tous les groupes opérant à l’Est sont, mutatis mutandis, pro-français (et pro-occidentaux) et en tout cas aucun d’entre eux n’est réellement francophobe encore moins anti-français ; même si, par ailleurs, à des degrés divers, ils ont des liens et des sympathies ouvertement assumés avec le monde musulman en général et le monde arabe en particulier. Donc, ils sont en phase avec le système mondial dominant, et même en phase, pourrait-on dire, avec le système relationnel franco-africain. C’est évident, l’ère n’est pas à la Révolution, même douce.
Plus prosaïquement, les procès crypto-personnels que les uns et les autres se plaisent à instruire réciproquement, les ambitions personnelles, l’ethnicisme, le tribalisme et le clanisme constituent, sans conteste, le fondement des contradictions qu’affrontent ces formations politico-militaires. Pourquoi s’en cacher, c’est un phénomène non spécifique au Tchad, et que l’on rencontre partout en Afrique, la pauvre Somalie offre l’exemple le plus achevé, et dans tous ses horreurs. Les néocolonialistes qui s’y connaissent très bien pour l’avoir expérimenté depuis l’époque de la traite des nègres, l’utilisent aujourd’hui avec beaucoup de talent et d’hypocrisie. Les leaders des Rébellions tchadiennes jurent la main sur le cœur qu’ils se placent au dessus des « mesquineries », que leur « vision politique » est « pure », et qu’ils ne sont mus que par l’intérêt national. Mais, tout le monde sait que ces serments sont destinés à la consommation de l’opinion qui n’en est pas dupe. D’ailleurs, leur comportement fait rigoler ceux qui les fréquentent, échangent des confidences avec eux et les soutiennent malgré tout ; pour la bonne et simple raison qu’eux seuls sont, aujourd’hui, en mesure de débarrasser le Tchad du cancer (Deby et son clan), cause aggravante de l’état comateux qu’endure, depuis d’interminables années, le peuple tchadien martyr ; et en tout état de cause, ajoutent-ils, chacun de ces leaders, par la force des choses (nouveau contexte général, contraintes nationales et internationales), serait amené, le cas échéant, à apporter un plus au pays, contrairement à ce que fait le système antinational, criminogène et létal de Deby.
Néanmoins, il faut reconnaître que la valse des tractations entre les groupes de l’opposition armée donne le tournis. Les unions, alliances, coordinations et autres ententes se nouent et se dénouent à vive allure, au gré des humeurs, circonstances, arrière-pensées, malentendus et des non-dits propres à ruiner la confiance indispensable à la conclusion et à la continuité d’une entreprise d’intérêt commun. Il va sans dire que l’absence d’un leader charismatique, bénéficiant d’une bonne image et d’une large base sociopolitique, capable de se placer au dessus de la mêlée en vue de fédérer au moins une grande partie des groupes en présence, achève de rendre l’objectif de rassemblement encore plus difficile à atteindre.
Récemment, l’UFCD de Adouma Hassaballah, le RFC de Timane Erdimi et l’UFDD/F de Aboud Mackaye ont entamé, une énième fois, des pourparlers en vue d’un rapprochement ; sans succès semble-t-il. Ce qui expliquerait que, ces derniers jours, c’est au tour de l’UFDD de Mahamat Nouri et l’UFCD de Adouma Hassaballah de reprendre langue. Et, ainsi continuent les palabres à la tchadienne, sur fond de rivalités de clocher... Bien entendu, face à ce qu’il faut bien appeler cette tragi-comédie qui, malheureusement, coûte très chère en vies humaines notamment, Deby joue assez bien et en profite pleinement. Malgré tous les handicaps qui assaillent son système pourri et honni.
Toutefois, il est encore temps pour les politico-militaires de se ressaisir. Et, on leur souhaite, sans illusion, que la sagesse et la clairvoyance puissent l’emporter sur la déraison et l’aveuglement.
La Rédaction de zoomtchad