Quand les parents cultivent la médiocrité

Publié le par Hamid Kelley

Au Tchad, toute occasion est bonne pour faire la fête. Dans les établissements scolaires, les fins d’année scolaire sont, tous les ans, rythmées par des réjouissances. Quels que soient les résultats de l’établissement ou des enseignés, il y a une fête pour tout l’établissement mais aussi pour chaque niveau voire chaque classe. Cela va de la maternelle à l’université en passant par les écoles professionnelles. Parfois, dans certains établissements, il n’est pas rare de voir certains enseignants faire la fête mieux que les éduqués pour lesquels celle-ci est organisée.

De nombreux parents tchadiens ont pris l’habitude de négocier la réussite scolaire de leur progéniture, qu’il s’agisse des passages en classe supérieure ou des examens et concours. Paradoxalement, même dans de tels cas, on fête ces « réussites », bien que négociées à coup d’argent. Mais, peut-être qu’au-dedans d’eux-mêmes, parents et enfants fêtent le succès de la négociation ayant abouti à cette réussite. Il paraît que cela s’appelle aimer nos enfants. Lors des examens de cette année, un enfant qui y prenait part a déclaré à sa mère avoir vu un surveillant remettre à un candidat les corrigés des épreuves. « Pourquoi n’as-tu pas exigé de cet enfant qu’il te fasse également recopier le texte qu’on lui a remis ? ». Telle fut la réponse de la mère à son enfant. Bel exemple d’éducation que d’entendre un parent conseiller à son enfant de tricher !

Autre exemple du comportement des parents, l’un d’entre eux a même jugé utile de demander aux responsables de cet établissement de libérer sa fille (en réalité une fillette) pour permettre à celle-ci d’assister à la cérémonie de remise de dot de sa cousine germaine !

Certains adultes interrogés se souviennent encore de la manière dont les fêtes de fin d’année se déroulaient dans les écoles. C’était l’occasion de récompenser les élèves qui avaient bien travaillé durant l’année scolaire. Cela les encourageait et poussait les autres à faire mieux l’année suivante. Il n’était pas rare de voir certains élèves rentrer chez eux en pleurant parce qu’ils n’avaient pas pu faire mieux que d’autres, parce qu’ils n’avaient pas pu faire plaisir à leurs parents. Les parents, eux, donnaient un cadeau symbolique à ceux qui avaient réussi.

« Si tu te comportes bien, si tu travailles bien en classe et que tu réussis, tu auras un cadeau », disaient les parents à leurs enfants. Ainsi, si par le passé un cadeau se méritait et avait valeur d’encouragement, aujourd’hui, rien de tout cela. Les adultes eux-mêmes ont choisi de cultiver la médiocrité. Dans les mouvements de jeunes, la fin de l’année scolaire qui coïncidait avec les activités de leur organisation, était l’occasion pour les enfants de se réjouir mais surtout de montrer à leurs parents qu’ils n’avaient pas passé leur année à s’amuser seulement, qu’ils l’avaient mise à profit pour acquérir un plus en terme de savoir-être mais aussi de savoir-faire. Ils présentaient alors des saynètes, des meubles fabriqués par leur groupe pour les plus âgés et des jouets pour les plus jeunes. La tendance étant déjà d’emmener les parents à reconnaitre et respecter les droits des enfants, les jeunes profitaient de cette occasion pour porter à travers des sketchs leurs doléances aux parents (en présentant la situation des enfants victimes de maltraitance, par exemple).

La qualité de l’enseignement dispensé se mesurant aussi par le niveau de succès aux examens, certains responsables des établissements privés utilisent tous les moyens en leur possession pour remonter la cote de leur institution : tricherie, organisation de fuite de sujets d’examen durant les épreuves, corruption des correcteurs, tous les moyens sont bons. De nombreux parents se prêtent à ce jeu. Ne soyez surtout pas surpris alors d’entendre ces mêmes personnes qui enseignent aux jeunes l’art de voler, de tricher, fabriquant ainsi de futurs détourneurs de deniers publics, s’indigner du fait que ceux qui sont aux affaires aujourd’hui confondent la caisse de l’Etat et leur poche. Mieux, ils vous diront que la baisse de niveau c’est également les autres qui en sont la cause. Ainsi va le Tchad.

Naygotimti Bambé

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