Mon sentiment sur l'affaire Hissein Habré

Publié le par Hamid Kelley

Par Amadou Boubacar Sow

Pour avoir vécu plusieurs années en Afrique centrale dans un pays limitrophe du Tchad et m'être rendu assez souvent dans ce pays dans le cadre de mes activités professionnelles, je crois pouvoir et devoir intervenir utilement dans ce qu'on appelle déjà "l'affaire Hissein Habré ".

Mon premier sentiment en apprenant la plainte déposée contre Hissein Habré sur les ondes de RFI et en entendant les commentaires infamants du journaliste Rogembloum, est une grande indignation.

Il est clair dans ces commentaires et dans le moment choisi pour reposer ce problème, une volonté de pousser le Sénégal à faire condamner Hissein Habré par une forte pression médiatique et psychologique dans le contexte favorable de l'affaire Pinochet.

Et je n'ai pas pu m'empêcher de voir derrière ces graves accusations une machination du pouvoir tchadien qui, pensant que Hissein Habré est le parrain des opposants, armés ou pas, qui menaçait sa stabilité et sa sécurité, cherche à neutraliser, voire à liquider celui-ci par tous les moyens.

A mon avis, pour parvenir à ses fins, il s'est attaché les services d'organisations dites de droits de l'homme aux desseins quelquefois inavoués, à l'objectivité et à la neutralité souvent douteuses. Le Sénégal, notre pays a déjà fait les frais du manque de rigueur de certaines de ces organisations. Je pense que ces prétendus défenseurs des droits de l'homme, même en étant de bonne foi, à force de vouloir jouer aux redresseurs de torts, se font souvent manipuler et en arrivent à jeter le bébé avec l'eau du bain.

Mais je n'ai pas la prétention de me constituer l'avocat de M. Hissein Habré. Je n'ai ni les talents, ni la vocation. Pourtant, avant d'en venir au témoignage que je voudrait rendre à l'ancien chef d'Etat tchadien, je poserai quelques questions à ces accusateurs et détracteurs :

-  Où étaient les dirigeants actuels du Tchad quand Hissein Habré tuait 40.000 personnes et en torturant 200.000 ?

-  Quel est l'officier supérieur, l'homme politique, l'intellectuel, le chef traditionnel, ayant la notoriété nationale au Tchad, qui aurait été tué ou torturé sous les huit ans de présidence de M. Hissein Habré ?

-  Est-ce qu'il est juste d'imputer à un chef les bévues et les bavures de soldats ou combattants affamés sans salaires tels que pouvaient être les troupes de Hissein Habré pendant les premiers mois de son accession au pouvoir ?

-  Dans quel état Hissein Habré a-t-il trouvé le Tchad quand il entrait à N'djaména, avec sa horde de guérilleros et dans quel état l'a-t-il laissé, le jour où il traversait le Logone, abandonnant le Tchad à Idriss Déby et ses puissants amis.

Le très perspicace juge Demba Kandji ne laissera pas, j'en suis convaincu, mes trois premières questions sans réponse avant de décider du sort de Hissein Habré. Pour ma part, je tenterai de répondre à ma dernière question.

C'est en libérateur et en sauveur que Hissein Habré entra à en N'djaména. Le Tchad était un pays en lambeaux, déstructuré par les antagonismes entre le Nord et le Sud, entre Musulmans et animistes ou chrétiens. Carrefour de toutes les influences, de toutes les contradictions et de toutes les convoitises, le Tchad n'existait plus en tant qu'Etat. L'administration, ses fonctionnaires et ses services, ne fonctionnaient plus. L'économie était exsangue; pour survivre la kalachnikov était plus efficace que la charrue.

Hissein Habré entreprit donc d'imposer l'unité nationale et l'autorité de l'Etat républicain. L'administration fut réhabilitée et reprit laborieusement son fonctionnement. Les forces de sécurité furent réorganisées avec des tentatives de modernisation et d'intégration des combattants de tous les groupes politiques armés, disséminés à travers le pays. Ce qui, sans doute, ne plut pas aux chef militaires historiques du mouvement armé de Hissein Habré comme Idriss Déby lui-même, et Hassane Djamouss qui devait périr dans une tentative de coup d'Etat contre Habré.

Au plan économique, les tchadiens s'étant remis au travail, l'agriculture reprit une certaine vigueur. La production du coton atteignit des records. La production des céréales et même des agrumes autour de N'djaména, redonnait au Tchad une quasi autosuffisance alimentaire. L'artisanat reprenait son lustre d'antan.

L'UNIR, le parti politique fondé par Hissein Habré(Union Nationale pour l'Indépendance et la Révolution) devait comme son sigle veut l'indiquer, être le creuset où tous les tchadiens allaient réapprendre à discuter, à s'écouter et à décider ensemble de leur destin.
Je crois que la création d'autres partis politiques aurait suivi à moyen ou long terme, le multipartisme aurait réveillé les vieux démons du tribalisme et des antagonismes ancestraux.

