L'Histoire se repète encore!

Publié le par Hamid Kelley

 

(TchadForum)

 

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Chaque année, quand on veut regarder l’avenir avec un sourire d’espoir, la déstabilisation se poursuit aussi avec ses calamités. Le tableau est très sombre. Le destin de notre pays paraît de plus en plus préoccupant et fragile, parfois même tragique. 48 ans après la formidable victoire des grands patriotes tchadiens que nous regretterons à jamais, une seule question reste toujours d’actualité : que voulons-nous donc pour notre pays le Tchad?
Ce papier, qui ne veut en rien correspondre à une analyse factuelle du cas tchadien, propose de préférence une réflexion sur l’approche typiquement tchadien des dernières crises politiques de 2007 et de 2008, malgré le fait que la France, le Soudan et la Libye tiennent une place de plus en plus grande au Tchad. Sans rien enlever à sa pertinence, il soulèvera probablement plus de questions qu’il ne donnera de réponses.

Comment expliquer la détérioration constante du climat politique tchadien depuis 48 ans ?
Faisons un bref rappel historique. Dès novembre 1975, divers signes précurseurs annonçaient la fin prochaine du gouvernement du Général Malloum. Celle-ci s’est concrétisée en février1979 et avec la chute des officiers et de leur Conseil Supérieur Militaire, prenait fin, au bout de vingt-neuf ans, le long règne des premiers enfants chéris de la France. Le pays a frôlé le désastre et l’explosion sociale, car d’un côté, se trouvaient une grande partie de la population qui a beaucoup souffert au cours de cette longue dictature et de l’autre, les enfants du RDA et les militaires qui perdaient leur pouvoir qu’ils croyaient éternel et absolu.

Un climat de vengeance, de tension, de panique générale s’est instauré dans le pays avec, à tout moment, le risque d’une guerre civile. C’était une période très instable, douloureuse, dominée par l’Armée tchadienne. Trois longues années ont été nécessaires pour s’en sortir. D’éphémères gouvernements militaires et civils, le plus souvent dépassés par les évènements, se sont succédés sans pouvoir vraiment améliorer la situation qui se dégradait. Corruption, magouille, violence, vol, des crimes de toutes les sortes caractérisaient le pays. Et c’est seulement après des échecs répétés d’interminables et d’intenses négociations entre les tendances armées que l’arrivée de Hissein Habré en 1982 a pu mettre un arrêt net à l’existence des tendances enfin de ressouder un temps soit les morceaux enfin de permettre au Tchad d’exister comme une nation, une République. Il a fallu au régime de l’unir presque trois ans pour convaincre les leaders nationaux à se concerter en vue de dégager un consensus politique et de faciliter la constitution d’un gouvernement d’unité nationale.

De 1987 à 1990, un seul compromis politique sérieux mérite, à notre humble avis, à notre attention. Il concernait l’élection législative la plus démocratique que le Tchad n’a jamais connu mais, tout était fait sans le multipartisme, l’unir étant resté le seul parti-Etat.

Aussi, parce que plus proche de nous, servira-t-elle davantage de référence à notre réflexion car notre intérêt est de mieux comprendre le rôle et la contribution de la classe politique tchadienne dans la résolution ou la non résolution de la crise nationale.

A la fin de l’année 1990 comme au début de 1979, sur l’échiquier politique tchadien, on retrouve, en première ligne, deux principales forces politiques qui s’affrontent. D’une part, les membres de l’UNIR avec à leur tête, leur leader l’ex chef d’Etat major Idriss Deby qui, après avoir été chassé du pays en Avril 1989 revient au pays en Décembre 1990 accompagné des troupes militaires soudanaises, pour éteindre l’élan démocratique qui venait de s’amorcer avec les législatives.

