Hassan al-Tourabi a été relâché

Publié le par Hamid K.

Brève arrestation de l'opposant Hassan al-Tourabi
Par  RFI


Le chef de l’opposition islamiste Hassan al-Tourabi a été relâché lundi soir après avoir passé une douzaine d'heures entre les mains de la police. Dans une interview accordée lundi soir à RFI, Hassan al-Tourabi déclare « Je savais que j'allais être arrêté car le gouvernement militaire se comporte toujours comme ça. »


Tois autres membres de son parti, arrêtés en même temps que lui, restent incarcérés. Ils sont accusés de collusion avec le MJE, le Mouvement pour la Justice et l'Egalité, le groupe de rebelles du Darfour qui a attaqué samedi la ville d'Omdourman. Accusation que les deux mouvements ont démentie.
Hassan al-Tourabi, le 20 mars 1999 à Khartoum
(Photo: AFP)

Lundi soir, le Tchad a fermé sa frontière avec le Soudan et annoncé le gel des relations économiques. Khartoum avait annoncé dimanche la rupture de ses relations diplomatiques avec Ndjamena. Le couvre-feu a été levé ce dimanche à Khartoum, mais il est maintenu à Omdourman. Des habitants de la ville témoignent de soldats déployés dans les rues et de tirs sporadiques.

Le leader islamiste Hassan al-Tourabi, 76 ans, était devenu un critique du régime soudanais, après avoir été son mentor. Ancienne éminence grise du pouvoir, il accompagna et même inspira selon certains, le coup d’Etat militaro-islamiste qui conduisit, en 1989, le général Omar el-Béchir à la tête du plus vaste pays d’Afrique. Fondateur des Frères musulmans, il fut aussi proche d’Oussama ben Laden qui se fixa au Soudan de 1992 à 1996.

Les arrestations d’Hassan al-Tourabi et d’au moins quatre cadres de son parti, le Congrès populaire, sont intervenues deux jours après l'attaque sans précédent du mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), groupe rebelle du Darfour, l'un des plus puissants de la région.

Des combats ont éclaté samedi à Omdourman, la ville jumelle de Khartoum, reliée par un pont sur le Nil. Dès le lendemain, les autorités soudanaises affirmaient avoir repoussé cette attaque. Même si elles ne se sont pas exprimées sur les raisons de l'arrestation, les autorités font a priori un lien très clair entre l'attaque d'Omdourman et cette arrestation. Depuis les premières actions des rebelles du MJE dans le Darfour, les autorités soudanaises affirment que la rébellion a été fabriquée par Hassan al-Tourabi. Le chef islamiste aurait, selon cette thèse, encouragé la création d'un mouvement armé après sa rupture en 1999 avec Omar el-Béchir. C'est une thèse que soutient le gouvernement, c'est aussi ce que disent d'anciens compagnons de route du MJE qui ont fait défection depuis. Ils dénoncent les convictions islamistes de Khalil Ibrahim, le chef du MJE, et rappellent que, avant d'être rebelle, Khalil était un cadre du parti d'Hassan al-Tourabi.

Dire que le MJE serait du coup un « mouvement islamiste », ou que la rébellion serait dirigée en sous-main par Hassan al-Tourabi, ce serait pourtant aller vite en besogne. Plusieurs cadres du MJE sont passés par le mouvement islamiste mais, à l'époque, c'était pour eux le meilleur moyen d'accéder à la scène politique nationale. Il y a eu dans leurs rangs des déceptions sur ce que le mouvement islamiste pouvait apporter à leur région. Si les connections tourabistes du MJE existent, notamment en la personne d'un cadre islamiste originaire du Darfour qui vit en Allemagne, Ali el-Hadj, l'emprise des tourabistes sur la rébellion est loin d'être démontrée.

Accusations contre le Tchad

Les hommes du MJE ont fait plusieurs centaines de kilomètres pour se retrouver aux portes de Khartoum. Et pourtant, leur attaque a été une véritable surprise, une attaque éclair. Le président el-Béchir du Soudan a tout de suite mis en cause la responsabilité du Tchad dans cette attaque, qui serait comme une réponse à la bataille de Ndjamena des 2 et 3 février derniers. On aurait assisté, dans ce cas à un nouvel épisode du conflit auquel le Tchad et le Soudan se livrent par groupes rebelles interposés.

C'est vrai que depuis plusieurs mois, le Tchad a fourni un nombre important de véhicules aux hommes du MJE, notamment après la bataille de Ndjamena. Il est vrai, également, que certains responsables tchadiens rêvaient depuis longtemps de porter la guerre à Khartoum. Mais Khalil Ibrahim a toujours eu une relation tendue avec le régime d'Idriss Déby, il pose ses propres choix. Et donc si l’on peut dire qu'il y a une convergence d'intérêts très claire au sujet de cette attaque entre Khalil Ibrahim et les autorités tchadiennes, le rôle précis du Tchad dans cette attaque reste à établir.

 

 

 

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