« La démocratie est un luxe pour les africains »

Publié le par Waldar

Afrique : Elections présidentielles en Afrique francophone cherchent candidat.


« La démocratie est un luxe pour les africains » : Jacques Chirac

Le spectacle qu’offrent le Cameroun, le Tchad, le Congo, le Gabon, le Togo, le Mali, le Sénégal ne confirme t-il pas l’affirmation de l’ex-président français, en fin connaisseur qu’il est, de la politique africaine ? On a l’impression que depuis le tollé suscité par cette phrase, rien n’a été fait par ces derniers pour contredire le sémillant Jacques Chirac. Le mal a plutôt métastasé. Les peuples africains ne doivent plus que leur salut aux phénomènes naturels comme la mort, pour les débarrasser d’individus qui, comme des succubes, hantent leur quotidien. Il en a été ainsi avec Houphouët Boigny, Mobutu, Gnassingbé Eyadema, Lansana Conté et plus proche de nous dans le temps, avec Omar Bongo.
Les querelles de succession qui suivent l’éjection au pouvoir par la mort des présidents autoproclamés africains justifient en partie le propos de l’ancien président français Jacques Chirac.

Est-ce pour autant que le président Chirac a raison ? Non. C’est aller vite en besogne et se montrer aussi péremptoire, inélégant et manquer de probité intellectuelle que l’auteur de cette phrase assez outrancière pour ne serait-ce qu’une raison : il incrimine tous azimuts au lieu de pointer les vrais responsables c`est-à-dire les dirigeants africains. Un tel outrage dans le propos est une constante chez nos amis français en particulier et cache maladroitement une malhonnêteté que l’Occident a toujours affichée à l’endroit du continent africain.
Les populations africaines sont en rupture totale avec ceux qui dirigent leurs institutions. Il n’est donc pas juste de dire que les africains sont représentés par des dirigeants alibis. Les africains n’ont pas mérité d’avoir ces gouvernants comme le laisse entendre l’adage. Tout comme, s’ils ne sont pas préparés pour la démocratie, ils le sont encore moins pour la dictature.

Dans tous les pays d’Afrique  d’expression française, la préoccupation est la même pour toutes les populations à l’aube des élections présidentielles et des hémorragies de révision constitutionnelle qui secouent ces pays ces derniers temps. De quoi sera fait le lendemain ? Sera-t-il meilleur que ce présent qui les plonge dans l’affliction ? Tant de questions qui ne trouvent leurs solutions immédiates que dans les dons de prophétie qui habite chaque citoyen/ne accablé/e par les affres de la politique des monarques et de ses affidés.

D’où qu’ils se trouvent, les africains ne savent plus à quel saint se vouer. Ils sont à implorer, on ne sait quelles forces, quelles divinités pour les débarrasser de la calamité que sont leurs dirigeants. De Yaoundé à Ndjamena en passant par Kinshasa, c’est le même constat de l’ivresse du pouvoir des politiques d’une part et de la désolation du peuple de l’autre. D’autres citoyens sont à implorer les services de dame nature pour les débarrasser du mal comme ce fut le cas au Togo de Eyadema père et aujourd’hui Lansana Conté, et plus récemment au Gabon. Mourir au pouvoir est le leitmotiv de tous ceux qui occupent cette place en Afrique francophone surtout et s’y maintenir par tous les moyens en est leur programme.

Depuis les années 1990, plus encore que dans les années 60, les populations africaines sont à la recherche d’un candidat démocratiquement potable, c`est-à-dire un candidat qui soit l’émanation de leur volonté, de leur choix et qui serait soucieux de leurs intérêts et respectueux de leurs droits les plus élémentaires. Vœux pieux ! Le sort de cette espèce en voie de disparition est l’assassinat systématique, systémique. Le dernier exemple est celui du capitaine Thomas Sankara. Inutile de citer ses illustres prédécesseurs, victimes du même sort. Morts pour leurs exigences de démocratie dans leur société respective loin des dictatures démocratiques qui sont la norme africaine aujourd’hui et principalement dans les pays francophones. Vu sous cet angle, la démocratie reste vraiment un luxe pour l’Afrique. Mais pas pour les mêmes raisons qui motivent les déclarations des uns et des autres.

« La Déclaration des Droits de l’Homme n’avait pas été écrite pour les Noirs de l’Afrique équatoriale » : Jules Ferry au parlement français le 28 juillet 1885.

Nous disions plus haut que les vœux de démocratie des africains sont pieux et le resteront tant que les conditions d’application de la démocratie ne sont pas réunies dont l’une d’elles est l’indépendance politique réelle des Etats africains. Même si l’on a coutume d’admettre que l’économie fait la politique, il est plus vrai que la politique fait et défait les économies et l’Afrique offre le plus bel exemple. Tant que les Africains francophones continuent à rattacher, à voir leur destin « commun » avec l’hexagone en particulier et l’occident en général, les vœux d’indépendance resteront vils. Là où certains parlent de sentiments, d’autres parlent pour leurs intérêts.

