Ceux qui ont fait gagner Barack Obama - Le temps

Publié le par Hamid Kelley


Par Luis Lema / letemps.ch 

ETATS-UNIS. Le vainqueur des primaires du Parti démocrate pour la course à la Maison-Blanche a su s'entourer d'une équipe qui a utilisé les nouvelles technologies pour mobiliser l'électorat. Et le financement a aussi suivi.
Un mélange de lutte insurrectionnelle et d'organisation de grande entreprise. Un alliage entre une vision stratégique et un pouvoir de décision laissé à la base. La victoire de Barack Obama dans la course démocrate n'est pas seulement le fait d'un candidat, mais aussi d'une équipe de campagne qui a révolutionné la pratique aux Etats-Unis.

«Gagner ou couler»

«Nous n'avions pas à nous débarrasser de mauvaises habitudes, nous n'en avions pas», sourit le jeune sénateur. Les membres du groupe qu'il a réuni autour de lui (et qui est à la tête des quelque 700 membres que compte l'entreprise Obama) n'avaient jamais travaillé ensemble. Mais ils ont été constamment aiguillés par ce mot d'ordre du «boss»: «Nous gagnerons ou nous coulerons ensemble.» A quoi il a ajouté une autre consigne: No drama! La pièce, ici, se joue en famille. «Pas de coups de coude ou d'accusations anonymes.» A l'inverse de la campagne de Hillary Clinton, aucun «drame» sur des éventuelles divisions ou divergences n'est jamais sorti de l'enceinte du quartier général.

Plutôt que sur les stratèges politiques affirmés - ceux que l'on recrute à coups de centaines de milliers de dollars à New York ou à Washington - Barack Obama a misé sur des «outsiders» dont certains viennent comme lui de la ville de Chicago. L'équipe a entrepris la conquête du Parti démocrate de manière méthodique, misant sur le nombre de délégués dans les petits comtés davantage que sur les victoires à l'échelle des Etats. Dans les petits districts de l'Idaho, par exemple, un Etat largement ignoré d'ordinaire par les candidats, l'équipe d'Obama a récolté davantage de délégués que dans l'Ohio et la Pennsylvanie réunis, deux Etats qui ont pourtant fait les gros titres des journaux.

Mais cette stratégie n'a été possible que grâce à une organisation qui doit sans doute beaucoup à l'expérience de Barack Obama en tant qu'animateur social de quartier. Comme des poissons dans l'eau, les milliers de volontaires ont utilisé les nouvelles technologies pour mobiliser les sympathisants et faire surgir un nouvel électorat qui n'avait jamais été intéressé par la politique.

Ordinateur sur les genoux et téléphone mobile collé à l'oreille, ces ambassadeurs (gratuits) d'Obama ont exprimé les listes d'adresses e-mail jusqu'à la dernière goutte. «Cette campagne est votre campagne», n'a cessé de leur proclamer un Barack Obama que l'on a vu souvent, entre deux meetings électoraux, les bras chargés de pizzas pour nourrir ses troupes de volontaires.

Trésor de guerre

Cette organisation a fait ses preuves aussi en termes de financement, puisque, tablant sur une multitude de petites donations, le camp d'Obama a réussi à amasser un trésor de guerre qui dépassait de très loin celui de Hillary Clinton, basé davantage sur les grosses contributions. Ce système suffira-t-il à contrer la puissante machine adverse alors que s'engage le face-à-face entre les démocrates et les républicains? «Il ne s'agit pas d'une stratégie en vue des élections générales», veut croire le chef de campagne de John McCain, Rick Davis. Et pourtant: selon des projections, il se pourrait fort qu'Obama obtienne jusqu'à 300millions de dollars pour mener campagne. Loin devant les 85 millions de son rival.

David Plouffe: le stratège
Par Luis Lema
A 40 ans, il est le vrai général de la campagne, même s'il n'apparaît pratiquement jamais en pleine lumière. David Plouffe est celui qui a fourni le plan de la guerre des primaires, puis qui a été chargé de l'appliquer.

A l'origine de toutes ces batailles de l'ombre qui se sont déroulées dans les comtés inconnus des Etats et qui ont permis à Barack Obama d'engranger un à un les précieux délégués, il avait aussi prôné le fait qu'il ne fallait pas laisser passer l'Iowa, en tout début de campagne.

Depuis lors, il a aussi été mandaté pour s'occuper des questions liées au financement. Et pour cause: c'est à lui que le sénateur de l'Illinois doit l'idée de génie de ne pas avoir été obnubilé par le Super Tuesday. Les caisses de Clinton étaient à sec après ce mardi de février. Pas celles d'Obama: il a remporté les onze Etats suivants...

Valerie Jarrett: l'amie de la famille
Par Luis Lema

L'histoire veut que Barack Obama, avant de commencer sa carrière politique, se soit tourné vers deux femmes pour prendre leur avis: sa propre épouse, Michelle, et Valerie Jarrett.

D'origine afro-américaine (ce qui fait d'elle le plus important membre de cette communauté dans l'équipe du candidat), Valerie Jarrett ne dispose que du titre flou de «conseillère». Mais sa place est centrale.

Vieille amie du couple Obama, elle avait débauché Michelle pour la faire venir à la mairie de Chicago où elle a occupé plusieurs postes importants.

Valerie Jarrett est une gestionnaire et une femme de pouvoir: on parle d'elle comme de la future maire de Chicago. Au sein de l'équipe de Barack Obama, elle joue le rôle d'observatrice extérieure. Celle qui ramène à la réalité quand la campagne s'emballe...

David Axelrod: l'homme de confiance
Par Luis Lema

David Axelrod, un moustachu à l'aspect bonhomme et au ton doux, s'occupe de tout: des campagnes de publicité à la relecture des discours, du recrutement à la coordination des «messages» qu'il s'agira de faire passer dans les médias.

Né il y a cinquante-deux ans dans une famille juive libérale de New York, il est journaliste à Chicago puis a contribué par la suite à faire élire plusieurs figures afro-américaines du Parti démocrate. Il suit les pas de Barack Obama depuis longtemps, avant que celui-ci ne devienne sénateur à Chicago.

David Axelrod manie les mots presque avec la même aisance que son chef. Et comme lui, il n'est un tendre qu'en apparence: il n'hésite pas à puiser dans le registre des «dirty politics». Mais toujours, notent, aussi bien ses admirateurs que ses détracteurs, avec le même sourire en coin.


Reggie Love: le garde du corps
Par Luis Lema

Ne lui cherchez pas de rôle politique, ce serait peine perdue. Mais Reggie Love, 26 ans, est partie prenante de l'un des rituels de Barack Obama: chaque matin de primaires, quel que fût l'Etat, le candidat se détendait en jouant sous un panier de basket. Oubliée la candidate Hillary Clinton, c'est ce jeune Noir débonnaire qui devenait alors son rival.

Reggie Love est le «body man» de Barack Obama et, à ce titre, il n'est jamais à plus de quelques mètres de son chef. C'est lui qui sait ce qu'il aura envie de manger, celui qui voit qu'il fera froid et prévoit d'emporter une veste, celui qui tient à jour et à portée de main les listes de téléphone et qui compose les numéros.

Reggie Love est aussi un sportif accompli. Mais c'est un modeste: il n'avouera pas que, sous les paniers, c'est lui et non le sénateur de l'Illinois qui est le «boss».

Source : letemps.ch
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