Tchad: Une attaque rebelle "très peu probable"

Publié le par Hamid K.

ABECHÉ (Tchad) - Une attaque de la rébellion tchadienne, après l'attaque de rebelles soudanais sur Khartoum dimanche, est "très peu probable avant la saison des pluies", a affirmé à l'AFP une source militaire française de haut niveau stationnée à Abéché dans l'est du Tchad.

 

"Une attaque est très peu probable. La rébellion aurait peu de chances de succès avant la saison des pluies, qui commence réellement le 1er juillet", a estimé cette source, alors que des observateurs craignent que les rebelles tchadiens soutenus par le Soudan soient incités par Khartoum à attaquer le Tchad en réponse à l'offensive ratée sur la capitale soudanaise.

La France a des soldats dans l'est tchadien dans le cadre du dispositif Epervier au Tchad et dans la Force européenne (Eufor) déployée depuis mars dans l'est de ce pays.

D'autre part, l'armée tchadienne a dépêché sur l'aéroport d'Abéché deux hélicoptères russes d'attaque MI-35 et un hélicoptère MI-17 également armé, a constaté l'AFP. C'est la moitié de la capacité tchadienne en hélicoptères, les trois autres appareils restant probablement à N'Djamena.

Ces hélicoptères donnent "un avantage considérable" à l'armée si les rebelles sont dans leur rayon d'action, selon cette source.

En février, les rebelles tchadiens avaient réussi à traverser à bord de quelque 300 pick-up tout le Tchad pour tenter de renverser le président Idriss Deby Itno. Ils avaient même pénétré dans N'Djamena, encerclant le palais présidentiel.

La saison des pluies commence mi-juin et habituellement, à partir du 1er juillet, il devient très difficile de se déplacer dans le pays.

Le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), le plus puissant des groupes rebelles du Darfour, a lancé samedi une attaque sans précédent contre la ville jumelle de Khartoum, Omdurman, qui a échoué.

Khartoum accuse N'Djamena de soutenir les rebelles du JEM.

"La disposition mise en place par le gouvernement tchadien est aujourd'hui bien différente de celle de janvier", a précisé cette source, expliquant que l'armée tchadienne avait placé trois "lignes" de défense à la frontière soudanaise. Une au Nord-Est du Tchad près de Guéréda-Bahaim, une à l'Est autour d'Adré et une autre au Sud d'Adré.

"C'est trois fois 3.000 hommes soit la moitié de l'armée tchadienne", a ajouté cette source.

En mars, des accrochages entre rébellion et l'armée nationale tchadienne (ANT) ont largement tourné à l'avantage de cette dernière. "En février, les rebelles avaient évité l'armée tchadienne dans une belle manoeuvre tactique. Ensuite, une fois qu'ils avaient percé, ils avaient de la place pour manoeuvrer et ont pu éviter le rayon d'action des hélicoptères. Lancés, ils sont arrivés à N'Djamena. En mars, ils ont été bloqués au bout de 10 km en raison du nouveau dispositif", selon cette source militaire.

"Maintenant, il est difficile de percer et s'ils percent, il y a encore N'Djamena avec sa nouvelle tranchée et encore des hélicos", a-t-elle encore précisé.

"En volume, ils pourraient récupérer les moyens (matériels) de janvier mais il y a un problème de recrutement", souligne également ce militaire alors que le gouvernement tchadien se targue depuis plusieurs jours de nombreux ralliements.

Environ 300 rebelles auraient ainsi rallié l'armée tchadienne à Abéché, selon les autorités qui en ont font grande publicité.

"Ils pourraient tout de même tenter un coup de baroud pour dire qu'ils existent encore, mais sans vraiment se lancer sur N'Djamena", nuance toutefois cet officier, reconnaissant également que la réussite initiale de l'offensive de février avait "surpris tout le monde".



(©AFP / 12 mai 2008 21h26)

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