D’autre part, les partis d’opposition, toutes tendances confondues, regroupés au sein de la CPDC et autres petits groupes, oeuvrent ardemment afin de renverser par les urnes, au plus vite, le pouvoir d’ Idriss Deby dont ils contestent l’arrogance et toute légitimité depuis les élections frauduleuses de 2001. Depuis cette date, le climat dans le pays n’a pas cessé de se détériorer et la crise s’est davantage aggravée après la mort de Abbas Koty, de Youssouf Togoimi, Laokein Bardé, Mahamat Guety, Mamadou Biso, Kette Moise etc….

En effet, les politico armés (FUC, UFDD, MDJT, TELSSI, CNR, SCUD, RFC….), réunissant des représentants de toutes les couches sociales, se sont joint à l’opposition traditionnelle pour dénoncer la gestion autocratique et catastrophique du président et de son gouvernement et exiger sa démission. D’où des offensifs parfois violents opposant les Debystes à leurs adversaires.

La situation, aux yeux de plusieurs observateurs, était désespérante et faisait même craindre, à certains moments, une guerre civile, tellement les points de vue étaient irréconciliables.
Mais, comment interpréter la rapide dispersion des politico armés, qui avaient réussie à faire front commun dans le but d’obtenir le changement politique qu’exige une grande majorité des tchadiens ?

Faut-il alors accorder crédit à ce dicton populaire qui prétend que les tchadiens ne s’unissent que lorsqu’il s’agit de défaire les biens publics ?

Comment expliquer, en effet, que les élites et la classe politique tchadienne n’aient pu, en deux occasions assez semblables (du FUC en Avril 2007 et de l’union UFDD-RFC en Février 2008), maintenir les deux fronts communs politiques qui auraient pu faciliter la formation d’un gouvernement d’unité nationale ?

Cette question est très pertinente au regard de l’histoire récente de notre pays. Car, dans les deux cas, les partis politiques de l’opposition, soutenus par diverses organisations de la société civile et par une grande partie des forces politico armés, malgré un environnement momentanément favorable, n’ont pu, pour autant, parvenir à négocier un vrai programme de gouvernement, encore moins, à proposer un projet de société crédible au pays pour dénouer définitivement la crise nationale.

Il est impérieux de savoir pourquoi, en 2007 comme en 2008, il n’a pas été possible de maintenir un tel regroupement des forces démocratiques avec les politico armés ?

Les leaders avaient-ils de sérieuses raisons de penser que les alliances n’étaient plus requises au Tchad, alors que le contexte laissait présager une assez longue période d’instabilité ?

Nos historiens se sont-ils déjà intéressés à mesurer l’impact des échecs des politiciens tchadiens à dégager, dans ces deux moments historiques, une vision commune et à se rallier autour d’un projet national, consensuel et constructif ?

Il est essentiel, quoique tard, de soulever ces questions afin de comprendre les raisons et les réactions des uns et des autres, de faire toute la lumière sur cette période et d’en tirer, le plus tôt possible, toutes les leçons. Nicolas Machiavel n’a-t-il pas justement raison d’écrire que : « Pour prévoir l’avenir, il faut connaître le passé, car les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats ».

Toujours dans mes écrits, j’avais beaucoup insisté sur l’urgence de bien cerner, cette fois-ci, le problème tchadien et de l’aborder convenablement pour mettre, une fois pour toutes, fin à toutes ces crises répétitives. J’interpellais non seulement les politiciens mais aussi bien les leaders de la société civile ; les intellectuels, ceux de l’intérieur comme de l’extérieur du pays ; les compatriotes tchadiens autant que les Amis du Tchad, pour qu’ils conviennent de la gravité de ces crises multiformes et combien destructrices et de la nécessité de se concerter afin de bien traiter, cette fois-ci, le cas tchadien.

Face à l’ampleur de la crise nationale, à la fois, sociale, économique, politique, institutionnelle et policière, il faut tout de même admettre que de louables efforts ont été déployés pour éviter le pire. La communauté internationale a vite réalisé que les dangers provoqués par cette situation dépasseraient rapidement les frontières tchadiennes avec, plutôt, de graves conséquences, si elle n’était pas maîtrisée. Elle est donc, une fois de plus, intervenue massivement.

