Intolérance intercommunautaire : Réaction à l'article d'Albissaty Allazam
Je suis entrain de finaliser un article sur le discours de Mahamat Nouri et sa fameuse phrase « le Tchad est un pays de tradition arabo-musulmane » que je t'ai lu sur le site waldar. J'avoue que ton article était difficile à comprendre et je ne sais pas si ce sont mes lacunes personnelles. Tu parles d'intellectuels et de beaucoup de choses à la fois et on sent la colère entre les lignes. Tu me considères du côté des humiliés et conteste un discours de Timan? C'est peut-être beaucoup d'éléments pour ma petite tête que je vais encore te relire Cependant, un court paragraphe parmi d'autres retient mon attention parce que j'étais entrain de rédiger une réaction pour appuyer, comme Terab Maba, Hassan Issa et d'autres l'ont fait, la réaction de Joe Al Kongarena contestant les propos de Mahamat Nouri tenu devant les arabes. Je reprends ton paragraphe pour présenter mon idée : « N'avons-nous pas autre chose de plus urgent et plus important à débattre que l'imposture du prophète Mohammad qui, selon eux, avait interdit la chaire du cochon parce que, de retour d'une virée, étendu sur un banc de sable, le mammifère l'aurait mordu ?»
Si ce paragraphe fais allusion à la réaction Joe qui se dit mangeur de cochon alors tu n'as pas compris le fond de son discours. Si je me trompe, Joe peut me reprendre. Joe voulait dire que de tradition, il faisait des choses les plus redoutées par un vrai musulman comme manger le porc que le saint Coran interdit catégoriquement à ce que je sache. C'est cela le fond, du message pour marquer volontairement et courageusement sa différence avec les autres tout en respectant sincèrement la religion et la différence des autres. Si on le lit totalement alors comprend que Joe dit : « je ne suis pas de culture arabo-musulmane. Pour preuve, voici ce qui fait partie de mes coutumes.»
Le discours de Mahamat Nouri est un écart très grave de langage et une sérieuse menace à la laïcité comme les internautes Maba et Issa le rappellent déjà. Nier les coutumes ancestrales des autres n'est pas du tout, mais vraiment pas du tout, une chose banale ou légère qui mérite qu'on jette dans l'oubli. En tant qu'intellectuel, il est de notre devoir de défendre la laïcité et c'est ce que certains ont voulu faire savoir. Si les propos de Nouri étaient tenus inversement par un responsable non arabo-musulman (genre le Tchad est un pays négro-africain exclusivement chrétien et animiste), il y aura fatoua probablement ou un risque sérieux de guerre civile. Mahamat Nouri a provoqué les sensibilités et un problème qui méritent d'être réglé à l'amiable et rapidement pour éviter des frustrations. Ce n'est pas un sujet banal qu'il faut appeler à négliger en arguant qu'il ya d'autres urgences. Ce qui est urgent n'est pas nécessairement plus important. L'opposition politico-militaire ne veut-elle pas donner l'image d'une organisation qui rassemble tous les fils du Tchad ? Qui unit les tchadiens ? C'est pour cela qu'il est peut-être moins urgent, mais très important de rectifier cette situation. Souvent au Tchad, on se dit que nous ne voulons pas de problèmes. C'est notre manière de ne pas régler les problèmes mais de les contourner. En réalité, nous n'avons jamais rien réglé. Nous avons fait de nos problèmes, nos mésententes, nos disputes et parfois nos mesquineries un poison d'une forte concentration qui finit par provoquer des comportements d'insatisfaction, de rancune et de violence. C'est pourquoi, ça me parait important de considérer les réactions des mangeurs de porcs et consommateurs d'alcool sans être ivrognes. Il faut corriger les écarts de langage, car ils ne sont pas du tout rassembleurs. Ils ne constituent pas un vecteur de stabilité et de paix. Que dites-vous docteur ?
Jérémie Balam