"Les africains ne devront plus accepter que la Haye vient prendre les leaders africains, les amène et les juge, parce que les Africains sont incapables"

Publié le par Hamid Kelley

Habré

La justice tchadienne a condamné à la peine de mort, par contumace, l'ancien président Hissène Habré qui vit en exil à Dakar. C’est ce qu’apprend, de source judiciaire, à Ndjamena, l’agence de presse Reuters. Plusieurs chefs de la rébellion qui agite, sporadiquement, l'Est du Tchad, frontalier du Darfour, ont également écopé la peine capitale. Lors d'une audience, cette semaine, la justice tchadienne a jugé, par contumace, plusieurs anciens dirigeants, dont Mahamat Nouri, chef de file de l'Alliance nationale (AN, rebelle), et Timane Erdimi, du Rassemblement des forces du changement (Rfc).

Habré (bis)

Au total, 12 accusés - dont Habré, Nouri et Erdimi - ont écopé la peine capitale. La justice tchadienne n'a, en revanche, pas émis de mandats d'arrêt pour les condamnés par contumace. En fin juillet, le Parlement sénégalais avait levé les derniers obstacles constitutionnels au procès pour crimes contre l'humanité d'Hissène Habré. Les deux chambres réunies en Congrès avaient approuvé le projet de loi autorisant la justice nationale à se prononcer sur des crimes contre l'humanité commis hors du pays et nommé quatre juges. Habré pourrait ainsi devenir le premier chef d'Etat jugé dans un pays en développement, autre que celui où les crimes ont été commis.

Habré (ter)

A l'occasion d'un sommet de l'Union Africaine, la justice sénégalaise avait été chargée, en 2006, d'organiser le procès de l'ancien président tchadien pour tortures et assassinats politiques présumés commis durant son mandat. Habré est accusé de 40.000 assassinats et de 200.000 cas de torture pendant son règne, entre 1982 et 1990. Il vit en exil, au Sénégal, depuis son renversement en 1990 par l'actuel chef de l'Etat tchadien, le président Idriss Déby.

Raddho

Restons toujours avec Habré pour vous faire connaître la position d’Alioune Tine de la Raddho. Ce dernier déclare que la structure dont il préside aux destinées est fondamentalement contre la peine de mort. Alioune Tine et compagnie n’ont, également, jamais accepté que «Hissène Habré soit jugé au Tchad, parce qu’il ne bénéficierait pas d’un procès équitable connaissant ses relations avec l’actuel président». Pour lui, une condamnation où le mis en cause n’a pas eu la possibilité de se défendre, ni d’être présent au procès, doit être banni. Cela ressort, à son avis, d’une tradition française qu’on a importée que les états africains ne devraient pas cautionner. Aujourd’hui, le Sénégal est, par conséquent, dans une situation exceptionnelle.

Raddho (bis)

Toute la responsabilité permettant à l’Afrique de relever le défit de l’impunité est là : le Sénégal doit offrir l’opportunité à Hissène Habré d’avoir un procès équitable. Il faut qu’on le juge, ici, au Sénégal et c’est cela qui va nous permettre d’avoir notre propre souveraineté judiciaire. Et empêcherait, du coup, au procureur de la Cour pénale internationale de mettre son nez dans les affaires judiciaires africaines. «Aujourd’hui, c’est une humiliation, que nous soyons obligés de recourir à la Cour pénale internationale à chaque fois que nous sommes confrontés à ces genres de procès. Les africains ne devront plus accepter que cette juridiction vienne prendre les leaders africains, les amène à La Haye et les juge, parce que les Africains sont incapables de juger les auteurs de crimes de guerre», fulminent les défenseurs des droits de l’Homme.

source: lobservateur.sn

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article