L’urgence d’agir n’a donc jamais fait de doute. Mais, cette intervention a-t-elle été bien planifiée et qu’en est-il de l’approche du problème ? Celle-ci reste, à notre avis, encore aujourd’hui, vague, hésitante et peu concluante, faute, peut-être, d’une réelle concertation entre les partenaires impliqués. De nombreuses questions persistent quant au rôle de l’ EUFOR qui n’est toujours pas arrivée à vraiment sécuriser la frontière et à créer un climat propice à la tenue d’un Forum National. On peut, en effet, s’interroger sur la pertinence de certains gestes et de certaines politiques adoptées en vue de solutionner la crise tchadienne.

Tout en reconnaissant la complexité du cas tchadien, violence, insécurité, enlèvements, chômage, pauvreté, misère, etc., il faut pourtant attribuer une bonne part des difficultés rencontrées à la désorganisation quasi générale, à l’absence de dialogue et de concertation. Sans douter de leur attachement au Tchad, il y a même lieu de s’interroger sur l’attitude plutôt passive et distante de bon nombre de nos meilleurs intellectuels.

Comment, en effet, ne pas regretter leur trop faible contribution à la réflexion et au débat qu’exige la situation. Trop peu ont réagi et surtout trop tard, même si, mieux que quiconque, ils maîtrisent la problématique tchadienne et doivent mettre leur savoir au service de leur pays. Nos intellectuels, très majoritairement, ont donc quasiment laissé l’initiative à un petit groupe de politiciens qui ne joue qu’un rôle d’accompagnement dans la gestion de la crise.

Tout de même, est-ce compréhensible dans de telle conjoncture, que le dialogue et la concertation ne soient restés qu’à un niveau superficiel et limités à un cercle restreint, surtout jamais suffisamment engagés au point de favoriser une réelle convergence des idées et des efforts au sein de la nation tchadienne en vue de trouver une solution durable.

La méfiance perpétuelle, l’ambition des uns et des autres, les magouilles, les manoeuvres dilatoires, les volte-face, ont rendu impossibles toute vraie concertation, tout compromis politique, toute alliance ou fusion, qui aurait permis de faire avancer la cause tchadienne.

Ainsi, en ces périodes critiques, le grand mouvement national de solidarité et d’unité auquel on aurait pu s’attendre, afin de conduire le pays vers un meilleur avenir, n’est jamais venu. Bref, au niveau de l’approche et du traitement de la crise, peu de différence apparaît entre 1979 et 2008. Les ingrédients pour de nouvelles luttes fratricides ne sont que momentanément cachés. L’évolution du pays, au cours des vingt-quatre derniers mois, fait ressortir, plus que jamais, la diversité des intérêts de tous les mouvements politiques et de leurs chefs traditionnels, des groupuscules, et des organisations de la société civile. Les principaux acteurs semblent n’avoir presque rien retenu des leçons du passé, leur mémoire est plutôt sélective.

La recherche de consensus reste secondaire, l’intérêt particulier prime toujours sur l’intérêt général. La tradition politique tchadienne est féroce et L’Histoire se répète.

Après la longue période transitoire (1990-2008), marquée par la violence et des massacres, par la corruption et la détérioration générale du pays sous la férule des gouvernements éphémères, on ne peut que s’étonner, en 2008, de l’incapacité de nos politiciens et de nos élites à privilégier l’intérêt national et à dépasser le système traditionnel de clans, malgré l’urgence à laquelle fait face la nation.

La conjoncture exigeait, à notre avis, une telle initiative de la classe politique. De plus, n’aurait-il pas été préférable d’impliquer davantage les citoyens dans la recherche de solution pour assurer, cette fois-ci, une bonne et définitive sortie de crise.

