Le difficile équilibre d'Obama
Le difficile équilibre d'Obama
Dans sa quête de la Maison blanche, Barack Obama a trébuché sur un sujet sensible, l'Irak. Lui qui s'est toujours distingué en prônant un retrait d'Irak, a laissé entendre qu'il pourrait revoir sa position, avant de revenir à sa conviction initiale. Qualifié de "girouette", le sénateur a écorné son image de "pur". Pas si simple de conquérir les électeurs du centre...
Après le débat sur son supposé manque de patriotisme, Barack Obama doit faire face à une nouvelle polémique. Et sur un sujet symbolique aux Etats-Unis s'il en est, l'Irak. Lors d'un meeting jeudi dernier à Fargo, dans le Dakota du Nord, le sénateur de l'Illinois avait suggéré qu'il pourrait revoir sa position sur le sujet. "Je vais me livrer à une évaluation sérieuse quand j'y serai. Je suis sûr que j'aurai plus d'informations et que je pourrais continuer à affiner ma politique", avait-il affirmé. Il avait alors expliqué qu'il forgerait sa conviction au contact de la réalité vécue par les soldats américains en Irak. "J'ai toujours dit que j'écouterai les chefs militaires sur place. J'ai toujours dit que les conditions d'un retrait répondront à une exigence de sécurité pour nos soldats, et à un impératif de stabilité au sein du pays." Des déclarations perçues par la classe politique et médiatique américaine comme un revirement d'Obama sur le sujet. Un changement crucial pour le seul candidat qui se distingue, dans les camps démocrate et républicain, comme celui prônant un retrait d'Irak dans les seize mois de son arrivée au pouvoir.S'en est suivie une campagne où le camp conservateur a présenté Barack Obama comme une "girouette", l'un des adjectifs les plus disqualifiants pour un candidat à la Maison blanche, obligeant le démocrate à convoquer la presse pour rétablir sa vérité. Deux fois. La première, quelques heures à peine après sa sortie jeudi, lorsqu'il a déclaré "qu'apparemment (il) n'avait pas été assez clair". "Si vous regardez bien tout ce que j'ai dit, mon délai de seize mois a toujours été basé sur la condition d'être sûr que nos troupes soient en sécurité. Et mon approche est toujours de faire en sorte que nos troupes soient en sécurité et que l'Irak soit stable. Et je vais continuer à récolter des informations pour voir si ces conditions sont toujours tenues". Mais la polémique ne s'est pas éteinte, elle a au contraire été relayée par la presse. L'éditorialiste du New York Times a ainsi raillé "les deux Obama": "Docteur Barack", plein d'idéaux et "Fast Eddie Obama, ce politicien inflexible de Chicago qui ne tient pas ses promesses et qui ferait n'importe quoi pour récolter des voix".
Aller vers le centre sans s'aliéner la gauche du parti
D'où une deuxième mise au point très claire samedi du candidat démocrate. "Je veux mettre fin à cette guerre. Dès le premier jour de mon entrée en fonction, je convierai les chefs de l'état-major et je leur donnerai une nouvelle mission, celle de mettre fin à cette guerre." Le sénateur a fait mine d'être étonné de "toute la frénésie déclenchée par la conférence de presse", qui l'a laissé "perplexe". Une remarque qui a déclenché une réponse immédiate du camp de John McCain: "Ce qui rend ‘perplexe', c'est qu'Obama ne se rende toujours pas compte que ses mots ont une importance", a moqué Tucker Bounds, le porte-parole du candidat républicain.
Au-delà de la polémique sur ce sujet précis, c'est la stratégie actuelle de Barack Obama qui est sujette à caution. Très à "gauche" sur la scène politique américaine - c'est même le sénateur le plus à "gauche" selon une étude du National Journal de janvier dernier, qui se base sur ses votes - Barack Obama doit aujourd'hui recentrer son image. Si son positionnement lui a permis de remporter la primaire démocrate, pour gagner l'élection présidentielle de novembre, le sénateur doit impérativement conquérir le centre et les électeurs indépendants, comme l'avait fait Bill Clinton en son temps. D'où des prises de positions plus conservatrices dernièrement sur la peine de mort, lorsqu'il a critiqué la décision de la Cour suprême de l'interdire pour les violeurs d'enfants, ou lorsqu'il s'est réjoui de celle qui renforce le droit individuel de posséder des armes, en affirmant un possible contrôle mais pas son abolition.
L'équipe de campagne de McCain s'en donne donc à coeur joie, pour "banaliser" l'image de Barack Obama, qui jusque-là repose sur l'idée du changement. Changement des politiques et de la manière d'en faire. Pour le camp républicain, ces dernières prises de position prouvent que Barack Obama est bien un politicien "typique", qu'il défend des idées selon l'opinion et ses visées électorales, sans expérience ni véritable conviction. Pour les partisans d'Obama, cela prouve surtout qu'il est "pragmatique" et capable d'aller au-delà des idées de son camp. Aller vers les centre, qui pourrait faire balancer l'élection en sa faveur, sans s'aliéner la "gauche" du parti démocrate, qui l'a installé là où il est: entre ces deux impératifs, Barack Obama est sur la corde raide pour trouver l'équilibre.
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