Interview du Président IDRISS DEBY sur Al-Jazzera

Publié le par WALDAR

Al-Jazzera: Bonjour Monsieur le Président!
IDRISS DEBY ITNO: Bonjour!


Al-Jazzera: Si maintenant l’Emir de l’Etat de Qatar vous propose un dialogue direct avec le Président du Soudan pour mettre fin à la guerre qui dure depuis 2003, est-ce que vous accepterez ?


IDRISS DEBY ITNO: je pense qu’il ne faut pas faire l’amalgame entre la crise du Darfour et le problème qui est né après la crise du Darfour entre le Tchad et le Soudan. Le Tchad n’a rien à voir avec ce qui se passe dans le Darfour. Cette crise est née fin 2002, début 2003. Le Tchad a été un des premiers pays à intervenir pour instaurer le dialogue entre les différentes parties. Le Tchad a été un des premiers pays à faciliter la signature d’un accord humanitaire à N’Djaména ayant abouti à un cessez-le-feu entre le gouvernement et la rébellion soudanaise.
Maintenant revenons à ce que vous qualifiez de problème entre le Tchad et le Soudan. Le Tchad est un pays agressé par le Soudan pour la simple raison que nous hébergeons 300.000 refugiés soudanais et ajouter à cela 180.000 déplacés tchadiens. Le Soudan estime qu’il faut changer le régime au Tchad pour résoudre sa crise du Darfour, de bout en bout, ils se sont trompés. Le Tchad peut leur apporter dans le cadre du dialogue intersoudanais un plus. Le Tchad est disposé aujourd’hui si l’Emir de Qatar entreprend une telle initiative de soutenir de bout en bout, tous ses efforts pour ramener la paix dans le Darfour.


Al-Jazzera: Quelle est votre position sur la crise du Darfour et ses conséquences sur la situation politique au Tchad?


IDRISS DEBY ITNO: La situation du Darfour est tragique sur le plan humanitaire, politique et socioéconomique. Au Tchad, nous subissons les répercussions de la crise du Darfour. Nous n’avons pas de problème interne. Je vous informe que 105 partis politiques au Tchad ont signé une plate-forme d’entente dénommée accord politique du 13 août 2007. A ce niveau, tous les signataires dudit accord sont à l’intérieur du pays et nous nous acheminons dans une cohérence et entente totale vers les élections.


Al-Jazzera: Est-ce que vous soutenez certaines factions de la rébellion soudanaise du Darfour, notamment le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) ? Le Soudan vous accuse de cela.


IDRISS DEBY ITNO: Donnez-nous des preuves! Le Tchad ne fabrique pas des armes. Le Tchad n’a pas des armes. Le Tchad est un pays pauvre qui ne peut pas se permettre le luxe de soutenir des rébellions d’un pays, moins encore d’un pays voisin et ami comme le Soudan.


Al-Jazzera: Quand vous êtes arrivés au pouvoir, je me rappelle très bien, c’est en 1990. Vous avez bien dis, je ne vous apporte ni or, ni argent mais la liberté. Aujourd’hui le Tchad est dans une situation économique déplorable. Les gens sont pauvres.


IDRISS DEBY ITNO: Venez voir, Tout le pays est en chantier!


Al-Djazeera: Alors, j’ai entendu et j’ai lu dans certains journaux africains que les rebelles ont annoncé une nouvelle offensive sur N’Djaména. Est-ce que vous êtes prêts si cette fois, ils arrivent jusqu’à N’Djaména?


IDRISS DEBY ITNO: je ne le souhaite pas. Ce ne sont pas des rebelles; ce sont plutôt des mercenaires à la solde du soudan. Mais, nous les attendons, s’ils entreprennent une telle action.


Al-Jazzera: Comme la dernière fois?


IDRISS DEBY ITNO: Nous les attendons!


Al-Djazeera: Au mois de février dernier, les rebelles étaient très proches de votre résidence. Comment se fait-il, que ces rebelles parcourent des kilomètres pour arriver jusqu’aux portes de la Présidence?


IDRISS DEBY ITNO: Vous pouvez vous demander également comment le MJE est arrivé à Omdourman. Le Tchad est un pays vaste. C’est le Sahara, donc on ne contrôle pas les véhicules toyotas, ce sont des armes tactiques, les véhicules, toyotas. Tu peux entrer faufiler et sortir. C’est ce qui est arrivé.

 

Al-Jazzera: Le Tchad accueille toujours des réfugiés malgré la crise économique mondiale. Comment réagissez-vous?


IDRISS DEBY ITNO: Nous sommes venus ici à Doha dans le cadre d’une conférence internationale consacrée au développement des pays pauvres. Je pense que le Tchad n’est pas le seul. Beaucoup de pays africains et non africains sont concernés par cette crise. Nous ne nous faisons pas d’illusion. La crise financière actuelle va nous atteindre de plein fouet. Mais nous nous préparons en conséquence.


Al-Jazzera: En février dernier, sans le soutien de la France votre régime aurait pu rester en place?


IDRISS DEBY ITNO: Le Tchad a beaucoup de partenaires au développement parmi lesquels la France. La France n’a pas tiré un seul coup de fusil. Ce sont les Tchadiens qui ont défendu leurs institutions démocratiques. Il ne faut pas nier cette évidence. Personne, peut-être le bon Dieu qui me maintient au pouvoir, mais pas une personne, pas un pays.


Al-Jazzera: Est-ce que vous accusez toujours le Soudan de continuer à fournir des armes aux rebelles contre votre régime?


IDRISS DEBY ITNO: Ce ne sont pas des rebelles, je vous le dis, ce sont des mercenaires. Le Soudan les organise, les entraine et leur fournit des armes et de la logistique pour nous agresser. Vous, au niveau d’Al-Jazzera, vous avez un parti-pris. C’est très simple, nous savons. Vous avez une idéologie pan-arabiste. Mais le Tchad est un pays africain même s’il n’est pas membre de la ligue arabe. Il ne mérite pas le traitement qu’Al-Jazzera lui réserve. Merci!

 

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