N’est-ce pas, en effet, une erreur de la part de nos politiciens et de nos gouvernants, de n’avoir pas conçu et imaginé des mécanismes de consultation au cours des deux dernières années afin de mieux saisir la vision de leurs concitoyens pour pouvoir répondre convenablement à leurs attentes.

L’actuel gouvernement tchadien n’aurait-il pas eu avantage à suivre cette même démarche ? Car, fort de l’adhésion du peuple, des partis politiques et des différentes composantes de la société, nous ne sommes pas toujours parvenus plus aisément à améliorer le climat général et à atteindre son principal objectif, à savoir l’organisation d’élections honnêtes et crédibles.

En effet, La gouvernance, durant cette transition, n’aurait-elle pas été plus facile si la vision et les objectifs gouvernementaux étaient diffusés, connus et partagés par la majorité des citoyens ?
Après ces interrogations et observations, la question fondamentale est de savoir dans quelle mesure il est encore possible pour nous, tchadiens, de redresser la situation du Tchad, de bâtir un pays différent, démocratique, juste, prospère et fraternel ? Sommes-nous prêts à dépasser nos rancoeurs pour vivre ensemble ? Quel avenir voulons-nous pour le Tchad ?

S’il est nécessaire de rechercher le concours de nos partenaires de la communauté internationale, qui semble d’ailleurs décidée à nous accompagner dans notre démarche de reconstruction, transformer le Tchad doit être, à la fois, un privilège et un devoir réservés, en tout premier lieu, à nous tchadiens. Nous devons en assumer le leadership et notre volonté, notre détermination, doivent être inébranlables, car c’est un défi majeur. Rien ne pourra nous arrêter si nous acceptons de nous unir vraiment. C’est la première condition. Et, c’est maintenant que nous devons agir. Nous ne pouvons nous permettre de rater cet autre rendez-vous avec l’Histoire. Trop d’occasions ont déjà été manquées. Nous devons avoir le souci de créer toutes les conditions favorables au déroulement de bonnes élections. Car, elles constituent une étape importante vers la résolution de la crise et vers un meilleur futur.

Aussi, faut-il nous réjouir qu’enfin se soient dessinées, ces derniers jours, quelques timides tentatives de rapprochement entre certains mouvements armés. Nos politiciens et nos élites ont-ils enfin compris l’urgence de la situation ? Veulent-ils nous faire mentir, enlever tout fondement à notre réflexion et répondre à nos questions ? Est-ce donc le signe d’une certaine maturité politique ? Pouvons-nous commencer désormais à rêver à la conclusion de vraies alliances politiques en rapport avec les grands courants idéologiques ?

Quel beau cadeau ferions-nous au peuple tchadien ? Les trahisons, les luttes fratricides cesseraient pour une première fois, peut-être même les élections deviendraient inutiles. Et c’est plutôt ensemble que la grande famille tchadienne se mettrait au travail en vue de trouver les meilleurs remèdes à notre pays malade. L’avenir serait vraiment prometteur, car « l’Union fait la force ». On pourrait alors parler, cette fois-ci, d’une nouvelle révolution tchadienne, d’une révolution pacifique.

Mais qu’importe que ce rêve se réalise ou pas dans l’immédiat, l’avenir du Tchad dépend d’abord de nous, et par conséquent nous devons agir. Il est temps de décrire notre vision du pays, de définir des valeurs communes, de nous entendre sur un projet de société consensuel qui prône un Etat de droit, de concevoir une planification nationale avec des objectifs et des priorités, de prévoir également les moyens et les ressources pour nous permettre d’atteindre des résultats profitables à toute la société. Il faudra surtout faire un suivi rigoureux pour garantir le succès. Nous, fils et filles du pays, de l’intérieur comme de l’extérieur, devons nous réunir dans un nouvel esprit et entreprendre le redressement du Tchad. Nous avons le potentiel nécessaire pour réussir, il suffit de le vouloir réellement.Djibrine Assali se demarquera-t-il du lot pour apporter sa neutralité à l'union des politico-armés très difficile à enfanter?

Par Felix Ngoussou

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