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Tchad-Banque Mondiale: La malédiction de l'or noir (partie 2)

Publié le par Hamid Kelley

 France 24,Tchadactuel: La décision de la Banque mondiale d'attribuer un prêt au Tchad pour la construction d'un oléoduc contre la promesse d'une redistribution équitable de la manne pétrolière s'est soldée par un échec. Chronique d'un désastre annoncé.

Lire la première partie de "La malédiction de l'or noir" en cliquant ici.

Le remboursement de la dette tchadienne contractée auprès de la Banque mondiale a marqué la fin de ce que certains économistes avaient salué comme un plan de référence pour le développement de l’Afrique. Mais, pour les détracteurs de l'accord, c'est davantage l’institution financière que le Tchad qui est responsable de cet échec.

En 2000, la Banque mondiale avait accepté d’accorder à ce pays d’Afrique centrale un prêt pour la construction d’un oléoduc devant transporter les hydrocarbures extraits du sous-sol tchadien jusqu’au Golfe de Guinée via le Cameroun. En échange, N’Djamena s’engageait à consacrer 80 % de ses revenus pétroliers dans la lutte contre la pauvreté.

Comme la Revue internationale de droit économique l’écrivait en 2001, "l’utilisation de programmes environnementaux et de gestion des revenus dans la région à cette échelle et à ce niveau de détails était unique."

Le Tchad, pays cobaye

Une expérience inédite dont le Tchad n’était que le cobaye. "A travers ce projet, la Banque mondiale a testé un modèle de partenariat public-privé et essayé de mettre en place les principes de bonne gouvernance", affirme Gilbert Maoundonodji qui dirige, depuis N’Djamena, un groupe de suivi de l’oléoduc.

De fait, pour nombre de ses contempteurs, la Banque a péché par excès de naïveté. En 1999, lors des négociations précédant la signature de l’accord, les ONG internationales doutaient déjà du fait que le président Idriss Déby Itno, arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 1990, puisse être considéré comme un partenaire fiable. Certains n’hésitant pas à affirmer que le projet n’était, en réalité, qu’une couverture censée rendre les négociations plus acceptable auprès des administrateurs de la Banque.

Le "malaise hollandais"

Depuis longtemps, de nombreux spécialistes rejettent l’idée que le pétrole, le gaz ou les ressources minières puissent aider à combattre la pauvreté. Au Tchad ou ailleurs.

Pour eux, le pays d’Idriss Déby Itno n’avait aucune raison d’échapper à la "malédiction du pétrole" (ou "malaise hollandais", "Dutch Disease" en anglais). Un concept qui fit son apparition dans les années 1970 lorsque la découverte, dix ans plus tôt, de gaz naturel au large des Pays-Bas entraîna le déclin de son secteur industriel.

Au Tchad, comme dans d’autres pays en voie de développement, les exportations pétrolières ne suffisent pas à améliorer le sort de la population car, bien souvent, l’augmentation des revenus encourage le recours aux importations de nourriture au détriment du maintien d’une agriculture répondant aux besoins de la population locale.

"Regardez les grands pays pétroliers, ils sont incapables de produire quoi que ce soit si ce n’est du pétrole", constate Philippe Copinschi, économiste spécialiste du pétrole à l'Institut des études politiques de Paris.

Pourtant, dans une publication de la Banque mondiale sortie en 2000, au moment même où celle-ci approuvait le prêt au Tchad, l’économiste britannique Paul Collier démontrait la corrélation entre la dépendance économique et les guerres civiles.

Selon ses projections, un pays dans lequel les exportations de matières premières représentent plus d’un quart du Produit national brut (PNB) a vingt fois plus de chances de sombrer dans un conflit qu’un pays qui n'en exporte pas. La redistribution plus équitable des richesses tirées du pétrole constitue, d’ailleurs, l’une des principales revendications des différents groupes rebelles tchadiens.

"Le problème, ce n’est pas le pétrole mais ce que vous en faites"

Michel Wormser, directeur des opérations pour la région Afrique à la Banque mondiale, reste convaincu du bien-fondé de l’expérience. "Un nombre croissant de pays africains font appel à la Banque mondiale pour demander conseil, pour s’assurer que l’exploitation de leurs ressources se traduise par des bénéfices en terme de développement, à l'instar du Botswana qui était un pays très pauvre mais qui a réussi dans les trois dernières décennies à transformer son économie grâce à ses ressources minières." Mais, "un tel accord ne peut réussir que si le pays témoigne d’un réel engagement", ajoute-t-il.

"Le problème, ce n’est pas le pétrole mais sa gestion", reconnaît Philippe Copinschi. Mais pour que le partenariat fonctionne, "il faut des capacités institutionnelles et une volonté politique que l’Etat tchadien n’a pas."

L’échec de l’expérience tchadienne pourrait constituer une vraie leçon pour la Banque mondiale. "L’institution commence à comprendre que pour développer un pays il faut des structures étatiques qui soient déjà en place", commente l’économiste français.

Reste à savoir si la Banque mondiale est réellement prête à remettre en cause le dégraissage des administrations nationales qu’elle prône depuis les années 1980. Une époque où il était de bon ton de penser que seules les forces du marché pouvaient pallier aux besoins d’éducation et de santé.

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