TCHAD: La PTME, une naissance difficile(irin)

Publié le par Hamid K.

 Des femmes enceintes réticentes à l’idée de se rendre en consultation prénatale, des personnels de santé trop peu nombreux, des financements aléatoires : les obstacles n’ont pas manqué à la mise en place de la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME) au Tchad, mais ces services commencent à trouver leur public. Les premiers services de PTME ont commencé à être mis en place en 2005 à l’hôpital général de référence nationale (HGRN) de N’Djamena, la capitale tchadienne, mais ce n’est qu’en 2006 qu’un cadre institutionnel a été défini et que ce service a été réellement lancé, avec les financements du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et l’appui d’autres partenaires, dont les Nations Unies, a noté le docteur Souam Nguélé Silé, pédiatre à l’HGRN et coordinatrice nationale de la PTME au Tchad. « Au début de la lutte contre le sida, les enfants n’existaient pas, il n’y avait que les adultes », a-t-elle reconnu. « Puis la pandémie a [gagné du terrain] et les enfants sont apparus, cela a commencé à faire réfléchir. Aujourd’hui, la demande [en services PTME] est très forte ». En 2006, selon les chiffres officiels, environ six pour cent des 170 000 femmes enceintes qui se sont rendues en consultation prénatale dans les six principales villes du pays ont bénéficié de conseils PTME. Sur les 49 pour cent d’entre elles qui ont accepté le test de dépistage du VIH, 7,7 pour cent étaient séropositives. L’offre de services PTME se heurte à de nombreux obstacles, entre autres le fait que le nombre de femmes enceintes à venir accoucher en structure médicalisée est faible. Selon la dernière Enquête démographique et de santé, 43 pour cent des femmes enceintes se sont rendues en consultation prénatale en 2004, mais seules 13 pour cent d’entre elles ont accouché dans une structure médicalisée. « Ces femmes ont leur raisons [pour ne pas venir], généralement, elles disent que c’est parce que les consultations sont payantes et qu’elles n’ont pas les moyens. Il y a aussi l’attente à l’hôpital qui démotive les parturientes », a expliqué le docteur Silé. « Et puis il y a un autre aspect : dans certaines cultures, les femmes n’acceptent pas le toucher [vaginal]. C’est très difficile ». Outre un lancement tardif, l’expansion des services de PTME dans le pays a été ralentie par la suspension des financements VIH/SIDA à la fois de la Banque mondiale, en janvier 2006, et du Fonds mondial en août 2006, suite à des problèmes de gestion de la subvention. Des accords ont finalement été trouvés et ces deux financements ont repris respectivement en juin 2006 et fin 2007. A cela s’est ajouté une grève des personnels soignants pour non-paiement des salaires en 2007, qui a encore retardé l’offre de services PTME : pendant les quatre mois qu’a duré le conflit social, aucune consultation prénatale n’a pu être assurée. La pénurie de personnels soignants est un autre obstacle dans la prise en charge des femmes enceintes : selon les statistiques nationales, il n’y a qu’une vingtaine de gynécologues dans tout le pays pour quelque 9,5 millions d’habitants, les trois quarts de ces praticiens exerçant à N’Djamena. ...On n’aura jamais assez, mais il faut toujours commencer par quelque chose. Résolvons d’abord le problème de l’offre de service : un personnel formé en PTME, un laboratoire pour les tests, et des antirétroviraux. Couvrons au moins les femmes qui se rendent en consultation prénatale, ne dispersons pas nos efforts, travaillons déjà avec celles qui viennent... Plus le temps d’attendre Pourtant, toutes ces difficultés ne doivent pas être des raisons pour retarder l’expansion des services PTME, a plaidé le docteur Tharcienne Ndihokubwayo, administratrice chargée du programme VIH/SIDA au Fonds des Nations Unies pour l’enfance, UNICEF, au Tchad. « On n’aura jamais assez, mais il faut toujours commencer par quelque chose », a-t-elle dit à IRIN/PlusNews. « Résolvons d’abord le problème de l’offre de service : un personnel formé en PTME, un laboratoire pour les tests, et des antirétroviraux. Couvrons au moins les femmes qui se rendent en consultation prénatale, ne dispersons pas nos efforts, travaillons déjà avec celles qui viennent ». Ces services pourraient même permettre d’encourager les femmes enceintes dans leur ensemble à se faire suivre médicalement pendant leur grossesse, a ajouté le docteur Ndihokubwayo. « Je suis convaincue qu’avec un bon travail communautaire et si on mène bien l’activité de PTME, on augmentera le taux de consultations prénatales ». Une autre conséquence du manque de services disponibles est la difficulté rencontrée par le personnel soignant et les familles pour assurer le suivi des enfants nés de mères séropositives. A l’HGRN, le suivi de ces enfants a lieu uniquement le jeudi, au rythme d’une consultation mensuelle pour les nourrissons jusqu’à six mois, puis une trimestrielle jusqu’à 18 mois. « Pour certaines mères c’est difficile, parce qu’il faut être là à sept heures le matin pour avoir un ticket [de consultation], et si tu es un peu en retard, tous les tickets ont été distribués », a dit Claire M’Darangaye, présidente du conseil d’administration du RNTAP+, le Réseau national tchadien des associations de personnes vivant avec le VIH, et elle-même mère d’un petit garçon séropositif. « Mais certaines mères viennent de loin, elles n’ont pas l’argent pour payer le taxi [pour être à l’heure] et le bus ne part que quand il est plein ». « Si la vie de ton enfant t’intéresse, la seule solution est d’arriver la veille pour dormir devant l’hôpital, mais sans moustiquaire, tu risques d’attraper le paludisme, et ton enfant aussi », a-t-elle poursuivi. Des difficultés que le docteur Silé a dit connaître, mais elle n’a pas le choix. « J’ai d’autres malades en pédiatrie, et nous ne sommes que deux, mon adjoint et moi, pour tous ces enfants et pour les 130 enfants en file active [de PTME] », a-t-elle noté. En dépit de toutes ces difficultés, le docteur Silé a dit avoir de l’espoir de voir les choses s’améliorer. Le nombre de sites de PTME est passé de un en 2005 à neuf en 2006, puis 22 en 2007, dans 15 districts du pays. D’autre part, le cadre institutionnel est maintenant en place, les bailleurs de fonds sont là, les antirétroviraux, y compris pédiatriques, aussi, et des formations de personnels sont en cours, a-t-elle noté. Il reste un gros travail de sensibilisation. « Le problème crucial reste que la femme ne peut rien faire sans l’avis de son mari », a regretté le docteur Silé. « Quand les femmes acceptent de faire le test de dépistage du VIH, les hommes viennent menacer le personnel de santé. C’est très rare que les hommes viennent avec leur femme, et quand le dépistage commence par la femme, c’est encore plus difficile ».

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