Les nostalgiques du faut débat Nord/Sud, lisez plutôt Enock DJONDANG !
Notre "frère Mahadjir.fils depuis l'Amérique du Nord"
Le Tchad de 2008 n’est plus celui de 1979 !
Par Enoch DJONDANG
L’article de notre ami et frère Mahadjir fils intitulé : Tchad: pas de problème nord/sud (Tchad Espoir 09/07/2008), et celui de Brahimy Mahamat Abdelkerim intitulé : Pourquoi les multiples tentatives des rébellions de l’Est du pays pour conquérir le pouvoir, échouent-elles?: Nous échouons parce que nous menons une politique d’exclusion (Tchad Espoir 10/07/2008), m’ont subitement rappelé que tous les tchadiens ne sont pas à la même lecture de l’Histoire de leur pays. Il est vrai que certains sont fort avancés, tandis que d’autres et pas des moindres, restent encore à la traîne dans leur vision globale. Ceci est très compréhensif, en raison des évènements qui ont le plus marqué certains que d’autres.
Je me rappelle que, quand je menais des campagnes de sensibilisation auprès des milieux de la diaspora tchadienne en France ou ailleurs, dans les années 90, au titre des droits humains, j’avais parmi mes interlocuteurs de nombreux compatriotes exilés depuis les années 70 ou 80, au plus fort de la déchirure Nord- Sud. Il m’étais parfois fort difficile de présenter à mes interlocuteurs un Tchad qui n’était plus celui qu’ils avaient quitté pour l’exil, surtout en mal. Les valeurs de références n’étaient plus les mêmes. C’est pourquoi je ne suis pas étonné que des jeunes comme Mahadjir fils et ‘Aldo’ (alias ?), se tripotent encore pour certains fantasmes qui ont fait leur temps. Je me permettrai de m’en mêler pour apporter une partition différente avec un troisième œil sur le front pour percer dans la brume…
On tombe dans l’erreur grossière quand l’on prend pour base de comparaison quasi-numérique les écarts entre le Nord et le Sud du Tchad. D’abord parce que ces deux entités sont des fictions politiques ne reposant que sur des mensonges ayant servi tous ceux qui voulaient du pouvoir d’Etat, selon la logique néocolonialiste française. On ne peut comparer que ce qui est comparable. A quel pourcentage de la population locale peut-on considérer qu’une région a beaucoup de ‘cadres’ ? Si ce critère n’est pas définit, la comparaison entre régions n’a pas son sens non plus. Ensuite, l’éducation scolaire et la formation professionnelle dans notre pays ont été tributaires de plusieurs facteurs : disponibilité et accessibilité du système, disponibilité des groupes cibles, politiques gouvernementales successives etc. Par rapport à cette dimension, l’on sait comment les choses ont évolué depuis Tombalbaye jusqu’à IDI dans tout le Tchad. Passons sur les détails…
Quarante huit ans après l’octroi de ‘l’Indépendance’ au Tchad, il est évident que les données en ressources humaines ne peuvent plus être pareilles à celles de 1979, année de la grande déchirure nationale. Il n’y a pas de région ayant développé ou confirmé une incapacité naturelle de s’instruire, comme il n’y a pas de région intellectuellement supérieure aux autres. Si non, le démontrer par une méthodologie scientifique et non par humeur et préjugé. Personne n’a favorisé le petit berger poète de Oum Chalouba, entré à l’école sur le tard (à 8 ans) et ayant évolué loyalement dans le dispositif éducatif local, pour qu’il soit couronné major de la promotion nationale de médecins 2008 à N’djaména. Ce seul exemple devrait mettre un terme aux élucubrations de ceux qui se fabriquent des ‘complexes de supériorité’ fictives. Pour aller plus loin, c’était un petit ‘gorane’ qui fut aussi meilleur élève de la très sérieuse Ecole- Lycée Adventiste de N’djaména en 2007 !
Je ne cherche pas à flatter qui que ce soit, j’affirme simplement la vérité selon laquelle tout succès vrai est d’abord le fruit d’un effort soutenu. Tombalbaye ne disait-il pas : « Le progrès est le fruit d’un travail acharné certes, mais aussi d’une longue patience… Cette patience, persévérant dans l’effort est certainement la forme la plus haute de courage et de civisme… Dans l’œuvre humaine, il n’existe pas de miracles ». Et je serai d’accord avec Mahadjir fils que le spectacle de la jeunesse « sudiste » en perdition dans les rues des quartiers sud de la capitale, devrait faire réfléchir les adultes abonnés à longueur de journée dans les bars : « Tôt ou tard, le jour va se lever » dit la chanson, mais pour quel constat ?
Il faudrait plutôt plaindre le fait que nos ressources humaines valables sont gaspillées, toutes régions confondues, du fait des éléments suivants d’une conjoncture qui n’en finit pas :
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La plupart des cadres tchadiens préfèrent rester à l’étranger pour servir d’autres Etats, parce que la vie est un enfer chez eux. D’ailleurs ils forment généralement la frange d’élite la plus opposée aux pouvoirs en place à N’Djaména ;
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D’autres restent à l’étranger pour des raisons pécuniaires liées à leurs professions ;
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Ceux qui restent au pays sont forcés d’entrer dans une tendance politique pour éviter la noyade sociale ou pour se protéger de l’arbitraire ;
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Pour les cadres locaux, la misère, le mal emploi, le clientélisme ambiant sur les ‘postes juteux’, ces facteurs les font sombrer dans le reniement de soi et des valeurs de progrès et dans le parasitisme public ;
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Les plus malchanceux prennent chaque jour le chemin des cimetières, vaincus par la maladie commune, par le désespoir et le laisser-aller ;
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Certains, originaires du ‘Nord’ comme du ‘Sud’ étaient revenus avec de grandes ardeurs patriotiques, croyant être utiles à leur pays : c’est au pas de course qu’ils durent un jour tout abandonner pour l’exil, promettant de ne plus revenir dans ce ‘pays de fous’ ! Leurs projets et initiatives personnelles ou le petit patrimoine apparent qu’ils étaient censés avoir, leur causèrent des ennuis inacceptables dans une société normale !
