Oui, les rebelles sont incontournables. (N'Djamena Matin analyse La vision Allemande)
Tchad: Diplomatie - Ja den Rebellen*
Par D.D de N'djamena-matin
Boutade ou ras-le – bol ? L’ancien patron de la diplomatie allemande avait gros sur le cœur : Le processus de paix au Tchad, l’implication des rebelles, le rôle trouble de Paris ; Markus Meckel s’est ouvertement prononcé sur la situation politique au Tchad. C’était dimanche 27 juillet 2008 dans la résidence de l’ambassadeur allemand à N’djamena. Propos francs et clairvoyance diplomatique. Entre les lignes d’une sortie diplomatique sans vernis.
Rupture. Berlin s’est visiblement refusé d’adopter le discours de Paris sur le dossier du Tchad. Un pragmatisme diplomatique transpire des positions présentées à la presse dimanche dernier par l’ex-ministre allemand des Affaires Etrangères. Entre deux questions de journalistes, Markus Meckel n’a pas manqué de jeter un pique verbal en direction de Paris : «L’ambassadeur de France m’a dit que le processus avance. Mais après une mission de dix jours, je me rends compte qu’on tourne en rond. Le processus est fragile ». Avec sa nouvelle casquette de député au Bundestag, le parlement allemand, Monsieur Meckel est au fait des turpitudes de la classe politique tchadienne emballée dans un processus et un accord politique qui tourne en rond sous fond de roublardise du président Deby. « La situation est compliquée au Tchad », regrette Markus Meckel. Loin de l’optimisme et de la politique de l’autruche de l’ambassadeur de France au Tchad, Monsieur Meckel s’indigne : « On ne sait pas où on va. D’un côté, le processus politique né de l’accord du 13 août ne fonctionne pas normalement et de l’autre il y a les rebelles ».
L’obstacle français. L’ancien chef de la diplomatie allemande se fait ainsi le porte voix de la Troïka européenne, qui en octobre 2007, la troisième fois depuis avril 2006, s'était rendue en mission au Tchad dans le but de contribuer à la stabilisation et au renforcement du processus démocratique du pays, sur la base du dialogue et du respect du cadre institutionnel. Près d’un an après la signature, par 82 partis politiques tchadiens, de l'Accord Politique en vue du Renforcement du Processus Démocratique au Tchad, Berlin déchante. La dynamique globale de stabilité au Tchad du 13 août fait face à deux soubresauts.
Sans détour, Markus Meckel a indexé la France. Paris est un obstacle à l’application de l’accord global signé entre la classe politique et le pouvoir de N’djaména. La force de l’Eufor et le parrainage de l’hexagone sont des gages du régime agonisant face aux attaques des rebelles. « La France ne doit pas avoir deux fers au feu. D’un côté apporter un soutien militaire et politique au Président Déby Itno et de l’autre être présente dans l’Eufor qui doit être neutre face aux deux belligérants »
Les rebelles. C’est sur le volet des mouvements politico-armés hostiles au pouvoir de N’djaména que la position de Berlin est sans équivoque. Idriss Deby et la France se sont toujours farouchement opposés à la thèse des rebelles. Sur les ondes de Radio France Internationale Deby avait formellement rejeté l’idée des rebelles. Au gré de l’humeur de l’Elysée, Bernard Kouchner ou Hervé Morin évoquent la piste des mouvements politico-armés. En réalité, Paris n’a de vérité dogmatique au Tchad que ses intérêts. Ce dogme diplomatique varie en fonction des enjeux économiques et militaires : « Les rebelles tchadiens sont soutenus par les Soudanais mais les causes de la rébellion sont internes. ». Le diplomate allemand exprime tout haut des vérités connues des chancelleries occidentales. Monsieur Meckel souligne avec doigté que Khartoum n’est pas le nœud de l’affrontement entre les rebelles et l’armée de N’djaména. Berlin pense ainsi que les rebellions sont un maillons essentiel dans le processus démocratique au Tchad. Sans ambages, le diplomate a affirmé qu’ « « On ne peut pas faire comme les rebelles n’existaient pas. Il faut les associer car ils sont capables de remettre en cause cet accord auquel nous attachons beaucoup d’importances ».
Paris et N’djaména sont dans l’embarras. Berlin semble désormais intéresser par l’évolution du climat politique au Tchad. L’Allemagne et l’Autriche s’engagent à suivre de très près les consignes paternalistes de l’Hexagone au Tchad. Le cycle de la solidarité diplomatique sur le dossier tchadien est révolu. « Au prochain soutien de la France au président Déby Itno contre les rebelles, ce ne sera pas seulement l’Autriche qu’elle aura contre elle ». Un avertissement qui fait des grincements Car « Personne ne sait quand les rebelles reviendront. Et c’est probable qu’ils reviennent ». Clairvoyance diplomatique. Guten Tag die Rebellen.
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* Oui aux rebelles (Traduction libre)
Par D.D de N'djamena-matin
Source : Blog N'Djamena Matin