04 sep 08/ N'avons-nous pas autres choses à faire de plus urgent ?

Publié le par Hamid Kelley

Depuis bientôt plus de quatre ans, on ne lit presque rien qui ressemble à une cyber-guerre interrégionale et/ou interconfessionnelle. Cette guéguerre qui m'a tellement agacée à l'époque, à tel point que je n'ai pu résister à m'y mêler; à ma façon, bien entendu, a pris fin. Ouf!!!
Mais, voilà, malgré nos sérieux problèmes d'ordre réellement national, quelques compatriotes essayent de la réanimer. Dommage! Dommage que je serais contraint d'entrer dans la danse tout en espérant que, cette fois-ci, on se comprendra définitivement. Mais avant de préparer ma réaction par rapport à cette nous "nouvelle guéguerre", qu'il me soit permis de présenter quelques uns de mes anciens articles de l'époque traitant du sujet.

voici l'un de mes articles concernant le sujet en question:

24 Janvier 05- Tchad: De quoi la diversité est responsable?


Le défit auquel la reconstruction de la république est confrontée est plus colossal qu’il n’apparaisse à première vue.
Si tous les régimes qui se sont succédés ont encouragé une sorte d’ « errance intellectuelle » chez une catégorie de tchadiens, celui de Deby est passé maître dans cet art barbouillé qui consiste à détourner l’attention des tchadiens de leurs vrais problèmes et de leurs vraies solutions.

En effet, on ne pourrait qu’être consterné par les discours d’un certain nombre d'intellectuels concernant la nationalité et la nation tchadienne. Il est incompréhensible qu’un citoyen à part entière, et intellectuel de surcroît, façonne une analyse aussi simpliste à caractère ségrégationniste et désobligeant, s’il n’y est pas poussé consciemment ou inconsciemment.

On a l’impression que la dramatisation de la différence entre les fils du Tchad est devenue une nouvelle idéologie politique pour certains. Il semble, aussi, que nous ne sommes pas comme tous les humains et notre nation n’a pas les mêmes critères que les autres.

La plupart d'intellectuels tchadiens qui interviennent dans les débats, de quel que coin du Tchad qu’ils soient, tentent de démontrer que la composition démographique du Tchad est responsable de nos malheurs.

Et pourtant, que cela plaise ou pas, le Tchad est une entité nationale et tchadienne est une nationalité.

S’il est vrai que classiquement, une nation se définie comme un groupe d’individus ayant une même origine, même langue, même culture, même territoire et économiquement interdépendant, nous ne sommes pas au premier siècle où les gens vivaient en horde consanguine dans un territoire bien délimité, géographiquement.

Pourquoi ce qui est valable pour les autres nations ne serait-il pas valable pour le Tchad et les tchadiens ?
Toutes les nations du monde s’étaient formées à partir des groupes d’individus d’origines raciales différentes, des cultures différentes mélangées et vivant dans un même territoire.

Y a-t-il un seul pays au monde dont la population est composée d’une seule race ?!

Les Etats-Unis d’où, généralement, nous parviennent les chroniques du conflit nord-sud, sont formés de blancs de tout bord, de noirs, d'indiens, d'arabes, de juifs et que sais-je encore, et l’on parle, à raison, de la nation américaine.
A force de vivre ensemble et malgré les contradictions qui sont les leurs, ils ont finit par former, quoi qu’on dise, une seule nation homogène de par leur mentalité collective. Un américain de quelle que couleur qu’il soit, de quelle que origine raciale qu’il soit a une réaction identique à n’importe laquelle de ses compatriotes vis-à-vis de son environnement direct.

La France, elle-même, malgré les étiquettes qu'elle colle tour à tour à nos ethnies, n’échappe pas à la règle. Elle est formée des Gaulois, des francs, des troyens, des Italiens, des noirs, des juives etc. Elle a même eu des souverains étrangers ; Napoléon, par exemple (un corse est par définition italien).
Bref, au risque de me tromper, il n’y a aucun pays au monde dont la population est composée d’une seule race moins encore d’une seule tribu ou ethnie.
Ainsi, le Tchad, à l'instar de toutes les nations du monde, est un acquis historique que chaque citoyen tchadien, quelle que soit son origine ou sa confession, est tenu à préserver jalousement.

La fâcheuse conception du pouvoir personnalisé et la hystérique obsession de vouloir le garder à tout prix, au prix des massacres, des destructions, de dépeuplements et autres persécutions, guident nos idéologues improvisés à mettre en avant des concepts primitifs du genre : le Tchad est double, le problème nord-sud et autres inepties conceptuelles; dans le seul but de se faire remarquer.

