Nouvelle: une saison à Wadi-Hawar (4° partie et suite)

Mais pour elle, c'est bien celui de... de goyla. Le bras de Goyla Goyla, sa petite-fille et fille de son propre fils. Goyla, celle-là qu'elle a passionnement gardé auprès d'elle. cette petite fille de son fils que la vieille femme a tant aimé. Une torpeur, un sommeil court, un roupillon. Tout juste. les paupières s'ouvrent et un bras se tend et dénoue la corde qui l'enserre contre la branche gracile et noueuse du maadra (acacia en beria). Le même bras se tend plus loin et desserre l'autre noeud. Des doigts ankylosés par le froid mais rigides tapotent le corps frêle de la jeune fille:

    - hey! hey! goyla, gouiino! il fait jour nous somme sauvé! Dit Boghit, sautant de l'arbre plongé à moitié dans l'eau qui n'est plus fougueuse comme la veille.

   les deux pâtres sont sains et saufs mais grâce à tant de lutte et autant de desir de vivre. lorsque l'arbre vacilla, à demi déraciné, les deux autres occupants furent gobés par le torrent fluvial: le singe et le boa. Les deux humains ont eu le salut à cause de leur corde de fortune. Le berger de wadi-hawar est certe plus fort qu'un singe mais aussi davantage qu'un python constricteur. Toute la nuit, boghit s'est préoccupé du confort de la fille innocente de chez lui. La fille de Wadi-Hawar!

    Les deux jeunes se détachent de l'arbre et tout à coup des plaintes et des complaintes jaillissent. Un cri plaintif, des louanges funéraires et un ressac des larmes bercent Wadi-hawar. Les deux pâtres, intrigués, accourent vers la source des pleurs étouffés par des sanglots. Goyla sait déja une chose mais éssoufflée par la course elle ne peut souffler un seul mot à son compagnon. les deux rescapés tombent nez à nez avec une vieille femme en désarroi devant la sepulture à peine visible d'un...singe, le compagnon des arboricoles de la veille.  

   Goyla se jette dans les bras de sa grande-mère et les deux femmes s'embourbent dans un nouveau torrent de larmes. les larmes de la joie, après un océan de larmes de peine renouvelée toute la nuit.

   Boghit tourne les talons et sans un aurevoir quitte les deux femmes blotties l'une dans le bras de l'autre. En milieu de sahel, les retrouvailles sont fortuites et les séparations sont subites. Boghit ne fait pas exception à la règle du desert et des nomades. Il contourne l'arbre et jette un regard furtif sur le corps d'une guenon dont le bras a tant éploré une grand-mère. Le regard perdu vers l'horizon, la faim au ventre et l'habit en haillon, le berger chamelier se jette à la quête de ses dromadaires dont il n'a plus les nouvelles depuis la veille. Quelque chose d'autre perclite aussi son coeur. Il sent une absence. l'absence d'un regret, la chaleur d'un contact lorsqu'il l'aidait à descendre de l'arbre. Ses cils majestueux, son regard innocent, ses prunelles divines et sa cambrure d'une houri à peine nubile... Non qu'arrive-t-il à Boghit d'avoir de telles idées envers une âme qu'il a tant lutté pour la sauver??

    D'un revers de la main, il chasse l'idée d'avoir des futurs sentiments à l'égard de Goyla. D'ailleurs le rencontrera-t-il un jour? La pluie est tombée et Boghit et les siens rénoueront avec la transumance vers d'autres cieux... Il se retourne et constate que les arbres obstruent sa vision. Il se met  à trottiner, à la recherche de ses animaux égarés la veille. (à suivre)

 

                       Sidimi Djiddi Ali Sougoudi

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