Soudan: les investissements étrangers affectés en cas de poursuites contre Béchir
JUBA (AFP)- Le président soudanais Omar el-Béchir, qui effectuait mercredi une rare visite dans le sud du pays, a prévenu que les investissements étrangers pâtiraient d'éventuelles poursuites de la Cour pénale internationale (CPI) à son encontre.
Le Soudan, qui compte d'importantes ressources pétrolières, "est un pays dynamique avec une économie dynamique", a souligné Omar el-Béchir lors d'une conférence de presse à Juba (capitale du sud Soudan semi-autonome), selon la traduction anglaise de ses propos fournie par un responsable sudiste.
Et, "évidemment, ce que fait la CPI affectera certains des investisseurs fermement intéressés" par le Soudan, a-t-il poursuivi.
Il a affiché son mépris à l'égard de la CPI: "Nous n'allons pas nous en préoccuper ou lui répondre. (...) Toutes ces résolutions, laissons les s'en abreuver", a-t-il dit, selon une traduction d'un responsable du Parlement régional.
Le président soudanais est menacé de poursuites internationales pour génocide au Darfour, région de l'ouest du pays où une guerre civile sévit depuis 2003.
Il a récemment averti que son pays ne permettrait jamais le jugement d'un citoyen soudanais par une cour étrangère et qu'il était "prêt à la guerre" pour l'empêcher.
Le conflit au Darfour, où s'affrontent forces gouvernementales appuyées par des milices arabes et mouvements rebelles, a fait jusqu'à 300.000 morts, selon l'ONU, quelque 10.000, selon Khartoum.
Omar el-Béchir ne s'était pas rendu dans le sud du Soudan depuis janvier 2007.
A l'époque, lui et son premier vice-président Salva Kiir, ancien leader du Mouvement de libération nationale du Soudan (SPLM) et qui dirige le sud-Soudan, s'étaient mutuellement accusés de freiner l'application de l'accord de paix du 9 janvier 2005 (CPA), qui avait mis fin à une guerre civile de 21 ans.
Accueilli à son arrivée à l'aéroport par la garde d'honneur des autorités sudistes, le président, entouré d'un important dispositif de sécurité, s'est ensuite rendu en ville.
Il y a notamment signé un accord de développement sur la production hydroélectrique qui, selon des responsables, doit entraîner la construction par des entreprises chinoises de trois barrages au Sud-Soudan, deux dans la région d'Equatoria et un à Bahr el-Ghazal.
Un porte-parole de l'ambassade de Chine à Khartoum a confirmé que l'ambassadeur se trouvait à Juba et qu'un contrat avait été signé, sans plus de détail.
La Chine, qui a également ouvert un consulat à Juba, a des liens étroits avec Khartoum. Principal acheteur du pétrole soudanais, Pékin est un investisseur clé dans l'économie nationale.
Après avoir présidé un conseil des ministres conjoint et s'être exprimé devant la presse, le président soudanais devait regagner Khartoum.
En dépit de l'accueil chaleureux, le président du Parlement régional, James Wani Igga, a tenu à évoquer la question du non respect de l'accord de 2005.
"Personne, quel qu'il soit, ne devrait être autorisé à détruire ce traité de paix", a-t-il prévenu, qualifiant les délimitations de frontières de "mère de tous les éléments" contenus dans le CPA.
Parmi les points de discorde entre Khartoum et les ex-rebelles figurent la question de la région frontalière d'Abyei, riche en pétrole et théâtre de combats meurtriers en mai, la démarcation des frontières entre nord et sud, et la répartition des ressources pétrolières.
Aux termes du CPA, le sort d'Abyei doit être fixé par un référendum en 2011: la population doit décider si la région reste dans le Nord ou est intégrée au Sud, et si le Sud doit proclamer son indépendance.
M. Béchir appelle à l'unité nationale depuis qu'il a été accusé par le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, de crimes contre l'humanité et génocide au Darfour. Il a nommé Salva Kiir à la tête d'un comité de crise pour tenter de contrer la demande de mandat d'arrêt du procureur de la CPI.