Pourquoi pas Deby mais pluôt Habré ! Et Pourquoi pas Bush, Sharon mais seulement El Bechir ?

Publié le par Hamid Kelley

FILIGRANE - Et pourquoi pas Bush, Sassou, Rumsfeld, Sharon… ? 

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Après avoir préparé l’opinion mondiale à l’inculpation pour génocide du Président Omar Hassan El Béchir, la Cour pénale internationale a, pour la troisième fois de son existence, osé s’attaquer à un président en exercice d’un Etat souverain. Après Slobedan Milosevic (Serbie) et Charles Taylor (Liberia). Et comme par hasard, cet homme mis au ban d’une supposée «communauté internationale», qui se limite à cinq donneurs d’ordres et de leçons au monde entier, est un… Africain, arabe, donc ressortissant de ce que la Conférence de Bandoeng a consacré sous le nom de «Tiers-monde», depuis 1955. Il ne s’agit pas dans ce dossier-ci de sombrer dans un réflexe de «solidarité africaine» pour défendre El Béchir, ainsi qu’un éditorialiste bien-pensant d’un quotidien parisien du soir essaie de cadrer l’affaire dans son édition de ce jour. Lui et son journal auraient aujourd’hui toute la crédibilité requise pour mettre en garde les dirigeants africains et arabes contre toute protection du Président soudanais si, en d’autres circonstances, ils défendaient les mêmes principes pour tout le monde et en tout lieu. En réalité, et en plus d’être superbement malhonnêtes, ils sont dans un univers mental qui leur permet de transformer l’équité en principe à géométrie variable selon la tête et la provenance des individus en situation.
On peut bien lister les «crimes» commis par le Président Omar El Béchir dans la gestion par l’Etat soudanais de la crise du Darfour. Il est évident que le Soudan a une grande part de responsabilité dans ce qui se passe dans cette partie de son immense territoire. Il va de soi que s’il existe des autorités liées au pouvoir central à Khartoum justement convaincues de crimes et d’atrocités sur des populations darfouries, elles doivent en payer le prix. Le problème est que les idéologues de la culpabilité à géométrie variable qui officient à la Cour pénale internationale, ne s’attaquent jamais à des chefs d’Etat protégés par des puissances politiques ou financières. Depuis plusieurs années, le Président Denis Sassou Nguesso est l’objet de dizaines de plaintes de ses compatriotes pour les «crimes» de masse que sa soldatesque est soupçonnée d’avoir perpétrés dans la guerre du Beach au Congo. Mais parce qu’il est un «grand ami» françafricain de la France, un obligé de la multinationale française TotalFinaElf, qui exploite le pétrole congolais, personne parmi ces messieurs de la Cpi n’osent déclencher de procédure à son encontre.
Il y a «génocide» au Darfour ? Mais alors, dans quel registre du droit international faut-il classer les mille hommes, femmes, enfants massacrés dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila à Beyrouth sous la conduite de l’Israélien Ariel Sharon, en septembre 1982 ? L’on constate que l’expédition de monsieur Sharon -dans le coma depuis environ trois ans– est restée impunie. Simplement parce que les Américains, les Français et les lobbies juifs du monde entier ne veulent pas de coupables, et surtout pas de coupables israéliens ! C’est la volonté concrète de la Belgique de restreindre le champ d’interprétation de la compétence universelle après de fortes pressions israélo-américaines qui a empêché la comparution de Ariel Sharon devant une juridiction pénale. Tristement, les juges belges ont également capitulé face aux charges américaines, lorsque des plaintes diverses et circonstanciées ont réclamé l’inculpation de Donald Rumsfeld et de George Tenet, ancien patron de la Cia, pour pratiques de tortures sur des prisonniers de Abou Ghraïb en Irak, mais également pour les méthodes d’interrogatoire inhumaines exercées sur les prisonniers de Guantanamo. L’ex-secrétaire américain à la Défense n’a rien fait de moins que menacer la Belgique de retirer le siège de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Otan) de Bruxelles. Aujourd’hui, qui ose inquiéter Rumsfeld, Tenet ou même Paul Wolfowitz, ancien sous-secrétaire à la Défense et ex-président de la Banque mondiale ?