Albert Camus disait dans son « Etranger » que son voisin et son chien se ressemblaient. Il disait : « à force de vivre ensemble ces deux êtres ont finit par se ressembler ». Il lui semblât que le chien devint aussi roux que son maître à cause du temps qu’ils ont eu à passer ensemble ; Albert Camus : l’étranger (je ne me rappelle pas de la page).

Bien qu’il soit sujet à différentes interprétations, ce passage purement littéraire est explicite quant à la relation entre les êtres.
Pourquoi sous d’autres cieux, un animal et un être humain, même en imagination, à force de vivre ensemble, finissent par se ressembler mais pas nous, les tchadiens ; des hommes ?

La diversité culturelle et confessionnelle, somme toute relative, de la population tchadienne ne doit pas être utilisée comme facteur d’éligibilité pour accéder au statut de réfugié pour les uns et un « thème-pression » pour accéder à la « mangeoire nationale » pour les apprentis politiciens, incapables d’apporter des solutions aux problèmes dont souffrent les tchadiens.

Un adage bien de chez nous dit : « alfadhi bibga ghadhi (celui qui n’a rien à faire s’improvise kadi) »
Incapables de concevoir des solutions, ils s’improvisent défenseurs des causes.

Après plus d’un quart de siècle, certains intellectuels du septentrion tchadien persistent et signent, toujours, que la cause du malheur du Tchad est Tombalbaye. De l’autre côté de la rive du Chari, malgré ce que subissent les nordistes chaque jour sous leurs yeux, les intellectuels de la zone méridionale tchadienne trouvent que « Doum da Doum bass » (nous reviendrons sur cette manière de voir les choses très prochainement.)

Selon ces intellectuels, le Tchad, en tant que pays, est un accident malheureux de l’histoire et par conséquent n’est pas viable. Mais à voir de prêt, on a même l’impression que ces théoriciens ne croient, eux-mêmes, pas à ce qu’ils avancent. Ils le disent à des fins bien précises (j’y reviendrai plus tard).

Ce comportement ne peut avoir de meilleure illustration que ce qui a été rapporté par un manifeste anonyme tchadien dans ce sens:

En effet, déjà en 1971, FREMEAUX écrit en parlant du Tchad : « En faite la classe politique tchadienne quelque soit son origine ethnique ou religieuse a en commun un trait dominant : l’opportunisme, ainsi, aussi longtemps qu’il s’agira d’évincer la chefferie pour accéder au pouvoir, les partis vont se trouver d’accord, mais dès lors qu’il faut partager le maigre gâteaux accorder par le pouvoir coloniale, les divisions vont émettre de plus belle … le tribalisme sera toujours un moyen plus qu’une fin pour les dirigeants tchadiens… » Et donc, tout ce bavardage savant autour de notre nation et notre nationalité est une affaire de gâteau; ni plus ni moins.

Cette remarque de FREMAUX correspond, malheureusement, à la réalité. Cette classe d’aventuristes (ceux qui sont au pouvoir et ceux qui les soutiennent avec leurs plumes moyennant des substantiels avantages) est à l’origine des tous les maux que connaît ce beau pays.


Malheureusement, ils ont partiellement réussi à détourner notre brave peuple de ses vrais ennemis à savoir la misère, le sous-développement et ses corollaires ; au grands dams de nos vrai patriotes qui sont, ironie du sort, indexés et traités de tous les maux parce qu’ils sont incorruptibles, parce qu’ils refusent l’exploitations de l’analphabétisme de la grande partie de notre population pour se faire une situation.

L’ex-président Irakien a dit : « la valeur d’un discours réside dans la réalité des faits qu’il désigne ». De même, ces "prises de positions calculatrices" ne pourront pas ronger la détermination des Tchadiens, pour longtemps, à découvrir la vraie nature des ces messies de l’équité. Notre diversité ethnique et confessionnelle n’a rien à avoir avec notre retard dans tous les domaines.

Les raisons de ce retard sont bien connues de ceux qui tentent de nous faire croire à l’incroyable. Déjà, la majorité des Tchadiens a compris que leurs tentatives d’apporter des explications concernant notre retard à travers la diversité de nos ethnies sont des méthodes souvent utilisée par des malhonnêtes, avant eux, pour se faire une assise sociale. Et la minorité sur la quelle comptent ces théoriciens de mauvaises augures ne tardera pas à les démasquer. C’est une affaire de temps.
Wait and see.


Albissaty Saleh Allazam
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