Afrique : Elections présidentielles en Afrique francophone cherchent candidat.

Heureux hasard entre les propos de Jules Ferry et la situation des pays de l’Afrique équatoriale et d’ailleurs croyez-vous ? Ou alors, comme aiment à dire les afro-pessimistes d’Afrique, c’est du temps révolu tout cela. Erreur ! Pourquoi croyez-vous que Thomas Sankara, Lumumba, Um Myobe aient été assassinés alors qu’ils étaient pourtant d’ardents défenseurs de leur peuple, de la démocratie ? En même temps la dictature démocratique que l’on connaît au Gabon, Togo, Cameroun, au Sénégal, en Guinée et ailleurs soit l’objet de toutes les bienveillances de ceux qui constatent et commentent l’absence de démocratie en Afrique ? Les plus perfides parlent même de stabilité politique. Stabilité politique qui dissimule le chaos que certains monarques annoncent après leur départ. Stabilité politique qui masque le viol et le pillage des ressources. Qu’est-ce donc cette stabilité politique qui, pour l’Afrique est synonyme de pauvreté, d’indigence ?

Qui, a eu la curiosité de lire « les servitudes du pacte colonial » du président de l’assemblée nationale de Côte d’ivoire, le professeur Mamadou Coulibaly ou « Monnaie, servitude et liberté » de feu Joseph Tchoundjang Pouémi, même encore « Main basse sur le Cameroun » de Mongo Beti pour ne citer que ces trois là, intègre et pénètre les mécanismes de la non indépendance de l’Afrique et de la non pratique de la démocratie dans les pays comme le Cameroun, la Côte d’ivoire, le Gabon, le Tchad, le Sénégal etc. Il comprendra que les africains subissent les corollaires d’une exploitation savamment orchestrée et dont ils ne peuvent se défaire sans une lutte comme celle des années 50 jusqu’à 60 qui a conduit à rallonger la laisse et que l’on a abusivement nommée indépendance.

L’absence de démocratie en Afrique n’est pas la résultante d’une incapacité ou encore d’une immaturité des africains à s’abreuver à la mamelle démocratique, mais de la gentille aide dont bénéficient les monarques africains en poste pour ne pas favoriser son application. Les africains ont une meilleure pratique de la démocratie que l’on retrouvait encore quelques années dans les zones rurales (villages). L’absence de démocratie c’est aussi la résultante d’une logique économique de la préservation des intérêts, des sources d’approvisionnement en matières premières, pétrole et autres ressources. Les cas du Congo, du Soudan et même de la RCA en sont de parfaites illustrations de la logique économique qui prévaut. Aussi curieux que cela puisse paraître, la richesse de l’Afrique lui ferme les portes de la démocratie avec la complicité hélas de certains de ses enfants. Une réelle collaboration meurtrière active.

Mais à qui profite réellement la dictature démocratique qui sévit en Afrique ? Aux monarques complices ? Car démocratie en Afrique est synonyme d’arrêt du pillage ; donc de l’accès à vil prix aux richesses du continent. Qui des monarques ou des puissances industrielles a intérêt à la non application de la démocratie ? Jacques Chirac, comme aujourd’hui Nicolas Sarkozy seraient-ils si généreux en outrance si la démocratie avait réellement cours en Afrique francophone ?

« La France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts » Général De Gaulle.

L’état délétère des pays africains est intimement lié aux comportements de ses dirigeants qui se désignent comme d’efficaces et loyaux émissaires des puissances étrangères occidentales, lesquelles sont intéressées par la capacité nourricière des sols africains. Cette capacité qui les éloigne ainsi que leurs populations de la misère, du besoin et qui leur procure le bien-être et paradoxalement rapproche les africains de ces maux en les plongeant chaque jour qui passe dans une misère indescriptible. Les indécrottables présidents qui s’agrippent au pouvoir en Afrique francophone contribuent activement à ce désastre à ciel ouvert qui se trame partout en Afrique. Le niveau de vie actuel des économies africaines est même inférieur à ce qu’il était avant les pseudos indépendances. On comprend la facilité pour certains qui en appellent à nouveau au colon et en justifient les bienfaits.

Les années 90 ont coïncidé pour l’Afrique, à une aspiration à plus de démocratie. Une sorte de vent impétueux venant du nord et qui ravageait tout sur son chemin. Du mur de Berlin, à la fin des guerres idéologiques entre l’Est et l’Ouest jusqu’aux chaînes qui retenaient encore Mandela prisonnier en Afrique du Sud, rien n’a résisté au passage du vent démocratique qui soufflait et apportait avec lui son lot d’espoirs. Et les populations africaines y ont encore cru. Ce vent démocratique qui nous venait du nord a pourtant confirmé à leurs postes les mêmes qui représentaient ce que les peuples du Sud abhorraient et souhaitaient se débarrasser au plus vite. En Afrique on n’a pas intégré que tout ce qui parle de démocratie et qui vient du nord ne s’applique pas chez elle. On refuse de croire à la dangerosité du Nord, certes avec des complicités locales.

