Le G8 va mourir, vive le G13!
Par Myriam Berber / Rfi
Le sommet des huit chefs d’Etat et de gouvernement s’est effectivement achevé mercredi à Toyako au Japon. Avec l’intention de s’ouvrir davantage.
Face à la triple crise énergétique, alimentaire et financière, le G8 doit-il rester figé dans sa composition actuelle, ou bien élargir afin d’inclure les grandes économies émergentes ? Le débat agite non seulement les huit membres du club, mais aussi les adhérents potentiels.
“ Ce n’est pas raisonnable de continuer à se réunir à 8 pour régler les grandes questions du monde, en oubliant la Chine – 1 milliard 300 millions d’habitants –, en n’invitant pas l’Inde – 1 milliard d’habitants –, en n’invitant aucun pays arabe, aucun pays africain, et en n’ayant aucun pays d’Amérique latine ”. Voilà comment le président français a proposé, avant son départ pour le sommet de Toyako au Japon, d’ouvrir le club fermé des pays riches du G8 à cinq plus grandes économies émergentes : la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique et l’Afrique du sud, qui ont formé le G5, un groupe informel depuis 2005. Au G5, Nicolas Sarkozy estime qu’il serait même judicieux d’ajouter un sixième pays arabe et musulman : l’Egype ou l’Arabie Saoudite.
Au côté de la France, le plus fervent avocat de l’élargissement du G8 est l’Allemagne. “ Nous sommes en train de construire la maison de la mondialisation ”, a proclamé la chancelière Angela Merkel. Le président américain George W. Bush serait également favorable à cet élargissement. A quoi bon discuter du prix du pétrole sans l’Arabie Saoudite, premier producteur mondial ? Ou réfléchir au dérèglement climatique sans la Chine, troisième économie mondiale et premier pollueur de la planète. Aussi puissants soient-ils, les huit pays les plus riches du monde ne peuvent plus régler, seuls, les problèmes majeurs de la planète. Déjà en 2001, le G8 a fait l’objet de critiques parfois virulentes, avec des manifestations violentes lors du sommet de Gênes.
Le Japon opposé à l’idée d’un G13
Comme certains chefs d’Etat, bon nombre d’experts estiment que le G8 est appelé à se réformer ou à disparaître. Selon Andrew Cooper, spécialiste du G8 à l’université de Waterloo (Canada), “ le G8 ne pourra pas continuer longtemps à inviter les autres grands pays pour le petit-déjeuner et attendre d’eux qu’ils déguerpissent ensuite ”. Dans le futur, ces invités exceptionnels pourraient être amenés à participer à tous les débats à terme, devenir membres à part entière d’un G13. Et Andrew Cooper d’expliquer : “ C’est risqué parce que ces pays ne sont pas sur la même longueur d’onde que le G8, et on n’en reviendra pas aux réunions cosy au coin du feu des années 70. Mais pour que le club fonctionne, il est vraiment logique de le faire. ”
L’idée d’une réunion en format G13 soulève de nombreuses réticences et notamment au Japon, farouchement attaché au principe du G8. L’unique pays asiatique membre du G8 voit l’entrée de la Chine et de l’Inde comme un coup porté à son influence. Le Japon s’oppose également à l’entrée de la Chine, car cette dernière lui bloque l’accès à un doit de veto au Conseil de sécurité de l’Onu. Lors de leur rencontre à Rome au sommet de la Fao en juin, le Premier ministre japonais, Yasuo Fukuda, avait déjà communiqué à Nicolas Sarkozy son opposition à l’idée d’un G13. Il y a également des réticences du côté des nouveaux adhérents. Les dirigeants chinois, notamment, se méfient de ce type de sommets internationaux qui peuvent déboucher sur des pressions politiques. Selon un spécialiste chinois, “ la Chine est encore hésitante à propos de l’élargissement du G8, car d’un côté nous voulons prendre plus de responsabilités internationales, mais de l’autre le fondement de notre diplomatie reste le monde en développement. ”