Je pense que le président Hissein Habré l'avait compris lui qui avait donné la priorité à la reconstruction administrative et économique du pays, l'ouverture démocratique pouvant attendre. Je pense que le peuple tchadien avait compris son président. Les cadres du Sud avaient joué le jeu en acceptant de donner la primauté à l'unité nationale et de taire ainsi les ressentiments de toutes sortes et de réfréner les ambitions personnelles.

Et il est significatif que les problèmes de Hissein Habré soient venus de ses propres " frères " comme on dit là-bas. Ceux-là même avec lesquels il avait conquis le pouvoir et qui revendiquaient des privilèges alors que le président voulait unir son peuple et développer son pays. Ce qui était un objectif majeur.

Le Tchad sous Hissein Habré avait donc récupéré sa souveraineté intérieure et extérieure. Avec ses 1.300.000 km², ses tribus, ses religions, ses forêts, ses oasis et son immense désert, il était redevenu une nation. N'djaména devenait une belle ville africaine. Il n'y avait pas beaucoup de rues bitumées, mais elle était propre et agréable, les bâtiments rénovés, la sécurité une réalité.
Des conférences sous-régionales et des sommets de chefs d'Etat à l'échelle du continent y étaient organisés : UDEAC, CILSS, etc...

Pendant les huit ans de présidence de Hissein Habré, on a pas noté des exécutions ou des cas de torture au Tchad. Certes, le président était craint et respecté grâce à son autorité et son charisme. Mais, on n'entendait pas parler des exactions et des tortures que l'on dénonce aujourd'hui et qui sont, à mon avis, que simple fabulation.

Au regard des réalités africaines et de l'état de son pays au moment où il le prenait en charge, je considère que le bilan de Hissein Habré, après huit ans de présidence, est largement positif.
Je suis sûr que si des Tchadiens pouvaient, en toute sécurité, venir à Dakar, témoigner en sa faveur, sans craindre les représailles du régime tchadien actuel, le juge Demba Kandji serait inondé de témoignage. Mais, le fait qu'aucun tchadien n'ose venir témoigner pour Hissein, alors qu'il compte dans son pays, des amis, des parents, des camarades qui lui sont fidèles, prouve si besoin en était que la liberté et la démocratie sont encore un rêve lointain sous le régime actuel.

Mais, j'ai l'espoir que la justice de mon pays ne se laissera pas induire en erreur par des témoignages fallacieux et des documents fabriqués pour les besoins de la cause. En conséquence un portrait de Hissein Habré, un journaliste de RFI disait de lui malicieusement qu'il était un musulman fervent qui ne ratait aucune prière comme si c'était un défaut. Mais ce qu'il a omis de dire, c'est que Hissein Habré est un patriote fier et intransigeant sur les questions de dignité et de souveraineté. Dans certains milieux occidentaux, on lui en a toujours voulu pour cela et on n'a jamais oublié l'affaire Claustre.

Hissein Habré est un grand africain, comme l'était Thomas Sankara. Avec pour Hissein Habré, un pays plus difficile. Le fervent musulman qu'il est, est un grand chef et un grand guerrier dans le sens noble du terme, mais n'a jamais été à mon avis, ni un bourreau ni un tortionnaire. Il fait partie de nos héros. Mais, surtout, il est notre hôte avec tous les égards auxquels ils donnent droit nos religions et nos traditions.

Mon témoignage serait incomplet si je n'ajoutais pas que les nombreux sénégalais qui vivent au Tchad, notamment dans le quartier dit "quartier sénégalais" de N'djaména, connaissent l'amitié qu'avait Hissein Habré pour eux et pour le Sénégal.
Tous les policiers tchadiens si prompts à verbaliser ménageaient les sénégalais qu'ils disaient être les amis du président. On explique cela par le fait qu'étant élève, Hissein Habré aurait vécu dans une famille sénégalaise de N'djaména.

C'est donc au nom de tous ses amis sénégalais, dont je n'ai pas l'honneur de faire partie, car il ne me connaît pas, qu'au nom d'Allah, je rends le présent témoignage à notre frère Hissein Habré. J'implore Dieu de me pardonner si je me suis tromper dans mon appréciation des faits et de la situation au Tchad sous Hissein Habré.

Je souhaite aussi, que nous les humains, devenions plus modestes et acceptions qu'il y ait des faits, des comportements et des actes que seul Dieu, à qui rien n'échappe, pourra juger avec justice.


Amadou Boubacar Sow
Député à l'Assemblée nationale du Sénégal-Dakar

Le Soleil n° 8909 du 9 février 2000









Source : www.zoomtchad.com





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