L'ONU "incapable" de protéger les civils au Tchad, selon une ONG
BRUXELLES (AFP) — Un an après ses débuts, la force de protection de l'Onu dans l'est du Tchad est "incapable de faire face à l'insécurité", selon un rapport présenté mardi à Bruxelles par Oxfam International, qui réclame le déploiement immédiat de policiers onusiens.
Selon Oxfam, "près d'un demi million de personnes vulnérables ne sont pas suffisamment protégées" dans cette région où l'on compte quelque 236.000 réfugiés du Darfour et 173.000 déplacés tchadiens.
En outre, "la situation est explosive" le long de la frontière Tchad/Soudan, a rappelé lundi à Paris Sally Chin, l'auteur principal du rapport, intitulé "Mission non-accomplie".
La force européenne Eufor, également déployée sous mandat de l'ONU au Tchad, "est seule sur le terrain", n'est pas adaptée pour lutter contre le banditisme et la criminalité, principales menaces pesant sur les civils, et n'est pas habilitée à entrer dans les camps, écrit Oxfam.
L'ONG note cependant que l'Eufor "fait son travail", a "réussi à rendre la vie plus sûre pour nombre de civils", et a fait preuve de sa "neutralité" à plusieurs occasions, en protégeant des civils pris dans des combats entre forces gouvernementales et rebelles tchadiens.
La question de la neutralité d'Eufor a plusieurs fois été posée en raison de sa dominante française (plus de la moitié des 3.500 soldats) et du soutien accordé par l'ancienne puissance coloniale au régime du président Idriss Deby.
L'organisation critique particulièrement les deux autres volets de la force de l'Onu: la Minurcat (Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad), comprenant des formateurs de police onusiens et du personnel chargé d'aider à reconstruire le système judiciaire tchadien, et le DIS (détachement intégré de sécurité), force de sécurité tchadienne censée être formée par l'Onu et déployée dans les camps de l'est du Tchad.
"Un an après la création de la Minurcat, aucun déploiement au sol de la police des Nations unies n'a été observé", et seuls 300 policiers du DIS sur 850 ont été formés, aucun n'ayant encore été déployé dans les camps.
"Face aux dangers qui guettent les civils dans l'est du Tchad, cette situation est honteuse", écrit Oxfam, estimant que l'Onu et le gouvernement tchadien partagent la responsabilité.
"Au quotidien, les déplacés, les réfugiés et les civils font face à des vols de bétail, des brutalités, des viols. Ils ont peur de travailler dans les champs ou d'aller collecter du bois", écrit Oxfam, qui évoque aussi la militarisation et le recrutement forcé dans les camps de réfugiés, ainsi que la recrudescence d'affrontements inter-communautaires.
Le rapport réclame le déploiement immédiat de forces de police onusienne dans les camps, et appelle la communauté internationale à préparer la relève d'Eufor, également déployée en Centrafrique, dont le mandat arrive à échéance en mars 2009.
Il rappelle enfin que les causes de l'insécurité au Tchad sont politiques et insiste sur la nécessité d'un processus de paix global.
L'insécurité dans l'est du Tchad, sillonné par des bandes armées et des groupes de rebelles, est encore aggravée par la proximité du Darfour, province soudanaise frontalière, en guerre civile depuis 2003.
Oxfam International se présente comme une association de 13 organismes travaillant avec des milliers de partenaires dans le monde entier afin de lutter contre la pauvreté.