Plus de cinq ans après l’invasion de l’Irak par la coalition anglo-américaine, quel juge téméraire ose toucher à la tranquillité du Président George Walker Bush, après qu’il a été dit et établi par l’Administration américaine elle-même, que les raisons fondamentales des bombardements ayant, scrupuleusement, cassé un pays en entier sont ailleurs que dans la découverte mensongère d’armes de destruction massive par le régime de Saddam Hussein ? La poudre que l’on jette aux yeux de l’opinion américaine et à ceux du reste du monde, c’est la sanction contre de pauvres petits exécutants lâchés par leurs chefs, alors même qu’il est établi que c’est le niveau le plus élevé de la hiérarchie militaire américaine qui a ordonné ces pratiques. Et pas plus tard que la fin de la semaine passée, les Américains engagés dans la Force internationale d’assistance et de sécurité (Isaf) ont assimilé à des «bavures» le fauchage meurtrier de dizaines de civils afghans, après avoir soutenu dans un premier temps que ces «gens-là» étaient des terroristes ! Les listes noires de l’impunité sont si élastiques que l’on peut se passer de citer les 8 000 Bosniaques massacrés à Srebrenica par les forces militaro-orthodoxes serbes en 1995, sous les yeux indifférents des casques bleus néerlandais de l’Onu ! Et depuis treize ans, le général Mladic et le psychiatre Radovan Karadzic, co-auteurs reconnus de ces pogroms à grande échelle, restent étrangement introuvables. On peut bien chercher noise à Hissène Habré, mais l’un de ses plus fidèles lieutenants à l’époque -Idriss Déby Itno pour ne pas le nommer- devenu Président d’une république banano-pétrolière inféodée à la puissance coloniale n’a rien à craindre jusqu’à nouvel ordre.
Clairement, la Justice internationale est à multiples vitesses dans le monde. L’inculpation prononcée par le juge Moreno Ocampo n’aurait jamais eu lieu si Omar El Béchir était un allié inconditionnel des Etats-Unis, de la France ou de la Grande Bretagne. Les chasses à l’homme se font à la tête du client chez des juges sous influence. C’est cela qui est choquant ! La guillotine s’abat toujours en priorité sur les «pauvres» et quelques fois, suivant les dégâts collatéraux, sur des «riches» abandonnés par la baraka. C’est la dure loi des iniquités pénales.
Il ne fait pas de doute que l’acte posé par la Cpi contre le Président soudanais est indissociable des rivalités dans cette partie de l’Afrique. Le Soudan, allié de la Chine et de la Russie, est dans l’œil du cyclone euraméricain depuis longtemps. Non seulement parce que des lobbies voyeuristes n’arrêtent pas de faire pression sur les gouvernements de leurs pays respectifs pour une action d’envergure contre Khartoum à propos du Darfour, mais aussi et surtout parce que les enjeux économiques et stratégiques paraissent démesurément importants. Il y a énormément du pétrole, ici, et les Chinois y sont très bien servis. Pékin y est le premier opérateur économique, et cela ne plaît pas toujours aux autres. Si la Cour pénale internationale déstabilise le Soudan en inculpant Omar El Béchir, ce n’est peut-être pas une démarche innocente. La présence de milliers de forces militaires européennes, notamment françaises et africaines, toutes engagées au Darfour et près des frontières du Tchad et de Centrafrique a rendu compliquée une situation politique, militaire et humanitaire qui n’a jamais eu la complexité que les puissances occidentales ont fini par lui donner.
Les tortionnaires de tous les pays, ils sont nombreux à quitter leurs fonctions au terme de leur mandat politique. Menahem Begin est parti, Ariel Sharon est dans un coma interminable, Bush va continuer à jouer ailleurs à partir du 20 janvier 2009, Rumsfeld va continuer à influencer l’administration militaire des Etats-Unis, même après une possible victoire de Barack Obama… C’est le monde des iniquités pénales. Malheur aux faibles.



Source: Lequotidien.sn 

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