Biden: Atout ou handicap?

Publié le par Hamid Kelley

La fin des spéculations sur le nom du colistier de Barack Obama a touché à sa fin dans la nuit de vendredi à samedi.
L'heure du décryptage a sonné. Joseph R. Biden Jr, 65 ans et sénateur du Delaware: alibi politique ou véritable Alter ego du sénateur de l'Illinois? Le choix du candidat démocrate n'est-il pas un aveu d'inexpérience? Et de ce fait, Barack Obama ne fait que donner des verges pour se faire battre par le républicain John McCain qui a pris et continue de prendre un malin plaisir pour mettre en exergue son manque d'expérience. En outre, le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, Joseph Biden a par le passé désavoué Barack Obama notamment en matière de questions internationales, en sachant que le sénateur du Delaware s'était même prononcé pour la guerre en Irak. Il semble ainsi judicieux de s'interroger sur le "rapport qualité-prix" de ce ticket "Obama-Biden"

"Barack a choisi Joe Biden comme notre candidat à la vice-présidence": c'est le SMS qui a été envoyé, cette nuit, à tous les partisans américains du candidat démocrate à l'investiture présidentielle. Le sénateur du Delaware, Joseph R. Biden Jr, 35 ans d'expérience au Sénat, président de la commission des Affaires étrangères de la chambre haute, faisait figure de favori depuis le début de la semaine.

"Un vice-président dynamique et déterminé qui aidera le sénateur Obama à la fois à gagner la présidence et à gouverner ce grand pays", s'est enchantée Hillary Clinton, l'ex-candidate déchue à l'investiture démocrate, avant d'haranguer Joseph Biden d'éloge: "leader exceptionnellement fort et expérimenté". Les compliments pleuvent également de la bouche de Linda Douglas, stratège de Barack Obama: "Le partenaire parfait pour Barack Obama", s'enflamme-t-elle avant d'insister sur les atouts du sénateur du Delaware: "Il n'est pas une créature de Washington... c'est vraiment un gars de la classe populaire... c'est un homme aux moyens très modestes."

Franc-parler

La plus value de Joseph Biden est donc son expérience politique solide de 35 années de bons et loyaux services au Capitole américain en tant que sénateur mais aussi en tant que président de la commission des Affaires étrangères. Si l'on se fie aux propos de Linda Douglas, le sénateur du Delaware ne ferait pas de politique politicienne, serait éloigné de l'appareil étatique, portant alors peu d'intérêts à son plan de carrière.

Que dire du franc-parler de Biden? Que dire de ses déclarations datant de 2007 raillant Barack Obama, et en faveur de John McCain: "Barack Obama n'est pas encore prêt pour la Maison Blanche". "Je serai prêt à travailler avec John McCain." Et que dire de son discours et son engagement pour la guerre en Irak?

Si l'atout de Biden c'est son expérience, son parler-vrai, la versatilité de son discours et son impétuosité font office d'un handicap de taille qui pourrait tôt ou tard porter atteinte à la candidature de Barack Obama, au point de le faire perdre face à un John McCain qui présente les mêmes atouts de qualité que le sénateur du Delaware: les deux hommes sont de la même génération (65 ans pour Biden, 72 ans pour McCain), l'expérience politique de deux politiques est connu de tous, et ces deux vieux briscards de la politique américaine se sont prononcés en faveur de la guerre en Irak et ont mis par ailleurs l'inexpérience de Barack Obama.

Ainsi, choisir Biden comme colistier ne fait que valider les critiques du clan de John McCain. Ce choix dont l'objet est de palier à la maigre expérience de Barack Obama sur les questions internationales et de défense, peut s'avérer être un handicap pour le sénateur de l'Illinois dans le sens où c'est en somme une confession déguisée, attestant de l'inexpérience du candidat démocrate, d'une part, et de l'autre, un mauvais calcule en termes de cohérence idéologique.

Certes, Joseph Biden va étouffer les rancoeurs de l'électorat blanc et modeste qui aurait préféré voir l'ex-First Lady Hillary Clinton, porter haut les couleurs du Parti démocrate à la présidentielle, mais, les effets négatifs risquent de peser plus lourdement à la balance: Obama contre la guerre en Irak, Biden pour (puis rétractation), le désaveu de Biden de compétences du sénateur de l'Illinois pour prendre les reines du pouvoir présidentiel, et enfin, la main tendue par Bidcen à John McCain (primaires démocrates mars 2007).

"Je veux quelqu'un qui soit capable de mettre mes idées à l'épreuve et qui ne soit pas un simple béni oui-oui", dixit Barack Obama. En choisissant Joseph Biden comme colistier, le candidat démocrate ne va pas être déçu, au vue de la convergence de points de vue dont les deux hommes font preuve.
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