Voilà, Mahadjir fils et ‘Aldo’ où nous en sommes ! Des ressources humaines gaspillées, des cadres traînant sous les arbres ou dans les bars à 10 h du matin. Une masse de jeunes diplômés qui attendent chaque année de savoir s’il y aura de la place pour eux pour vivre dignement et travailler utilement dans leur propre pays victime ‘d’agressions’ depuis quarante ans ! Inquiétez-vous plutôt de la perte pour le Tchad que nombre de compatriotes médecins restent à l’extérieur, pendant que leurs proches meurent comme des mouches faute de personnel médical ? Je suis sûr que mes deux compatriotes, en cas de besoin, se soucieraient davantage de la possibilité de recevoir les soins appropriés dans n’importe quel centre médical, que de critiquer le fait que ledit centre serait tenu par un ‘infirmier’ médiocre ou douteux originaire de telle ou telle région ? Car le revers de cette hémorragie de ressources humaines, c’est l’aggravation de tous les indicateurs sociaux à l’ère pétrolière, par rapport à l’ère cotonnière précédente.
Si l’on voulait enfoncer le clou dans la plaie, l’exemple du Mayo Kebbi est parlant : c’est la région la plus peuplée avec plus d’un million d’âmes. Elle a aussi des cadres de valeur en grand nombre. Elle a toujours défendu la loyauté et l’humanité en servant de refuge tampon à toutes les communautés menacées du Nord et du Sud, lors des folies meurtrières qui secouèrent le pays. Malgré cela, elle est la plus mal récompensée avec la plus faible représentation aux postes décrétés et dans les projets de développement, en terme infrastructurel, etc. Et pourtant, elle n’est en rébellion contre personne ! D’aucuns prendront les cadres mayo-kebbiens pour des idiots polis, à cause de tout cela. Ce n’est que la sagesse et l’expression d’histoires et des cultures fortes, prohibant l’aventurisme, le désordre et la mendicité. Ces valeurs ne sont-elles pas aussi partagées par les autres régions ?
Occasion de réagir à une partie des propos du frère Brahimy. Je ne me prononcerai pas sur votre appel aux ‘nordistes’ de faire leur mea culpa envers les ‘sudistes’ aux seules fins de gagner le pouvoir ou un ‘changement’. C’est au FROLINAT et à ses écoles ségrégationnistes qu’il faille s’adresser courageusement et honnêtement. Je m’attarderai plutôt sur vos inquiétudes concernant le dépeuplement de certaines régions du Nord à cause de la rébellion « nord- nord » que vous dénonciez, et des risques de perdre face aux sudistes quand viendra la normalisation générale par le suffrage universel direct. Avant de viser le suffrage universel et l’agiter comme une menace prochaine pour les nordistes (ce qui est faux !), il faudrait d’abord se poser la question de savoir avec quelle population fera-t-on du développement local dans ces régions ravagées ?
Où trouvera-t-on le moment venu cette main d’œuvre locale pour réaliser les infrastructures communautaires, pour développer des industries extractives d’envergure (pétrole, uranium, etc.) et bénéficier des 5% ? Ira-t-on ressusciter les ‘martyrs’ des guerres absurdes actuelles pour un pouvoir aléatoire ? Elites du BET et du Biltine : si vous n’arrêtez pas maintenant avec la violence caractérisée, vous risquerez de faire de vos régions à moyen terme des zones de repeuplement pour des populations allogènes venues de partout, du Tchad et de l’étranger, qui profiteront, sous les yeux impuissants de vos survivants mutilés et bannis, des immenses richesses de vos régions. Ce jour-là, certainement vous regretterez d’avoir perdu le temps à faire la guerre partout, pour rien ! Brahimy s’alarme déjà tandis que d’autres croient encore aux armes qu’ils n’ont pas fabriqué, qui n’ont pas empêché la pendaison de Saddam Hussein ou le suicide de Adolf Hitler. Ceux-là, s’ils savaient comment allait être la fin de leurs terribles aventures politiques, auraient donné tout l’or du monde au Bon Dieu pour changer leurs destins ?
Il est plutôt temps pour vous d’arrêter net avec la guerre! D’aider vos parents des terroirs à s’organiser en sociétés civiles de développement et de lutte contre la pauvreté, comme ces ‘sudistes’ parias ou ‘peureux’, comme les Burkinabés, les Maliens, ces Africains qui mènent la bonne lutte qui vaille ! Personne n’a le monopole de la bravoure ! Si nombre de tchadiens n’ont pas choisi la voie ‘guerrière’ ni de la vendetta, ce n’est pas parce qu’ils manquent de traditions redoutables dans ce domaine, mais parce qu’au final cela n’a pas de sens entre les fils d’un même pays. A moins que ce soit un moyen de perpétuer les haines et rancunes entre nous et qu’il ne soit plus possible à terme de se reconnaître fils et filles d’une même patrie ? Personne n’entraînera ce pays à cette extrémité pour assouvir ses ambitions égoïstes de pouvoir, de richesse et de domination, personne ! Dieu est le Tout Puissant !
Enoch DJONDANG
Source : L'autre blog du RDPL