Le problème de la démocratie en Afrique n’est donc pas tant celui de l’individu qui le mieux l’incarnera mais celui du candidat qui le mieux résistera à ne pas pactiser avec les envies de glouton des puissances industrielles étrangères en d’autres termes, de sa capacité à ne pas se plier à un système qui exclue son propre peuple du bien-être pour en favoriser un autre et son propre clan. L’incapacité dont font montre les chefs d’Etats africains actuels à résister à ce système, leur allégeance a cette politique de prédation, leur facilité à instaurer le chaos pour préserver leur strapontin. Leur manque d’amour pour leur pays respectif, leur manque de vision sont tant d’éléments appréciés par les puissances industrielles étrangères. Aucune infrastructure d’envergure, la répression sanglante facile, la jeunesse abandonnée à son sort, une économie (si on peut parler d’économie) parallèle, clientélisme, clanisme sont la marque de certains pourtant au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, pourtant dans des pays promus à un avenir radieux au sortir des années 60.

Les modèles de démocratie vendus et livrés comme des packages aux africains dans les conditions que l’on connait ne répondent pas à leurs aspirations. Au contraire, se révèlent être des packages empoisonnés. Comme si la démocratie s’appliquerait de Berlin à Paris en passant par Libreville ou Yaoundé de la même façon. Bref la promesse de pays de cocagne qui accompagnait ce vent démocratique qui venait du nord est restée vaine, sans effets. On dirait même que c’était une façon de répandre les germes d’une épidémie pour déplorer la maladie par la suite. Encore faut-il être sincère avec soi. Le Cameroun, le Sénégal, le Gabon, le Togo se sont révélés être des dictatures démocratiques malgré les bonnes intentions qui animaient l’un ou l’autre de leur dirigeant.

Me Abdoulaye Wade qui ose encore lorgner pour des années à venir en tant que opposant n’était-il pas un parangon de vertus pour ne citer que lui ? Lorsqu’au Cameroun en 1982 le président Biya accédait au pouvoir n’était-il pas pétri de bonnes intentions et de slogans alléchants ? Pouvait-on prévoir les dérives qui accompagnent l’exercice du pouvoir des uns et des autres ? Sont-ils naturellement des monstres ou le système dans lequel ils ont embarqué a eu raison de leurs bonnes intentions ?
Et les oppositions (abus de langage oblige)  qui se grouillent derrière sont elles capables ou ont-elles la volonté de faire mieux ou n’attendent-elles pas la mort du monarque pour refaire la même chose ? En attendant elles gesticulent et vocifèrent avec pour seul programme électoral, le départ du monarque.
La présence dans l’espace politique de plusieurs partis politiques n’est pas encore synonyme de démocratie et le cas du Cameroun est assez révélateur. Comme il ne saurait avoir deux capitaines dans un bateau, l’opposition dans ces pays ne peut subsister, car le terrain a été déblayé pour le seul prince qui manipule à sa guise celle-ci parce que seul à détenir les clefs d’accès au sésame. Une certaine opposition finissant par dévoiler ses réelles intentions en pactisant avec le pouvoir qu’elle a pourtant décrié. A croire que toute critique du monarque par l’opposition n’est qu’une façon de réclamer la mangeoire parce que trouvant le prince gourmand et égoïste. Par ces comportements ne s’impose t-il pas la remarque suivante : « En Afrique, en tout opposant, réside un futur dictateur ? ».

Dans les conditions actuelles, existe-t-il un candidat qui sera meilleur que le monarque de tel ou tel autre pays africain pour lui succéder à la tête de l’Etat ? C’est-à-dire qui soit capable de prendre en compte la problématique de la Françafrique comme une réalité, une réelle menace pour les populations africaines ?

L’espoir fait vivre et les balbutiements d’un certain Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire face à l’ogre françafricain, laissent entrevoir une génération de nouveaux dirigeants africains prêts à ne plus baisser l’échine de façon systématique. Pour l’instant, il ne reste aux camerounais, gabonais, guinéens, sénégalais, tchadiens et le reste, que le rêve pour jouir de la démocratie. Feu professeur Ngango Georges ne disait-il pas que seul le rêve est démocratique ? Dans leur sommeil, les populations de ces pays partagent tous une chose : le rêve. Car le réveil est toujours synonyme de désolation, pleurs et grincements de dents, de cauchemar.

 

Pour conclure notre propos, méditons encore sur ces quelques mots de Jacques Chirac : « Après leur avoir volé leur culture, on leur a volé leurs ressources, leurs matières premières en se servant de leur main-d’œuvre locale. On leur a tout piqué et on a répété qu’ils n’étaient bons à rien. Maintenant, c’est la dernière étape : on leur pique leurs intelligences en leur distribuant des bourses, et on persiste à dire de ceux qui restent : ces Nègres ne sont décidément bon à rien ».

Etait-ce une lubie lorsqu’Aimé Césaire déclarait : « Le malheur de l’Afrique est d’avoir croisé l’Europe…. » ? Chacun répondra à sa façon.

© Camer.be : Jean-Jacques Dikongué
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