Cameroun-Tchad : l'ombre d'un conflit plane

Publié le par Hamid Kelley

Sur plusieurs îles du Lac Tchad dans sa partie camerounaise, des militaires tchadiens dictent leur loi. Au moment où l’on attend une réaction forte du gouvernement, le président Biya choisit d’aller d’abord en congé pour quelques temps.

Paul Biya, le président de la République du Cameroun, est parti de Yaoundé hier, mercredi 27 août 2008, pour un séjour privé en Europe. En partant, il a pris le soin de remercier le ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense et de témoigner sa gratitude aux forces armées camerounaises pour la manière dont ils se sont comportés afin que le Cameroun recouvre son autorité sur Bakassi et que sa souveraineté sur cette partie du territoire national soit confirmée par des instances internationales.

En passant, il a retenu le 14 août – date de la cérémonie de transfert d’autorité – comme une journée de souvenir pour les soldats. Un acte symbolique, fort, que le chef de l’Etat prend ainsi pour conforter l’opinion nationale dans l’idée qu’aucune partie du Cameroun, si petite soit-elle, n’est cessible. Mais au moment où l’on jubile d’avoir pu récupérer la péninsule occupée par le Nigeria à l’issue d’une quinzaine d’années d’affrontements, de procès et de négociations, un autre conflit frontalier semble mûrir aux confins de la province de l’Extrême-Nord.

Les habitants des îles camerounaises du Lac Tchad, principalement ceux de Nemeri et Karakai, subissent en effet de lourds tributs depuis quelques mois. Après le départ des militaires nigérians en 2006 des villages sur la zone du Lac Tchad, les militaires tchadiens ont pris la relève de la plus imposante des manières. Des taxes arbitraires dites taxes cantonales (une sorte d’impôts déguisés), selon des sources bien informées, sont prélevées sur les habitants desdites îles.

Tout refus d'obtempérer attirant des ennuis certains, les victimes ont porté la situation à la connaissance des autorités camerounaises par l'entremise de la commune de Darak. De sources policières dans la localité du Logone, il est de plus en plus évident que des tensions risquent de s'aviver dans ces différentes îles situées, pour la plupart, juste à une centaine de kilomètres de Kousseri, chef-lieu du département du Logone et Chari dont dépendent les territoires en passe de couler.

Le Cameroun tarde à se manifester

Que font les autorités en place et la Commission du Bassin du Lac Tchad (Cblt) ? Un inspecteur de police affirme sans hésitation: " Rien n'est fait". Le 30 novembre 2006, confient nos sources, une mission conduite par un colonel de l’armée camerounaise s’est rendue sur les lieux. Mais celle-ci a été repoussée par les forces tchadiennes. Ces dernières, selon les mêmes sources, occuperaient presque toutes les îles du Cameroun (une dizaine environ).

Elles règnent en maîtres sur près de 16.000 âmes, pour l’essentiel des Nigérians et des Camerounais.
Aujourd’hui, tout se passe comme si les ordres attendus pour agir n'arrivent toujours pas. Selon nos sources, le maire de la commune de Darak aurait diligenté un rapport de la situation aux autorités administratives compétentes. Nos tentatives d'entrer en contact avec le maire de Darak sont restées vaines. Pour l'instant, les habitants ploient sous le faix de taxes et autres impôts qui n’entrent pas dans l’assiette fiscale du Cameroun. Les militaires tchadiens tiennent dur comme fer à la "tchadianité" des îles qui, selon eux, sont du “ Lac Tchad ” et non du “ Lac Cameroun ”. Au nom de cette évidence, la mèche est allumée et nul ne sait quelle est sa longueur. Les cris d'alerte sont néanmoins lancés.

Des conflits agropastoraux aussi

Tout à côté, autour du Lac Tchad, il se vit des conflits agropastoraux dus à la transhumance, au mouvement du bétail en provenance de l'Afrique de l'Ouest. Un des acteurs de la pacification dans la région, membre de la société civile, accuse la Convention du Bassin du Lac Tchad qui favorise cette situation. Le passage du bétail s'accompagne généralement de tensions liées à la destruction de la végétation et des champs. Le surpâturage, la coupure des branches d'arbres, le piétinement des plantes et leur destruction par le bétail ont constitué aux yeux des populations locales une sorte d'agression. Surtout que l'insolence caractérise l'attitude des bergers.

Perturbations à l'intérieur, menaces en périphérie, toute la problématique du conflit dans cette partie du Cameroun tourne autour du Lac Tchad. Peut-être que le dossier de Bakassi a ravi la vedette, mais celui du Lac Tchad nécessite un regard diligent. Aux dires des personnes rencontrées, le plus tôt éviterait bien de dégâts. Ici, il faut battre ce fer alors qu'il est encore froid.


Par Louis ABRAHAM (Stagiaire) dans l’Extrême-Nord

 

source: Le Messager

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