Soudan: des ONG s'indignent du "marchandage" proposé par Sarkozy à el-Béchir

Publié le par Hamid Kelley

AFP: PARIS - Plusieurs ONG de défense des droits de l'Homme se sont indignées mardi du "marchandage" engagé selon elles à l'ONU notamment par le président français Nicolas Sarkozy envers le chef de l'Etat soudanais Omar el-Béchir, accusé de génocide au Darfour par le procureur de la CPI. Le collectif Urgence Darfour, regroupant des personnalités et des intellectuels français, "s'indigne des tractations en cours à l'Assemblée générale de l'ONU, dont pourrait résulter la suspension des poursuites engagées par la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir", et "refuse que la France s'engage dans un marchandage avec le régime soudanais", selon un communiqué. Urgence Darfour souligne qu'au vu des accusations de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide visant M. Béchir "et alors que le président Sarkozy vient de se voir décerner par la Fondation Elie Wiesel le Humanitarian Award", il serait "tristement paradoxal que la représentation française se contente, en échange du blocage du processus judiciaire, des promesses dont le gouvernement soudanais est coutumier". De leur côté, dans un communiqué commun, Amnesty International, la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), Human Rights Watch et la Ligue des droits de l'Homme (LDH) "s'indignent des propos tenus aujourd'hui (mardi) à New York par Nicolas Sarkozy, qui s'est déclaré prêt à envisager une suspension des procédures menées actuellement par la Cour pénale internationale (CPI) à l'encontre du président soudanais Omar el-Béchir, sous réserve d'un changement de politique au Soudan". M. Sarkozy a déclaré mardi lors d'une conférence de presse que la France n'était pas opposée à une suspension des poursuites envisagées contre Omar el-Béchir si le Soudan changeait "radicalement" de politique. Paris a détaillé les quatre conditions posées à ce report, à savoir "des mesures" à l'égard des deux dirigeants soudanais déjà poursuivis par la Cour pour leur rôle présumé dans les massacres de civils au Darfour, une réelle coopération pour le déploiement de la force hybride ONU-UA au Darfour, l'obtention d'un "accord politique durable entre le gouvernement et les différentes forces rebelles" du Darfour, et enfin que le Soudan cesse "d'interférer dans les affaires de ses voisins, à commencer par le Tchad". Selon les ONG, une telle approche "constituerait un recul notoire en matière de justice pénale internationale et créerait un dangereux précédent dans la mesure où d'autres chefs d'Etat et hauts responsables gouvernementaux ou militaires pourraient en déduire que leur immunité serait toujours négociable". Elles pensent par ailleurs que, "loin d'agir comme un véritable levier pour atteindre des progrès de la part de Khartoum, une suspension des poursuites de la Cour en échange de promesses d'améliorations sur le terrain ou de relance d'un processus de paix ne sera pas suivie de changements réels et concrets dans la politique" du Soudan au Darfour. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a demandé en juillet aux juges de ce tribunal l'émission d'un mandat d'arrêt contre le président el-Béchir, accusé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest du Soudan déchirée depuis 2003 par la guerre civile. L'article 16 des statuts de la CPI prévoit que les 15 membres du Conseil de sécurité peuvent voter une résolution pour différer de douze mois renouvelables toute enquête ou poursuites initiées par la CPI.

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